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Faire vivre un projet d’établissement

Temps de lecture : 30 minutes
Faire vivre un projet d’établissement

Comment un texte écrit en équipe peut devenir le « colorant » du vécu de l’école au quotidien

De nombreux articles existent qui définissent la fonction du projet et la démarche à mettre en œuvre. Cet article s’interroge sur la réalité du projet dans le vécu au quotidien de l’établissement.

Une fois le projet écrit, comment s’en servir ? Comment le faire vivre ? Comment rendre opérationnel les choix réfléchis par l’équipe et rédigés dans ce document ?
Comment en faire un outil de pilotage du Chef d'établissement ?

On le sait, le projet d'établissement devrait être le cadre fédérateur dans lequel l’établissement exerce sa mission pédagogique et éducative. Il s’appuie sur un diagnostic ou un état des lieux précis, définit des axes prioritaires clairs, peu nombreux pour les 3 à 4 années à venir, précise les objectifs pédagogiques pour opérationnaliser ces axes et le plan d'action qui permettra de les atteindre.
Il doit ensuite être mis en œuvre et évalué en cours et à son terme pour considérer la pertinence des actions mis en œuvre dans l’atteinte des objectifs.

Je propose trois éclairages qui devraient permettre de s’intéresser vraiment au projet d’établissement et de le faire vivre de façon effective.

1. Le projet d'établissement : de l’individuel au collectif

Il se passe toujours quelque chose dans une école, les activités sont nombreuses, les projets pédagogiques ne manquent pas, qu’il s’agisse de sorties, de productions, de temps forts, qu’ils soient associés à la semaine du goût, de la presse et des médias, de la poésie, qu’ils parlent d’environnement, de sécurité routière ou de cirque.
Si tous ces projets sont intéressants et rendent concrets les apprentissages, ils manquent bien souvent de liens entre eux. Ils n’assurent pas le suivi de ces apprentissages et sont rarement élaborés en équipe pour une priorité commune.

D’autre part, lors des concertations ou bilan de fin d’année, à la suite d’évaluation, de nombreux soucis ressortent : des élèves qui ne lisent plus, des classes de plus en plus difficiles à tenir, des enfants de moins en moins élèves, des savoirs en mathématiques qui ne servent pas lors de la résolution problème… Des apprentissages qui n’ont plus de sens…
Alors l’équipe organise une formation, met en place le défi lecture en cycle 3, retravaille le règlement et les sanctions, propose de faire un conseil d’élèves, invente la journée du livre, décloisonne les ateliers maths sur un cycle….
Ce sont généralement des activités intéressantes mais elles sont ponctuelles, à court terme et rarement évaluées sur leurs effets. Les difficultés persistent souvent et s’accumulent même.

La mise en place du projet d’établissement est une démarche qui engage l’équipe à résoudre ensemble un problème, qui permet à chacun de proposer des solutions en cohérence avec les propositions de ses collègues dans une visée commune.
On peut décider ainsi, ensemble, par exemple :
-de renforcer la maîtrise des langages, qui conditionne la réussite de l'ensemble de la scolarité si cette maîtrise semble trop lacunaire ;
-de mettre en œuvre une véritable pédagogie différenciée, s'appuyant sur des démarches de repérage et de prévention des difficultés de tous ordres pour favoriser l’accueil de tous et l’inclusion scolaire ;
-de favoriser l'intégration des Technologies de l'Information et de la Communication dans les enseignements et les apprentissages pour rentrer dans cette école du XXIème.

Ces priorités sont assez précises pour engager l’équipe dans la même direction pendant les trois prochaines années et suffisamment ouvertes pour permettre à chacun, selon le cycle dans lequel il est et l’organisation de son enseignement, de prévoir des activités, des projets pédagogiques qui lui correspondent.

Le projet n’est pas enfermant. Au contraire, il ouvre vers l’avenir, il précise l’objectif à atteindre, il éclaire le chemin dans lequel toute l’équipe s’engage.
Le projet n’est pas un « truc en plus » qui se rajoute à la liste déjà trop longue des contraintes. C’est ce qui réunit tout ce qui se fait dans une plus grande harmonie, ce qui ordonne de façon cohérente les activités nombreuses de l’école.
Le projet ne dépossède pas chacun de sa personnalité qui lui fait enseigner « à sa façon ». Mais, en accord avec le référentiel de compétences des enseignants, le projet permet à chacun « d’inscrire son intervention dans un cadre collectif, au service de la complémentarité et de la continuité des enseignements comme des actions éducatives (…) de réfléchir sur sa pratique - seul et entre pairs - et réinvestir les résultats de sa réflexion dans l'action. »

2. Travailler en projet

Le problème avec le projet d’établissement ce n’est pas de l’écrire, c’est de le faire vivre.
Tous les établissements ont un projet, il est obligatoire. C’est le plus souvent un document que l’équipe a mis plus ou moins de temps à élaborer. Généralement bien écrit, il permet de parler de l’école lors des inscriptions. Il est souvent présenté sur le site internet de l’établissement et on le sort d’un tiroir pour le donner aux nouveaux enseignants en début d’année.

Mais quelle réalité de ce projet se manifeste dans le quotidien de l’école ?
Le projet n’est pas un contrat écrit une fois pour toute mais un processus à mettre en œuvre. C’est un scénario possible de la vie de l’école. Il est ouvert et doit pouvoir être complété, révisé si cela s’avère nécessaire.

Pour illustrer le propos, prenons un exemple qui montre comment d’une difficulté repérée par l’équipe on peut organiser les apprentissages autour d’un projet.

  • Un constat

Les évaluations le montrent mais on le savait déjà, la majorité des élèves ne lisent plus en dehors de l’école. Les conséquences sont nombreuses. Comment apprendre à lire si on n’en voit pas le sens ? Peut-on développer sa culture si la source principale est sur un écran ? La majorité des informations présentes dans un document ne sont pas lues par les élèves qui parcourent plus qu’ils ne lisent. La lecture étant maladroite, la prise d’informations est lacunaire et de nombreuses tâches scolaires sont approximatives…

  • Une priorité

C’est cette priorité qui influencera une grande partie de ce qui se vit en classe et à l’école. L’ensemble des apprentissages des programmes et du socle sont toujours présents dans les progressions mais on recherchera le plus possible à viser cette priorité par la même occasion. Un exemple de priorité en lien avec le constat précédent.

  • Pour redonner du sens à l’acte de lire, rendre la lecture indispensable, ludique, source de savoir, outil de communication … et pas seulement utile.
  • Des objectifs

La priorité montre le chemin mais elle est vaste et il est indispensable de définir des objectifs plus opérationnels qui permettront de suivre le chemin.
Des exemples d’objectifs en lien avec la priorité précédente :

  • En équipe, définir quelles utilisations de la lecture et une progression possible en lecture orale, en lecture fonctionnelle et en lecture littéraire
  • Installer la lecture au quotidien
  • Vivre des situations de lecture authentiques dans les différentes situations d’apprentissage
  • Elaborer un outil favorisant le suivi des élèves et leur permettant de suivre leurs acquis
  • .....
     
    • Des actes

Il reste à mettre en acte ces propositions ; les actions permettent d'atteindre les objectifs. Pour cela il peut y avoir plusieurs domaines de réflexion dans ce qu’il se fait déjà : qu’est-ce qui peut être gardé tel quel ? Qu’est-ce qui peut être amélioré ? Qu’est-ce qui doit être abandonné. Qu’est-ce que nous pouvons faire de nouveau ?
Beaucoup d’activités peuvent voir le jour ou être rénovées pour que la priorité du moment imprègne la classe. On peut les penser en équipe, en cycle, chacun dans sa classe. Leur durée peut aller de quelques jours (pour les classes de découverte) à un an ou menées en continue sur les trois ans. Leur périodicité peut être variable : d’une fois par jour à une fois par an
On indique en général, les actions détaillées de la première année et une prévision des actions des années suivantes
L’objectif est de donner une couleur particulière à ce qui se fait afin de résoudre le problème posé au départ.

Des actions possibles. La liste n’est pas exhaustive et je ne doute pas que chacun pourra rajouter des idées.
On ne réinvente pas tout, d’autres écoles ont sans doute réfléchi aussi à ce sujet et les outils sont nombreux qui aident une équipe ou un enseignant à repérer des idées déjà expérimentées par d'autres qu’il reste à adapter au contexte de l’école

-En équipe

  • Définir une progression autour des actes de lecture permettant de situer le niveau de compétence de chacun et assurer le suivi (en lecture orale, en lecture fonctionnelle, en lecture littéraire)
  • Elaborer un portfolio de lecture destiné à chaque élève dans lequel il pourra indiquer ses réussites, ses compétences …
  • Partager ses trouvailles, ses nouvelles pratiques, ses coups de cœur (tableau, padlet, classeur …)

-En classe

  • Préciser le plus souvent possible l’enjeu de la lecture et habituer les élèves à se poser la question avant de lire « A quoi me sert ma lecture ? »
  • Différencier en classe la « lecture pour apprendre à lire » et la « lecture pour découvrir, s’informer, chercher, agir, apprendre, s’amuser … »
  • La lecture à haute voix étant destinée à des auditeurs, lorsqu’un élève lit à haute voix, fermer les autres livres pour que les autres écoutent et ne lisent pas en même temps.
  • Dans chaque séance, utiliser la lecture et signifier la fonction de cette lecture. (un outil sur un mur peut servir à indiquer le sens de la lecture du moment)
  • Faire amener des livres, les présenter, les partager, s’en servir.
  • Mettre en place un défi lecture entre classe
  • Participer à des propositions type les incorruptibles
  • Ecouter parler des livres il y une émission pour cela qu’on peut podcaster et écouter en classe…

-Action d’envergure

  • Une journée du livre où chaque classe a préparé un atelier stand autour d’une dimension de la lecture (la BD, lire de la poésie, fabriquer un livre, créer une collection, l’agencement dans une bibliothèque …)
  • Un quart d’heure de lecture quotidienne pour tout le monde
  • Faire venir un auteur

Pendant les trois années que dure ce projet, on multiplie les actions, on installe des habitudes, on crée des stratégies de travail, on produit des nouveaux outils pour la classe et on évalue régulièrement les effets.

  • L’évaluation

Pas de projet sans évaluation, n’oublions jamais que le projet s’inscrit dans une démarche de résolution de problème. Dans notre cas, celui de redonner du sens à la lecture. Il est donc indispensable de vérifier régulièrement si ce qui est mis en place est pertinent, s’il y a des résultats visibles et donc si le problème posé décline.
Un bilan est fait régulièrement lors des concertations pour savoir où on en est, si les actions se mettent en place, si des collègues ont besoin d’aide. Un bilan doit être fait en fin de chaque année pour voir les progrès chez les élèves, pour questionner les objectifs, les compléter ou les modifier si cela est nécessaire, pour préciser les points à améliorer.
Enfin un bilan final est fait, au bout de trois ans en général, pour évaluer les réussites, les effets de ce qui a été mis en place.
Ce bilan final est la première étape de la réflexion du projet suivant

La démarche de projet est donc ce processus qui engage une équipe à se poser la question de l’adéquation entre ce qui est fait pendant trois ans et la priorité défini ensemble au début de la période. C’est contraignant sans doute mais ça facilite les choix, assure une plus grande cohérence entre toutes les activités et permet sur un temps suffisamment long, les trois ans d’un cycle, d’installer une pratique, des règles, des automatismes, des outils.

3. Piloter avec le projet

Ces dernières lignes s’adressent plus particulièrement aux Chefs d'établissement. Chacun sait que le projet est obligatoire et s’attèle à la tache de son élaboration. Mais comme nous l’avons dit plus haut, le projet n’est pas seulement un produit, un document mais également un mouvement, un processus. Un processus qu’il faut amorcer, faire vivre, maintenir. C’est ainsi un outil de pilotage adapté à l’animation pédagogique de l’équipe.
Un pilotage participatif dans lequel chaque enseignant est associé à la définition des priorités, l’élaboration des objectifs et des activités à mettre en œuvre. Il induit un ensemble de tâches dans lesquelles chacun peut s’impliquer et jouer un rôle actif. Ce pilotage repose sur la motivation des enseignants.
Le projet ayant pour but de faire évoluer l’existant, piloter un projet nécessite de rompre avec les habitudes, d’envisager des évolutions positives, de rechercher de nouvelles pratiques.

  • Avant le projet

La première tâche consiste à établir un diagnostic, à être le plus possible cohérent avec les réalités objectives et ainsi éviter de prendre en compte les "bruits" et les affirmations infondées afin de viser l'intérêt général.
Plus le diagnostic sera objectif plus il sera simple de vérifier les effets du projet.

  • Lors du lancement du projet

Il est nécessaire de rechercher l’adhésion des enseignants à la finalité du projet. Les priorités choisies sont compréhensibles par tous.
Les objectifs permettent à chacun d’imaginer des activités. L’élaboration de fiches action facilite la communication et les bilans intermédiaires. La définition en équipe d’un planning de réalisation même incomplet permet d’anticiper sur le suivi du projet.

  • Au cours du projet

Le projet est à l’ordre du jour de chaque concertation. L’idéal étant qu’il soit au début de la rencontre et pas à la fin où tout se traite un peu rapidement … Pendant ces temps : valoriser ce qui se fait. Questionner les effets. Noter ce qui a abouti, ce qui reste à faire. Préciser comment les nouvelles activités peuvent s’imprégner de ce projet. Vérifier si les objectifs sont tous poursuivis. Chercher ensemble des solutions…
Il s’agit de faire du projet l’outil de lecture du travail pédagogique de l’établissement. Ne pas hésiter à communiquer sur l’avancée du projet sur le journal de l’école, sur le site, lors du conseil d’établissement …
Le projet est également un éclairage pour le plan de formation. Qu’il s’agisse de formation individuelle ou collective, elle peut répondre à une question posée dans la mise en œuvre du projet.

  • L’évaluation du projet

-En cours de projet : bilans intermédiaires
Chaque fin d’année, la question est posée de l’avancée du projet. Ce temps de bilan intermédiaire permet de réguler les choix (objectifs, actions), de préciser, stabiliser ce qui doit l’être et relancer le projet pour l’année suivante. Cela permet au Chef d'établissement de prévoir ce qui doit être proposé et mis en place pour la suite, travail de cycle, formation, …Ce travail est repris à la réunion de rentrée.

-En aval du projet : bilan final
Le projet doit avoir une fin explicite. Il est prévu dès le départ, qu’au bout de trois ans, il sera fait une évaluation et il est capital de prendre un temps précis pour cela. C’est une rencontre prévue, annoncée et au besoin outillée (un document donné en amont pour être rempli et communiqué)
Le bilan porte bien sûr, sur les effets. Il est indispensable de s’appuyer sur des critères précis pour vérifier la qualité de ce qui est attendu.

  • les objectifs ont-ils été atteints ? Quelles compétences ont été développées ? Quels progrès ont été constatés ? Quels résultats aux évaluations ?
  • sur le processus lui-même, quelle actions ont été les plus pertinentes ? Ce qui a été prévu s’est-il déroulé ? le projet a-t-il favorisé de nouvelles organisations pédagogiques ? le travail d’équipe a-t-il été encouragé ? …

Le projet d’établissement est une démarche qui permet de mettre en œuvre les programmes et le socle commun en tenant compte du contexte local, des besoins spécifiques repérés et du public particulier que sont les élèves de l’école.
Il est conçu pour les élèves et élaboré, mis en œuvre et évalué par l’équipe éducative.
Bien plus qu’un écrit révisé tous les trois ans, il colore le vécu de l’école au quotidien.