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Aménagement du temps scolaire et aide personnalisée : description d'expérience

Temps de lecture : 24 minutes

Une école de Marseille décrit son expérience, ses ajustements suite aux évaluations conduites et présente son projet pour l'année prochaine.

Il ne s'agit pas d'un modèle à reproduire, mais la démarche collaborative, le lien avec le projet éducatif, les ajustements et la souplesse donnés à cette organisation font sens.

Fiche d’identité de l’établissement :
Ecole Chevreul Champavier
Réseau UGEC
Congrégation Compagnie de Marie Notre-Dame
Diocèse de Marseille
245 élèves
Etablissement rattaché à un collège de 350 élèves

Eléments de départ :
L’équipe en place au cours de l’année scolaire 2007 2008, en conseil d’établissement, avait arrêté les éléments suivants :
- l’école sera ouverte tous les mercredis matins de l’année, soit pour des concertations soit pour l’aide personnalisée
- l’aide personnalisée sera organisée en 2 modules de 8 semaines consécutives, les élèves concernés seront les mêmes durant ces 8 semaines.

Mise en œuvre du projet :

1 - Les évaluations diagnostiques
Pour se lancer dans ce projet, les professeurs, en conseil de cycle, ont élaboré des évaluations diagnostiques en lien avec les nouveaux programmes et en appui sur le socle commun des connaissances et des compétences. Ces évaluations avaient pour objectif de repérer des éléments à approfondir pour permettre aux élèves d’être plus efficaces et performants dans leurs apprentissages. Ces évaluations ont été conduites dans chaque classe entre le 11 et le 25 septembre 2009.

2 - Les élèves "sélectionnés"
Ils étaient 51, du CP au CM2 pour le premier module.
En effet, aucun élève de maternelle n’a été sélectionné pour faire partie de ce dispositif. Ce n’était pas un choix de départ de l’équipe. Toutefois, les difficultés repérées chez les élèves de maternelle pouvaient être prises en compte dans le quotidien de la classe, au cours des ateliers, par la différenciation mise en place par les professeurs.
Ces 51 élèves ne constituaient en aucun cas un groupe de "mauvais élèves". Il s’agissait plutôt d’élèves ayant à affiner, à consolider une capacité ou une attitude.
Bien entendu certains de ces élèves présentaient des difficultés importantes, mais ce n’était pas le cas général.

3 - L’élaboration du dispositif
L’aide personnalisée à mettre en place s’est voulue dès le départ différente dans sa forme et son contenu d’une séance scolaire habituelle. Très vite les activités qui ont émergé de la réflexion des professeurs ont été nommées "ateliers".
Ces ateliers à créer ont été conçus à partir des objectifs à travailler pour chaque élève, et non par niveau de classe. Ainsi des groupes "multi classes" ont vu le jour, répartis dans les ateliers suivants :
- orthographe et grammaire, fabrication d’un jeu de type "trivial poursuit" (cycle 3)
- théâtre (cycles 2 et 3)
- atelier d’écriture, rédaction d’un journal et montage d’un reportage sur power point (cycle 3)
- résolution de problèmes (cycle 3)
- informatique et jeux mathématiques (cycle 3)
- attention et écoute (cycle 2)
- graphisme et écriture (cycle 2).

En concertation, les professeurs ont déterminé la répartition des ateliers entre eux et ont élaboré leur projet.
Pour conduire ces ateliers, on a pu compter 9 professeurs (des classes maternelles et élémentaires) ainsi qu’une aide maternelle spécialisée en théâtre.

4 - La communication avec les familles
Après les évaluations diagnostiques et l’élaboration des ateliers, les parents de chaque élève ont été invités à une rencontre individuelle avec son professeur. Lors de cette rencontre le projet mis en place pour l’enfant ainsi que les objectifs à atteindre ont été présentés.
Suite à ces entretiens, nous avons obtenu l’accord de 47 familles pour la participation des enfants aux ateliers du mercredi matin. (Raisons exprimées pour les refus : problèmes d’organisation familiale, surcharge des enfants ayant un suivi hors de l’école).
A la fin du module de 8 semaines, chaque famille a été reçue par le professeur avec lequel l’enfant avait travaillé pour faire le point sur ses progrès.

5 - Le suivi de l’élève
Pour chaque élève, une grille de suivi est renseignée en fin de séance. Elle précise l’atelier choisi pour la période, la compétence que l’élève doit travailler, l’objectif à atteindre en fin de séance et les observations faites par le professeur responsable de l’atelier.
Ces grilles de suivi ainsi que les préparations des professeurs pour les ateliers sont regroupées dans un classeur unique que chacun peut consulter pour suivre les progrès de ses propres élèves suivi par d’autres professeurs.
Toutes les 2 semaines, en fin d’ateliers, les professeurs se retrouvent pour une heure de régulation qui leur permet d’échanger sur les apprentissages en cours, de mutualiser, d’élaborer des stratégies face à une difficulté rencontrée, de faire le point sur les progrès constatés ou non en classe pour les élèves participant à ces ateliers.

6 - Le bilan du point de vue des élèves
Si la grande inquiétude de départ pour la mise en place de ce dispositif était le risque de stigmatisation des élèves présentant des difficultés, les enfants eux-mêmes nous ont rapidement rassurés.
En effet, les élèves ont vécu à l’unanimité la participation à ces heures de travail du mercredi comme un privilège. Ils ont fait preuve de motivation, d’implication dans le travail et d’un grand investissement.
Ce temps du mercredi a vraiment été perçu comme un temps à part, calme, détendu.
Les élèves ne participant pas à ces ateliers ont pour beaucoup manifesté le désir d’être sélectionnés pour le module suivant…

7 - Le bilan du point de vue des professeurs
EN NÉGATIF :

- La période d’ateliers est trop dense et les concertations manquent.
De 8 ou 9 séances consécutives il faudrait passer à 4 ou 5 maximum.
Ceci permettrait de ne pas trop éloigner les concertations et également de faire bénéficier davantage d’élèves de ces ateliers.

- Peu de progrès sont constatés dans le domaine précis des connaissances.
Par ailleurs cette structure bien organisée sur plusieurs semaines ne permet pas de travailler un point particulier autre que l’objectif ciblé en début de période.

- Certains professeurs ont ressenti une surcharge de travail pour la préparation de ces ateliers et aussi pour le suivi personnalisé des élèves.

EN POSITIF :
- Le mercredi matin est un créneau très favorable pour la mise en place des ateliers pour les élèves et pour les professeurs. Il n’y a pas de journées surchargées, l’école est calme, les élèves vivent un moment "à part".

- Une très grande implication des élèves est constatée, ainsi qu’un développement mesurable des capacités du pilier 7 du SCCN (autonomie et initiative) et également du pilier 1 (maîtrise de la langue française) dans le domaine "s’exprimer à l’oral".

- Les professeurs se sont remarquablement investis, soucieux des progrès et du suivi des élèves.

- Nous avons su tirer parti des compétences en théâtre d’une assistante maternelle de l’établissement.

8 - Les modifications du dispositif pour le second module
Suite au premier bilan des professeurs qui constataient le manque de retombées directes des ateliers dans le quotidien de la classe, l’équipe a décidé de modifier le dispositif en place pour expérimentation.
Est mis en place un suivi personnalisé des élèves présentant des difficultés sur des objectifs qualifiés de plus disciplinaires, par niveau de classe.
Pour ce module, 39 élèves sont concernés.

Cette formule permet aux professeurs d’être au plus près des difficultés quotidiennes rencontrées par les élèves concernés par l’aide personnalisée du mercredi matin. Mais on passe peut être à côté du travail de fond mené durant la première période.

9 - Les prévisions pour 2009-2010

Ce qui va être reconduit :
* le choix des ateliers le mercredi matin.

Ce qui va être modifié :
* le rythme de l’année :
- de 2 périodes d’ateliers, nous passerons à 4 périodes de 4 à 5 semaines
- pour chaque période, de nouvelles évaluations seront proposées pour identifier les besoins et solliciter les élèves nécessitant une aide (ainsi davantage d’élèves seront touchés)
- une certaine souplesse sera conservée pour permettre à certains élèves de participer à une ou deux séances et non au module dans son intégralité en cas de besoin.

* Le contenu des ateliers :
- aide personnalisée autour d’un ou plusieurs objectifs de connaissance précis par niveau de classe, proposée sous une forme différente des activités de classe
- possibilité de monter des projets par classe ou multi classes dans la perspective de développer des capacités ciblées de l’un ou plusieurs des piliers du socle commun de connaissances et de compétences par le biais d’activités autres que purement scolaires.

Ainsi les besoins des élèves seront pris en compte de façon plus complète.

10 - Le lien entre ce projet et le projet éducatif de la Compagnie de Marie Notre-Dame
En mettant en place ce dispositif qui nous ramenait à nous centrer avec précision sur chaque élève, sur ses difficultés ou ses points d’appui et en définissant pour lui un projet personnel, nous avons constaté que nous étions au plus près de notre projet éducatif.
En effet, voici les liens que nous pouvons faire entre notre projet et l’action menée :

°Développer cohérence, cohésion et solidarité dans la communauté éducative : Pour cette expérience nouvelle, toute la communauté éducative a du se mobiliser et œuvrer ensemble dans un esprit de collaboration et d’entraide.
° Développer le goût de l’effort et tenir compte de l’action de l’enfant dans sa propre instruction :
Dans le cadre d’un projet personnel, l’enfant ne peut pas se "cacher" derrière le groupe. Il lui faut donc s’impliquer, s’investir personnellement, être actif, être acteur. Par son action et en en mesurant les résultats, il peut développer ce goût de l’effort.

° Créer un lieu de vie (écoute, partage, reconnaissance mutuelle et discernement) :
Ce temps mis à part dans une école calme en raison du petit effectif d’élèves présents a permis de créer de nouveaux liens entre élèves, entre élèves et adultes, entre adultes. Nous avons pu prendre du temps pour parler, écouter, échanger, partager. Ces liens nouveaux ont changé nos regards les uns sur les autres et ont enrichi notre quotidien.

° Apprendre à lire l’échec pour le dépasser :
Tous les élèves présents à ces ateliers avaient bien sûr quelque chose à dépasser. Nous avons pris le temps, ensemble, de pointer la difficulté ponctuelle ou installée, de la nommer, la cibler et développer des stratégies pour la dépasser.

La mise en place de ce dispositif et l’observation que nous avons pu en faire met en avant le lien naturel et frappant qui relie cette réforme de l’école primaire et les différents éléments de la pédagogie ignatienne qui anime le projet de notre établissement.
En effet, on peut retrouver le contexte dans l’attention personnelle portée à chaque élève. Cette attention est le point de départ de toute action dans la pédagogie ignatienne et aussi dans la mise en place de l’aide personnalisée. De même dans les deux démarches l’objectif de l’enseignant sera d’accompagner l’élève, de le soutenir pour lui permettre de progresser.
La place de l’expérience qui ne passe pas seulement par le canal intellectuel mais qui sollicite à la fois la réaction cognitive, sensorielle et affective, élément important de la pédagogie ignatienne, trouve son écho dans la mise en place de situation d’apprentissages permettant d’accéder aux capacités visées par différentes voies. Parmi les ateliers proposés plusieurs ont permis aux élèves de passer par la manipulation ou l’expérience sensorielle ou corporelle.
Dans la tradition ignatienne, l’élève est conduit à la réflexion qui lui permet de mieux se connaître, d’apprendre à faire des choix cohérents. En cela elle rejoint notre proposition de travail en groupes multi classes dans lesquels les enfants ont parfois été amenés à analyser l’expérience vécue pour acquérir de nouvelles connaissances.
La démarche déployée par ce dispositif d’accompagnement a permis aux élèves de passer à l’action. En effet on a constaté l’engagement et l’investissement des enfants dans les ateliers. Ils ont donné leur avis pour mettre en place le reportage qui présenterait leur école (à un autre établissement), ils se sont organisés dans le partage des tâches. La motivation suscitée les a aidés à présenter leur travail avec aisance.
Enfin l’évaluation a vraiment eu toute sa place dans ce travail. Elle a permis d’encourager chaque élève et de mesurer ses progrès. Elle a également aidé les élèves à parler de leurs difficultés.

En conclusion, on pourra revenir sur un point qui ressort de ce dispositif d’aide personnalisée en lien avec notre projet éducatif :
En encourageant les élèves par un accompagnement personnalisé, on leur donne la motivation nécessaire pour prendre des initiatives, ce qui les rend plus responsables. Ainsi les élèves se retrouvent réellement en position d’acteurs de leurs apprentissages, pas seulement en mots mais en actes.