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Les icônes

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Les icônes

De tout temps, et plus encore aujourd’hui sans doute, l’image a servi de support pour transmettre le message évangélique. Le mot icône vient du grec "eikona" signifiant image : c’est une image peinte représentant le Christ, la Vierge ou les saints. Dans la religion orthodoxe, l’icône tient une place importante.

Dieu a pris en Jésus-Christ corps et figure humains, en un lieu, en un temps de l’histoire humaine ; l’homme est l’image du Christ. Alors il est possible de tenter de représenter l’image du Christ dans un authentique geste de foi et d’amour. Les auteurs d’icônes sont le plus souvent des moines ou des moniales et leurs œuvres sont à la fois œuvres d’art, fleurs de prière, présence de Dieu dans la beauté. Peindre une icône suppose en effet la maîtrise d’un savoir-faire que nous tenterons de comprendre. Mais en même temps une icône c’est une vision religieuse et nous verrons comment chacune d’entre elles nous renvoie à une théologie.

L’image dans le christianisme

Il est nécessaire de rappeler la place qu’a tenu l’image dans la religion et surtout comment elle est devenu un élément dans l’évangélisation.

A ses débuts, l’interdit de la représentation divine posée par le judaïsme ("Tu ne feras point d’idole, ni une image quelconque de ce qui est en haut dan le ciel ou en bas sur la terre ou dans les eaux au-dessous de la terre" - c’est le second des dix commandements) n’a pas été repris par le christianisme. Très vite, au IVème siècle, le christianisme, devenu religion d’Etat, va déployer la représentation de Dieu : figuration symbolique (inspirée de l’art juif), figuration d’un Dieu patriarche, omnipotent ou encore figuration du Christ crucifié ou en majesté.
A partir de là, on assiste à un culte envers les images et surtout au débat doctrinal et théologique qui ne pouvait manquer de naître. La querelle iconoclaste éclate au 8ème siècle, vers les années 730. Elle ne prendra vraiment fin que plus de cent ans plus tard après bien des tribulations (condamnations de papes ou d’empereurs, conciles, etc)

De façon habituelle, le christianisme a été favorable à l’image mais il est nécessaire de noter les nuances.

En Orient, au VIème siècle, naît l’art de l’icône conférant à l’image une dimension sacrée : l’icône est une fenêtre ouverte sur l’invisible qui manifeste la sainteté de la présence divine. Pour les orthodoxes, elle est l’expression de la Parole de Dieu comme l’est le livre de la Bible.

En Occident, on peut donner à l’image une triple fonction :
- spirituelle : incitation à la prière et au recueillement. Le développement des peintures, des statues dans les églises et chapelles en témoignent.
- esthétique : il s’agit de célébrer la magnificence de Dieu et de sa création
- pédagogique : l’image illustre les épisodes bibliques ou les récits hagiographiques.
Cependant on notera que si le culte des images est très fort dans la religion catholique, il est en suspicion chez les protestants.

La fabrication des icônes

La réalisation d’une icône peut demander des années de travail dans un esprit de prière et de contemplation.

Voici quelques repères de la technique utilisée :
Une planche de bois séchée par les années est d’abord creusée : on ne peint pas la surface des choses mais un visage "intérieur". Sur ce support est calée une toile de lin qui recevra huit couches successives d’enduit préparé avec de la colle de peau ; la dernière couche est soigneusement poncée. Ce support figure la matière dans laquelle pénètre la lumière du Christ.

Ensuite l’artiste dessine au crayon, puis grave les grandes lignes de son œuvre ; il applique une matière qui attire l’or (le "bol d’Arménie") et pose les feuilles d’or servant de fond à l’image ; l’or symbolise la lumière divine qui rayonne de l’icône.
L’artiste va alors appliquer les couleurs faites de terres délayées dans une émulsion d’œuf. Il commence par les plus sombres pour finir par les plus claires. Tout ceci a une valeur symbolique : nous sommes appelés des ténèbres à la lumière.
La peinture achevée, l’icône est imprégnée d’huile de lin, vernie et bénie.
Comme pour sa confection, le croyant contemple l’icône dans ce même esprit de foi et d’amour. "L’icône est un témoignage visible tant de l’abaissement de Dieu vers l’homme que de l’élan de l’homme vers Dieu".

Le témoignage d’Anne Sonnier, épouse d’un prêtre orthodoxe, nous éclaire sur le travail de l’iconographe. Elle exerce cet art dans son atelier près de l’abbaye de Léhon (Côtes d’Armor).

"Un iconographe est un peintre qui, à travers l’art de l’icône, emprunte un chemin de prière. Un chemin qui va vers Dieu, ou plutôt qui laisse Dieu venir à l’artiste par l’icône. Dans l’icône, la perspective est inversée, c’est la personne qui regarde l’icône qui devient le point de fuite. Le saint représenté semble venir vers le spectateur. L’artiste accomplit une œuvre sacrée, il rend visible un mystère. Il écrit l’évangile en image. Le fruit de son travail ne devient icône que lorsqu’il reçoit la bénédiction de l’Église. C’est donc un acte pour la communauté des croyants et non pour lui-même. L’écriture de l’icône exige une préparation spirituelle qui passe par la prière, la méditation, l’ascèse et le jeûne. Avant de commencer à peindre, tout iconographe dit cette prière : "O maître divin de tout ce qui existe, éclaire et dirige l’âme, le cœur et l’esprit de ton serviteur, conduis ses mains afin qu’il puisse représenter dignement et parfaitement ton image, celle de ta sainte mère et celle de tous les saints par la gloire, la joie et l’embellissement de ta sainte Église".
(témoignage paru dans "Église en Côtes d’Armor - mai 2009)

La symbolique des couleurs

Pour saisir tout le sens de l’icône, il faut connaître la symbolique des couleurs utilisées par l’artiste. Dans son travail, il part toujours de l’ombre vers la lumière. Les premières couches sont foncées puis progressivement la palette s’éclaircit.

- L’or, au brillant inaltérable, est le reflet de la splendeur de Dieu dans laquelle baignent tous les élus. Des lisérés d’or soulignent le bord des vêtements du Christ et de la Vierge.
- Le blanc est le reflet de la lumière ; ses traits lumineux soulignent les portraits et gestes pour signifier l’illumination intérieure qu’ils laissent transparaître. Ce blanc est la couleur du vêtement du Christ transfiguré ou encore du Christ après sa résurrection, mais aussi la couleur des anges et des élus du ciel.
- Le bleu : le bleu marine marque une participation au divin, à la transcendance, à l’infini. Le bleu clair symbolise la sagesse et rehausse quelquefois les traits blancs des visages qu’il anime.
- Le rouge symbolise tout à la fois, en positif, le don, l’amour, le sacrifice des martyrs, la beauté qu’en négatif le feu éternel de l’enfer et les mauvaises passions. Le feu de l’Esprit est lui orangé tirant sur l’or.
- La pourpre est un mélange de bleu et de rouge. La pourpre bleue (violet de l’évêque) était un signe du grand-prêtre juif, à Byzance la couleur du manteau de l’empereur. La pourpre rouge est le symbole du pouvoir : Byzance la réservait à l’impératrice.
- Le vert est la couleur du végétal, signe de vie et de renouveau. Il symbolise la participation au divin (mélange du bleu et du jaune) et au terrestre (le vert des plantes) vivifié par la lumière. Très riche en modulations de tonalité, il symbolise la régénération spirituelle.
- Le brun est la couleur de la terre, il est utilisé le plus souvent pour les visages et les parties les plus visibles du corps humain tiré de la terre et destiné à y retourner. C’est aussi le signe de l’humilité.
- Le noir est la négation de la lumière, c’est la couleur du mal, des damnés, des démons, de l’enfer. C’est le symbole des ténèbres, du néant de la création rejetant ou ignorant son créateur. Le noir des vêtements signifie le renoncement au monde et exalte le rayonnement des visages lumineux nimbés d’or.

Des clés de lecture des icônes

Il n’est pas possible de passer en revue toutes les icônes que vous pouvez découvrir tant au cœur de certaines de nos églises que sur les reproductions des ouvrages religieux.

Je vous propose un arrêt, (fichier au format PDF) sur quelques-unes parmi celles que vous rencontrez le plus souvent : l’icône de la Nativité, celle de marie, Mère de Dieu, celle du Christ Pantocrator et enfin celle de la Sainte Trinité.