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Vivre le « Caractère propre dans l’école »

Temps de lecture : 22 minutes

Les différentes dimensions de la prise en compte du Caractère propre dans l'école.

1) Que peut donc être ce caractère propre ?
Il est forcément un « vivre ensemble » adultes, jeunes, enfants.
Un vivre ensemble « l’enseignement et l’éducation » un vivre ensemble « l’évangélisation ». Chacun souhaite être heureux dans ce lieu d’Eglise particulier et pour cela se met au service des autres pour que tout devienne possible, pour que dans cette école la vie soit bonne, l’esprit fraternel et accueillant. Cet esprit permet de reconnaître chacun comme « unique et aimé de Dieu ».

2 ) Vivre l’annonce de Jésus Christ
Pas facile aujourd’hui de vivre l’annonce de Jésus Christ ! Il y a le discours qui souvent essaie d’être beau avec un bel idéal , mais il y a le quotidien qui trahit bien souvent une incohérence. Déception ! Alors que faire ? Ne rien dire ? Quel témoignage ?
Le grave serait de ne rien dire…, mais le mieux est de reconnaître qu’on pense souvent bien et très haut… La question est qu’on est bien petit pour être à la hauteur de la parole. Se reconnaître tout petit dans l’humilité permet d’annoncer, ne serait-ce que par cette attitude que la grandeur de Dieu justement est de nous aimer même si on est tout petit. Tel qu’on est.
Alors comment annoncer Jésus Christ. Il y a la manière explicite de s’exprimer dans le temps de catéchèse. La démarche catéchétique nous fait découvrir un Dieu proche de nous en Jésus Christ. Proche de toutes nos préoccupations, proches de nos projets, de nos désirs fous de nos joies et de nos souffrances. De l’Ancien au Nouveau Testament les textes s’appellent et se répondent pour annoncer cet amour étonnant, cet Amour Passion de Jésus qui vient nous rejoindre jusqu’au plus profond de nos misères pour nous élever vers son Père et nous transfigurer. Il vient mêler sa vie à la notre, il vient nous unir les uns aux autres et ce qui nous paraît impossible est possible pour lui grâce à sa grande miséricorde ; toute notre vie prend sens en lui. Puissions nous dans nos catéchèses donner le goût de Dieu à travers toute cette parole, nous conduire à la foi dans une démarche libre nous faire désirer, l’Amour de Dieu et l’Amour des autres.
Nous laisser entraîner par lui, abandonnés dans ses mains et aller de l’avant : c’est lui qui est au gouvernail !
Célébrer Jésus Christ mort et ressuscité, tout le long de l’année, grâce aux événements forts de notre établissement grâce aux merveilleux moments de l’année liturgique, Pâque, Noël, Pentecôte… nous permet de goûter davantage la proximité de Jésus, sa facilité à nous comprendre, à nous unir à lui et aux autres, à nous entraîner à sa suite au don de notre vie.
Il y a aussi l’annonce qu’on peut appeler implicite. Elle traverse tout, notre manière de regarder les autres, de positiver les événements, de faire classe, d’accueillir chacun comme il est avec beaucoup d’espérance, d’aborder ses collègues et les familles, de croire que tout est possible si on se met ensemble, si on fait équipe… Il y a une façon de faire classe qui ne se satisfait pas de donner un « bon enseignement » mais qui aide les enfants et les jeunes à s’interroger sur le sens de ces contenus, de relier le savoir à d’autres éléments, à la vie quotidienne aux événements forts… Chacun se met en recherche et cela permet d’ouvrir des débats, de donner la parole aux uns et aux autres de mûrir dans la compréhension du monde. Il s’agit de former une élite, une élite d’amoureux de la vie pour qui, réussir n’est pas écraser l’autre pour «gagner». Réussir c’est devenir compétent pour se mettre au service du monde pour que celui-ci évolue et se construise dans le sens de l’humanité de la personne aimée par Jésus Christ. Il y a aussi l’annonce de Jésus Christ qui se vit grâce aux valeurs qu’on défend dans l’établissement. Pour que la vie soit, bonne pour tous, il faut bien que chacun se sente à l’aise et reconnu comme il est, respecté dans sa pensée et ses aspirations profondes. Il faut bien que la solidarité et le sens du partage ouvrent à l’autre, au très proche comme au très loin, que des actions concrètes manifestent ce souci de l’autre qui n’est pas moi ! S’écouter, se comprendre, se pardonner et s’encourager tout cela se vit, se développe à travers la vie de classe, les repas, les temps libres, les temps de recherche… Adultes, enfants, jeunes évoluent dans une même complicité. Pas question de «faire vivre aux autres» mais plutôt de «Vivre ensemble».

Ces valeurs partagées qui nous empêchent de nous complaire dans notre petit univers, où je ne ferai rien de plus que ce qui m’est demandé, sont à proposer de concert avec les familles. Tant de soucis les accablent ! Si une vraie collaboration s’établit, bien des choses peuvent changer. Si les familles sont associées à la vie de l’établissement, leur regard change. D’abord sur leurs enfants, sur les enseignants, mais aussi sur l’établissement. Il y a un intérêt qui s’affirme, du temps qui est « pris pour… » des échanges, un dialogue une meilleure compréhension. C’est ensemble qu’on fait les choses. Les jeunes sont soutenus et « grandissent », car ils sont pris au sérieux et peuvent avoir des points de repère. L’éducation est plus aisée, car enseignants et familles collaborent. Cette cohérence famille/établissement est très importante à l’heure d’aujourd’hui où il y a stress et dislocation, complexité, rapidité et surcharge en tout.

Certaines écoles sont dites chargées de catéchèse.
Qu’entendre par là puisque de toute façon une heure de catéchèse au 1er degré est assurée par les enseignants et les parents des écoles. Cette heure gratuite donnée par chacun se situe en début ou en fin de demi-journée de manière à laisser les parents libres de leur choix.
Catéchèse ou pas ?
Les écoles chargées de Catéchèse sont «souvent» liées à un collège. Elles préparent les enfants aux sacrements et s’aident de parcours diocésains. Les enfants ne font pas de catéchèse en paroisse. Par ailleurs, les autres écoles qui n’ont pas la responsabilité de cette préparation, ont tout loisir pour vivre avec les enfants une découverte de la Parole de Dieu où le questionnement a sa place ainsi que la recherche de sens. De toute façon, pour tous, vivre les temps forts comme moments de fête et de joie, de rassemblement de famille, jalonne et rythme l’année. L’Eglise se réjouit de faire découvrir à tous, les visages du Christ qui chemine sans cesse avec nous.

3)Valoriser la diversité
Accueillir la différence
L’enseignement catholique relève le défi : dans une école à «caractère chrétien», accueillir des musulmans et des juifs, accueillir des non-croyants ou des indifférents. Comment est-ce possible ?

Si l’objectif n’est pas de faire du prosélytisme mais d’accueillir, de respecter de proposer, de guider et d’échanger, d’éveiller à l’intériorité, si les enseignants prennent bien la mesure des choses - c’est à dire de regarder la réalité en face et de reconnaître les différences -, si l’un ne veut pas manger l’autre, si l’école catholique ne veut pas faire abstraction de sa foi et de son amour pour Jésus Christ... ; si personne n’est tiède, alors pourquoi ne pas relever le défi et faire que la diversité devienne une chance à travers les difficultés ?

Un exemple pour illustrer ces propos. Dans une petite école de banlieue de grande ville, très fréquentée par des Magrébins. Le quartier n’est pas facile, où se côtoient l’intégrisme et la violence. Un collège-lycée prend le relais du primaire. Un projet est lancé en juin pour décembre. Et si on fêtait Noël ensemble ? Une bombe ! Comment est-ce possible ? Les vacances ont permis de réfléchir à la proposition, les réunions se sont succédées, beaucoup d’invitations ont eu lancées pour la recherche, des dialogues, des échanges…
Dans la grande salle de l’école, ressemblant vraiment à une crèche par son dénuement, une exposition s’organise, un titre est trouvé après bien des péripéties : « Une lumière sur Bethléem ». Les grands, les petits, la paroisse, l’école, la communauté maghrébine, Aide à toute détresse (ATD), la prison, les associations de quartier, le KT…Tout le monde s’y met avec son originalité et beaucoup de liberté.
Chacun est présent et essaie de dire « La lumière ».

Les visites affluent, des discussions et des partages, des conférences des poèmes, des chants… Quelle fête, quelle chaleur dans le cœur des uns et des autres au beau milieu de l’hiver ! Tous ont pu s’exprimer, tous ont été eux-mêmes sans rien gommer de leur originalité, tous ont été reconnus. Culturel, me direz vous ? Sans doute, mais bien plus encore chacun…, chacun a livré son regard fraternel et chaleureux dans lequel brillait la lumière de Noël.

Les projets communs semblent mobiliser les énergies et rendre des choses possibles. Les temps forts aident ensuite à vivre le quotidien.

4) L’école lieu d’Eglise sur un secteur pastoral.
Partout les nouvelles paroisses naissent. Il y a bien sûr, la « rareté » du clergé mais aussi la responsabilité de plus en plus grande des laïcs chrétiens soucieux d’une vie d’Eglise.
L’école s’inscrit dans cet univers de vaste paroisse, de secteur pastoral, où associations et mouvements se côtoient. Il n’est pas suffisant de se côtoyer. Il nous faut avoir besoin les uns des autres, pouvoir compter les uns sur les autres et s’enrichir des différences des autres. L’école catholique a la chance de compter sur des enseignants responsables, capables d’animer des célébrations et des temps forts. Habitués à cheminer avec les enfants, les jeunes et les familles… Cette richesse ne demande qu’à être partagée. En lien avec le clergé local, l’établissement catholique peut devenir lieu d’accueil pour célébrer le dimanche, ou pour recevoir familles et « paroissiens » pour prier en semaine, ou même organiser des groupes de partage.

La célébration des sacrements en particulier des baptêmes, est une chance pour vivre ensemble des temps forts heureux et chaleureux. Les familles ayant souvent plus de facilité à adresser leur demande aux enseignants, habitués à les écouter et à les comprendre, un accueil efficace leur est réservé. C’est ensemble ensuite, qu’on cherche le lieu pastoral qui semble convenir pour progresser dans la préparation et la célébration, avec d’autres que les enfants et les jeunes de l’enseignement catholique. Les nouvelles paroisses, alors, jouent ici entièrement leur rôle.

Il n’est pas si facile d’établir des liens concrets avec les mouvements d’Eglise – école et scoutisme, école et scoutisme, école et Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ), école et mouvements d’action catholique. Cependant il est étonnant et réjouissant de prendre conscience de l’impact de ces mouvements sur les jeunes étudiants en en centre de formation pédagogique (CFP). Très marqués par leur expérience, ils sont très heureux de partager cette richesse avec les autres dès qu’on les sollicite. Alors, comment établir des ponts au milieu de toute cette diversité dès le plus jeune âge ? La volonté est nécessaire pour vivre ensemble des moments de bonheur et non d’obligation !

Pour conclure, il me semble important de se rappeler que l’Esprit Saint est à l’œuvre et que c’est lui qui nous conduit. D’autre part, les parents, enfants et enseignants, les membres et la communauté éducative sont à la recherche du bonheur, tous attendent de l’école qu’on y soit heureux. Ce que l’école catholique a d’original à dire, c’est que le bonheur passe bien souvent par la souffrance (les échecs de toute sorte) mais que celle-ci n’a pas le dernier mot. Le Christ mort et ressuscité vient rejoindre chaque personne dans « sa traversée » pour l’élever avec lui. Rien n’est clos ici-bas, tout est ouvert sur une éternité de bonheur.