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Visite de tutelle, qu’est-ce à dire ?

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Visite de tutelle, qu’est-ce à dire ?

Une visite de tutelle s’annonce dans l’établissement. Faut-il s’en réjouir ? Faut-il la craindre ? Cela laisse-t-il indifférent ? Mais sommes-nous bien au clair sur ce qu’est la visite de tutelle ?

La tutelle dans l’Enseignement catholique

Tout établissement de l’Enseignement catholique est placé sous tutelle, comme le précise le Statut de l’Enseignement Catholique. « Une école catholique reçoit sa mission de l’Église, qui est au principe de sa fondation. C’est par l’autorité de tutelle que lui est donnée une existence ecclésiale. établissement catholique d’enseignement relève donc nécessairement d’une autorité de tutelle [...]. Aucune école catholique ne saurait s’en dispenser. » (Article 178). L’autorité de tutelle est exercée par le Directeur diocésain mandaté par l’Evêque du lieu (établissements « sous tutelle diocésaine ») ou par le Supérieur Majeur d’une congrégation agréée par l’Evêque (établissement sous tutelle congréganiste). L’autorité de tutelle, aidée d’un conseil, est notamment chargée de nommer le chef d’établissement, par une lettre de mission. Celui-ci devient responsable du projet de l’établissement que l’autorité de tutelle valide (Article 188) et de la communauté éducative qui le met en œuvre. L’autorité de tutelle accompagne le chef d’établissement et l’évalue, mais se préoccupe aussi de l’ensemble des acteurs d’une communauté éducative et de tout ce qui se vit dans l’établissement.

Tutelle, expression ecclésiale traditionnelle, peut-être mal comprise, aujourd’hui

Le terme de « tutelle » appartient au registre juridique comme dans les expressions « juge des tutelles » ou « mise sous tutelle ». Ceci évoque les dispositions prises pour protéger les personnes jugées inaptes à exercer leurs responsabilités. La notion de « tutelle » dans l’Enseignement catholique désigne tout le contraire. Il s’agit, à rebours, de reconnaître la responsabilité des divers acteurs, et de les accompagner dans son exercice. Pour bien comprendre cette réalité institutionnelle, il faut plutôt penser au « tuteur » en arboriculture, qui soutient la plante ou l’arbre dans sa croissance. Mais la sève, la vitalité se trouve bien dans la plante ou dans l’arbre et non dans le tuteur !
Dès lors le rôle de la tutelle n’est pas de l’ordre du contrôle ou de la prise de pouvoir, mais de l’ordre du service pour autoriser la responsabilité de chacun et favoriser la dynamique de l’ensemble.
 

La visite de tutelle. Quelles visées ?

Or la tutelle n’est pas institutionnellement située au sein de l’établissement. L’autorité de tutelle n’est pas en responsabilité directe dans l’établissement, n’y vit pas au quotidien, pas plus que les membres du service de tutelle. Dès lors, il faut se donner des moyens de rencontre et de connaissance mutuelle. C’est l’objet de la visite de tutelle, comme le souligne le Statut de l’Enseignement catholique. « La visite de tutelle permet d’aller à la rencontre de la communauté éducative dans la diversité de ses membres. C’est l’occasion d’entendre les acteurs, de reconnaître leur action, de dialoguer avec eux. La visite de tutelle doit permettre de faire le point sur la mise en œuvre du projet éducatif de l’établissement, sur l’implication des membres de la communauté éducative. Elle favorise un discernement commun des évolutions utiles. Les visites de tutelle doivent être aussi fréquentes que possible ; elles revêtent des formes variées, définies par chaque autorité de tutelle, en conseil de tutelle. » (Article 191)

Ainsi la visite de tutelle se veut d’abord un temps d’écoute et de découverte. Si ceux qui viennent visiter l’établissement peuvent, à un moment, rappeler les orientations éducatives souhaitées par l’autorité de tutelle, ce n’est pas pour imposer une conformité à des acteurs réduits à être des exécutants. Il s’agit bien plutôt d’appeler à la fidélité à une inspiration fondatrice, afin de susciter créativité et initiatives. Si la visite de tutelle peut conduire à un état des lieux, c’est pour repérer ensemble d’éventuels questionnements et réfléchir solidairement à des adaptations, ou des changements utiles. Il s’agit, dit le Statut, de travailler à « un discernement commun des évolutions utiles. »

Et concrètement, comment cela se passe-t-il ?

Les autorités de tutelle sont nombreuses, puisqu’il s’agit de la totalité des directeurs diocésains et de plus d’une centaine de Supérieur(e)s Majeur(e)s) de congrégation. Il leur appartient de fixer les modalités spécifiques des diverses visites de tutelle. On peut noter néanmoins quelques constantes :
- l’autorité de tutelle construit avec le chef d’établissement le calendrier des diverses rencontres, en s’efforçant de rejoindre l’ensemble des acteurs de la communauté. (Tous présents ou représentés) ;
- en fonction de l’actualité de l’établissement, ou au regard de la précédente visite, la visite de tutelle peut privilégier une thématique ou un angle de vue.
- la visite de tutelle donne lieu à un compte-rendu, synthétisant les constats et les préconisations issues du « discernement commun ».
- la visite de tutelle donne lieu à une restitution assurée par l’autorité de tutelle ou son représentant.

Ainsi une visite de tutelle n’est ni un audit, ni une visite de crise, ni une inspection. Il s’agit d’abord d’une rencontre qui doit être marquée du sceau de la bienveillance. S’il peut être important de donner à celles et ceux qui le souhaitent le temps d’un entretien individuel, la visite de tutelle n’est pas d’abord le lieu d’expressions de revendications, encore moins de règlements de comptes...
Souvenons-nous de l’image du tuteur en arboriculture... A l’issue de la visite, l’arbre qu’est l’établissement doit se sentir mieux soutenu pour déployer son projet, pour que chaque acteur puisse inscrire ses initiatives personnelles dans une tâche commune. La tutelle n’a de sens que si elle vise un surcroît de vie pour l’établissement, et pour chacune des personnes membres de la communauté éducative.