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Les enfants subissent-ils trop les écrans ?

Temps de lecture : 13 minutes
Les enfants subissent-ils trop les écrans ?

En tant qu’enseignant, quelles pistes de réflexion et d’action engager sur la place des écrans auprès des enfants ? Sont-ils trop présents, quels problèmes génèrent-ils ? Comment en avoir une utilisation raisonnée et intelligente à une époque où ils sont devenus inévitables ? Comment éduquer aussi les familles ?

Occupé à 3 ans sur le téléphone de maman pendant la réunion d’inscription dans le bureau de la directrice, figé à 6 ans sur sa vidéo Youtube sur la tablette, coincé à 8 ans devant les jeux de sa nouvelle console, endormi dans sa chambre avec la télévision… Le temps passé par nos élèves (et enfants) devant les écrans nous interroge.

 

"L’écran, c’est le mal”

On ne peut nier, malgré l’ironie du titre, que trop d’écran peut avoir des effets négatifs sur le développement de nos enfants :

  • l’écran réduit le langage des jeunes enfants, que ce soit sur les capacités à nommer les choses ou sur la capacité à participer à une discussion ; 

  • phénomène d’accoutumance : les applications et l’utilisation sont comme une drogue (pour les adultes aussi) avec apport de dopamine quotidienne au fil des “like” et des notifications ;
  • l’écran rend violent, non seulement par la violence physique ou morale qu’il montre, mais aussi par les frustrations qu’il engendre (“je n’ai pas fini… je veux encore…”) ;

  • le moral peut être affecté par des images vues sur Internet ;

  • l’écran rend immobile le corps, et nuit au développement des habiletés motrices ;

  • l’écran provoque des troubles du sommeil, notamment s’il est utilisé avant l’heure du coucher (impact de la lumière bleue, énervement…) ;

  • on perd son temps sur l’écran…

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik affirme : "Si les enfants ont l’air sages face à un écran, c’est parce qu’ils sont médusés, hypnotisés. Mais cette fascination implique une perte des relations. Non seulement ils n’apprennent rien, mais cela entraîne une altération de l’empathie et des troubles du développement."

Et pourtant...

 

“L’écran, c’est la vie !”

Là aussi, malgré l’ironie du titre, il faut avouer que les écrans aujourd’hui font partie de notre quotidien. Adultes, on s’en sert pour réserver ses billets de train, déclarer ses impôts, garder contact avec la famille éloignée, surveiller sa forme physique, consulter les résultats scolaires de ses enfants… et même les enfants s’en servent à des fins “utilitaires” (communiquer avec la famille éloignée, se documenter, trouver l’orthographe d’un mot…).

Le philosophe Michel Serres, dès son ouvrage Petite Poucette, soutient que les enfants du numérique ont aujourd'hui d'avantage accès aux personnes et aux savoirs.

L’école doit s’imprégner de ces usages, car :

  • il faut apprendre aux enfants à utiliser divers matériels, de l’ordinateur au smartphone en passant par la tablette ;

  • il faut les initier à la programmation ;

  • l’utilisation précoce des réseaux sociaux leur permet d’apprendre à construire une image numérique positive ;

  • utiliser le numérique est LA solution pour différencier correctement les apprentissages, suivre les progrès des élèves ou faire de la “classe inversée”.

Evidemment, là aussi, comment ne pas tomber dans l’excès, notamment quand on lit des études qui disent que les enfants qui passent plus de temps sur écran réussissent moins bien ? Comment réfléchir leur usage ?

 

Eduquer à l’utilisation intelligente de l’écran

Nous sortons d’une étape charnière. Si ce n’est plus à l’école qu’on apprend l’usage technique des outils, celle-ci a certainement un rôle éducatif essentiel en matière de numérique : comment poser un cadre éducatif à l’école, comment faire sortir cette éducation des murs de l’école ?

Réfléchir sur les usages

En matière d’éducation, l’idée n’est pas de limiter le temps d’écran, mais de favoriser les temps “intelligents”, et l’école peut montrer l’exemple :

  • Vivre l’écran accompagné par l’adulte, pendant lequel l’enfant peut exprimer ses émotions, parler de ses envies, de ses frustrations.

  • Passer d’une utilisation passive à une utilisation active : le numérique est un formidable outil pour créer, pour inventer, pour publier… les usages sont nombreux (blogs, vidéos, réseaux sociaux à dimension scolaire…).

  • Décider de règles avec les enfants sur les moments et les usages des écrans : temps passé, contenu, production… Une “charte des écrans” peut être élaborée collectivement.

  • Informer sur les risques des écrans (par exemple expliquer pourquoi l’utilisation d’écran pendant les repas ou avant de dormir est à éviter).

Sabine Duflo, psychologue et thérapeute familiale, propose un cadre facile à mémoriser, les 4 “pas” :

  • Pas d’écran le matin

  • Pas d’écran durant les repas

  • Pas d’écran avant de s’endormir

  • Pas d’écran dans la chambre de l’enfant

(Source : https://www.surexpositionecrans.org/les-4-pas/)

D'autres conseils :

  • Que ce soit à la maison ou à l’école, utiliser l’écran dans un endroit vivant, et non dans un petit coin ou seul dans la chambre. Faire ranger le téléphone et / ou la tablette quand ils ne servent plus pour diminuer la tentation purement ludique.

  • En cas d’utilisation autonome, choisir, en tant qu’adulte, un contenu et des activités numériques qui correspondent aux valeurs qu’on veut véhiculer.

  • A l’école, mais aussi en famille, proposer des activités stimulantes hors écran permet de réduire l’envie et le temps passé devant ceux-ci : jeux de société, chant, créativité, sport, parc...

S’adapter à l’âge des enfants

Le psychiatre Serge Tisseron, qui s’est penché longuement sur ces questions, propose une grille de lecture simple qu’on peut proposer à nos parents d’élèves via un affichage dans le hall de l’école par exemple.

  • Pas de télé avant 3 ans

  • Pas de console de jeu avant 6 ans

  • Pas d’Internet seul avant 9 ans

  • Pas de réseau social avant 12 ans

(Source : https://sergetisseron.com/3-6-9-12/)

Des acteurs pour nous aider à éduquer

On a souvent l’impression que l’éducation aux écrans dépend surtout des familles, et il est vrai que les pratiques vécues à domicile sont déterminantes. Pourtant, comme pour l’éducation à l’hygiène ou à la sécurité routière, l’équipe enseignante a son rôle à jouer et peut trouver des points d’appuis :

  • l’enseignant a un premier rôle auprès des élèves, en matière d’éducation aux médias et à l’information, et peut s’inspirer de ressources en lignes, notamment de vidéos (Eduscol), pour provoquer la discussion et la réflexion avec les enfants ;

  • le chef d’établissement peut organiser un conseil d’établissement sur ce sujet ;

  • en coopération avec le comité d’APEL, proposer l’intervention d’un spécialiste, ou lancer au sein de l’établissement des défis sans écrans.
    Attention toutefois de bien choisir son association ou son intervenant, pour ne pas tomber dans l’un des excès évoqués plus haut, l’idée n’étant pas d’éteindre l’écran, mais d’apprendre à gérer sa durée d’utilisation et son contenu ;

  • l’enseignant peut aussi donner aux familles concernées (enfants fatigués, jeux vidéos non adaptés avec conséquences dans la vie de classe) des conseils ou des liens pour les aider à mieux protéger leur enfant.


Liens externes :

Exemples de l’organisation de “10 jours sans écran” :

 

Crédit photo : zeitfaenger.at, FlickR

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