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L'Eucharistie dans notre vie

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L'Eucharistie dans notre vie

Quand diverses personnalités nous parlent de l'Eucharistie dans leur vie...

Bertrand Révillon, diacre, rédacteur en chef de "Panorama"

C’était à Bangkok, il y a une vingtaine d’années. Invité par une association de lutte contre la prostitution des enfants, j’ai demandé à mes hôtes de me conduire à la messe dominicale. L’eucharistie fut célébrée en thaïlandais. Autant dire que je n’ai pas compris un traître mot de ce qui se disait ! Et pourtant, en quelques secondes, je me suis senti totalement « chez moi » dans cette liturgie. Je percevais soudain l’extraordinaire universalité de la messe. Transmis à travers le temps et l’histoire, les gestes mêmes de Jésus voyageaient et aussi à travers l’espace autour de la planète ! Partout, le même mystère, la même Cène rappelée, la vie, notre vie, avec ses brassées de joie et de souffrance, de doute et d’espérance, soudain portée sur l’autel de toutes les compassions, sur la table de toutes le faims humaines, là où il nous est donné de nous rappeler cette incroyable nouvelle : Dieu existe et il nous aime.

Guy Gilbert, prêtre des "loubards"

De plus en plus ce qui est central pour moi, c’est l’Eucharistie. Le prêtre est l’homme de la messe, celui qui rassemble, non pas autour de lui mais autour de la parole et des gestes mêmes du Christ. Je suis émerveillé chaque jour de voir combien Dieu aime ma misérable pauvreté pour accepter ainsi de se servir de mes mains pour nous partager son pain.
Oui, célébrer la messe c’est faire descendre l ‘amour de Dieu dans mes mains nues. Le cœur de la vie du prêtre est là : il fait descendre l’amour de Dieu et le donne à celles et à ceux qui l’entourent.

Céline, étudiante, 20 ans

La messe était un temps d’autant plus fort que nous la préparions et que nous formions une communauté de prière. On se connaissait bien, on se parlait beaucoup avant et après la messe.
La messe est une manière particulière de se ressourcer et d’être face à Dieu. J’ai du mal à prier toute seule. A la messe, je suis dans le silence et dans la paix intérieure. Je ne pense pas à autre chose. Je suis portée par la prière des autres. La messe, c’est aussi se rencontrer entre catholiques autour du Christ, pouvoir écouter l’homélie et l’Évangile. C’est un temps de formation, de ressourcement pour mieux vivre les jours à venir.

Didier Decoin, écrivain, scénariste

Pour moi, dans l’Eucharistie, il y a beaucoup plus qu’un simple symbole. Je crois à la présence réelle, je suis persuadé que Dieu se rend effectivement présent dans ce pain. La communion est pour moi le seul moment où je retrouve une proximité avec Dieu. L’Eucharistie est un sacrement dont je ne m’approche pas automatiquement. Souvent, je me sens indigne du don de l’Eucharistie, mais je sais aussi qu’elle est le cœur de tout. Si j’ai la chance d‘être encore lucide lorsque arriveront les derniers instants, j’espère pouvoir communier une dernière fois.
Je crois que je ne pourrais pas vivre sans l’Eucharistie. Je reste totalement ému par ce Dieu qui accepte de se donner ainsi à l’homme, de venir, en nous, nourrir notre faim.

Cardinal Daneels (archevêque de Malines-Bruxelles) "Eucharistie, chemin de l’amour"

Ce qui frappe dans la Bible, c’est que Dieu prend son temps pour s’approcher de nous. Il tisse une histoire avec nous et fait montre de patience. C’est comme un oiseau qui se tiendrait, en hiver, devant la fenêtre ; il doit s’habituer à notre présence et nous ne pouvons nous en approcher que très patiemment. Tout amour véritable prend son temps. La célébration de l’Eucharistie est un lent mouvement de croissance amoureuse de Dieu vers nous et de nous vers Dieu. Dans cet ordre là.
La route de tout amour connaît quatre étapes : la prise de connaissance, la confrontation, le dialogue intime de cœur à cœur et l’union.
Dans l’amour comme dans l’Eucharistie, la première consiste à faire connaissance : qui se trouve là devant moi ? Qui suis-je, et qui est-il ou elle ? Cette phase correspond à l’ouverture de la célébration : l’homme s’avance avec hésitation devant Dieu ; il prend conscience de ce qu’il est, et de ce qu’est Dieu. Il s’adresse à Dieu avec les mots du renard au petit prince : "Apprivoise-moi, alors je pourrai m’approcher de toi". Qui donc est l’homme ? Un pauvre pécheur. Qui est Dieu ? Le miséricordieux. C’est l’acte pénitentiel. Nous nous sentons reçus par lui ; nous pouvons alors nous approcher et chanter le Gloria qui relie ciel et terre : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre…". Et l’on conclut avec la prière d’ouverture : "Puisque nous pouvons nous approcher de toi, Seigneur, nous pouvons aussi te demander".
Suit la confrontation : c’est la liturgie de la Parole. Dieu prend la parole, pour s’exprimer. Lui seul peut dire qui il est ; c’est ce qu’il fait dans l’Écriture, à commencer par les Prophètes et les anges jusqu’à Jésus. Et cette Parole n’est pas toujours facile à accueillir ; Dieu nous dit parfois des choses qui ne paraissent pas correspondre à nos besoins immédiats. Cela peut nous rebrousser le poil. Mais nous nous laissons instruire, et nous lui répondons par le psaume et la profession de foi.
Le troisième temps est celui du dialogue intime de cœur à cœur : c’est la prière eucharistique. Il ne s’agit plus ici d’annonce ou d’enseignement ; ce n’est plus un jeu de questions et de réponses. On s’adresse à Dieu, dans le langage amoureux de la prière. Il n’ y a plus rien à analyser, à réfléchir ou à penser ; il s’agit seulement de trouver la bonne longueur d’onde du langage amoureux, et de nous y tenir.
La dernière étape constitue le sommet du chemin de l’amour : la communion. On pourrait dire : c’est le bouche à bouche ou le corps à corps. Car nous touchons ici le Corps du Seigneur lui-même, ou plutôt c’est lui qui vient toucher le nôtre. C’est ce qu’exprimait Ruysbroeck : "Quand nous communions, ce n’est pas nous qui mangeons le Christ ; c’est lui qui nous mange".
L’Eucharistie suit tout simplement le chemin de l’amour. Aussi comprend-on qu’elle ne consiste pas en un tas de pierres accumulées les unes sur les autres. Un fil conducteur la traverse de part en part. Elle suit les étapes de l’amour : apprendre à se connaître et à s’apprivoiser avec pudeur ; se confronter l’un à l’autre et accepter l’autre tel qu’il est, en sa particularité ; converser ensemble dans un cœur à cœur, et enfin "devenir une seule chair".