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Expérimenter le livret d’évaluation en PS

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Expérimenter le livret d’évaluation en PS

Deux enseignantes de PS, peu satisfaites du traditionnel livret d’évaluation par compétences, ont décidé cette année d’expérimenter un nouveau mode de transmission aux familles des acquis des élèves en s’inspirant des pratiques des équipes des écoles anglo-saxonnes.

1. Le constat de départ
 
Le point de départ : deux enseignantes mécontentes. Le « livret de réussite » conçu il y a quelques années par leur équipe, qui liste les compétences à acquérir, ne leur permet pas de communiquer aux familles ce qu’elles aimeraient dire des progrès de leurs élèves. Elles constatent en effet qu’en petite section, à la fin du premier trimestre, un grand nombre d’élèves n’ont pas encore acquis les compétences attendue mais ont énormément progressé et appris depuis le début de l’année. Cocher la case « non acquis » leur semble terriblement réducteur. De plus, l’espace leur manque pour dire à quoi l’élève s’intéresse, et comment il développe ses compétences sociales.
 
En tant que chef d’établissement, j’ai donc été interpellée « l’école n’est pas obligatoire en PS, alors, on est vraiment obligées d’utiliser ce type de livret ? »
 
2. Les pratiques des écoles anglo-saxonnes
 
Dans un premier temps, je vous l’avoue, je n’ai pas su quoi répondre ! En effet, leurs arguments me semblaient très raisonnables et motivés par une vision très juste et positive des élèves, vision qu’elles avaient envie de pouvoir transmettre à travers le document périodique d’évaluation. Je me suis alors souvenue avoir beaucoup apprécié les livrets d’évaluations apportés par des familles anglo-saxonnes venues inscrire leurs enfants dans notre établissement. J’ai donc proposé aux deux enseignantes de petite section de s’en inspirer pour construire un nouveau modèle de livret de réussite.
 
A quoi ressemblent donc ces livrets, que l’on trouve particulièrement au Royaume-Uni et en Allemagne ?
Pour chaque matière (ou domaine en maternelle), un paragraphe détaille :

  • ce qui a été étudié au cours de la période,
  • ce à quoi l’élève s’est particulièrement intéressé,
  • ce qu’il a réussi,
  • ce qu’il ne parvient pas encore à faire,
  • ce qui lui est demandé comme progrès à réaliser au cours de la période suivante. 

Un large paragraphe est consacré aux compétences sociales et civiques. Il détaille les réussites et les progrès de l’élève, ce qu’il apporte au groupe et les efforts qui lui sont demandés.
 
3. La méthodologie
 
Malgré le travail important de réflexion et de rédaction à prévoir, les deux enseignantes ont décidé de se lancer dans l’aventure. La méthodologie envisagée en ce début d’année est la suivante :

  • pour chaque domaine, écrire ce qui va être travaillé au cours de la période, en hésitant pas à être très explicite (par exemple, « nous avons travaillé sur le vocabulaire des couleurs à partir de tel album… »),
  • établir le « portrait type » d’un « bon » élève. Suite à ce qui a été travaillé en classe, quelles connaissances, capacités et attitudes a-t-il acquises ?
  • Personnaliser ce portrait pour chaque élève en précisant notamment ce pour quoi il a montré un intérêt particulier. S’il ne réussit pas ce qui était attendu du « bon élève » dont le portait type avait été établi, préciser ce qu’il réussit déjà, ce qu’il ne réussit pas encore, et ce qui est attendu de lui au cours de la période suivante.

4. Quelques points d’attention

  • Chaque paragraphe est introduit par une description du projet ou des activités mises en place par l’enseignant. Les listes de compétences à cocher ont disparu. Il ne faut cependant pas oublier que l'on évalue par compétences et qu'il convient de se baser sur les programmes pour la rédaction.
  • Ce livret est un document de communication avec les familles, le vocabulaire employé doit rester simple et compréhensible par tous.
  • Le travail sur ce nouveau « livret de réussite » donne l’occasion de vérifier la cohérence et la pertinence des progressions.
  • Rédiger est une tâche complexe qui peut effrayer les enseignants. Il faut donc prévoir des temps de travail en équipe pour chercher ensemble les bonnes formulations. Il faut prévoir aussi le temps de l’aide et de l’accompagnement par le chef d’établissement.
  • Innover, c’est accepter de prendre des risques. C’est drôle comme, en tant qu’enseignant, à chaque fois qu’on touche à l’évaluation, on craint de ne pas être à la hauteur… Et si notre nouveau livret faisait apparaître des manques dans notre enseignement ? Et si, en voulant adopter une formulation compréhensible par tous les parents, on s’éloignait trop de la norme « éducation nationale » ?

Les enseignantes ont décidé d’essayer pour gagner au moins trois choses :

  • ne plus avoir à cocher ces listes de compétences qui ne disent presque rien sur les élèves,
  • une communication avec les parents plus riche,
  • et un regard affiné sur chaque élève.

Et puis, il sera toujours possible d’améliorer la production au fil des années !
 
Pour le moment, nous en sommes encore à la phase de conception de ce nouveau livret. Notre travail a cependant déjà eu un effet. Jusqu’à présent, nous ne remettions pas aux familles de document d’évaluation pour les élèves de toute petite section car le livret de réussite utilisé pour les élèves de petite section n’était pas du tout adapté. Les nuances devenant possibles avec notre nouveau livret, l’enseignante de TPS a d’ores et déjà décidé qu’elle écrirait quelque chose pour les plus petits également.
 

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