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Changer de regard par l'apprentissage des langues

Temps de lecture : 13 minutes

Changer de regard sur l’apprentissage des langues et par l’apprentissage des langues. L’enjeu aujourd’hui est de comprendre et de se faire comprendre. C’est bien l’esprit du Cadre européen commun de références des langues (CECRL), et en cohérence avec les orientations des assises de l’Enseignement catholique.

Le socle commun de connaissances et de compétences (1) est justifié à travers l’idée d’« une culture scolaire partagée » par « un public de plus en plus divers ». Mais partagée avec qui ? A l’heure de l’Europe et de la mondialisation, le socle commun dépasse l’hexagone. Les orientations politiques de l’Union européenne en matière de compétences de base insistent sur « la communication en langues étrangères ». Avec comme objectif « la préparation à la citoyenneté démocratique », l’Europe souhaite « promouvoir des méthodes d’enseignement des langues vivantes qui renforcent l’indépendance de la pensée, du jugement et de l’action combinée à la responsabilité et aux savoir-faire sociaux ».

Devenir soi-même sous l’influence des autres
Il s’agit donc de dépasser un simple apprentissage linguistique pour aller vers l’autre, prendre de la distance par rapport à ses références, changer de regard sur soi et sur les autres, sur sa culture et celle des autres, et contribuer ainsi à un monde plus juste où chacun a une place.
Cet esprit se retrouve dans les principes développés dans l’Enseignement catholique : « L’Enseignement catholique prend parti pour : le refus de l’isolement et de la solitude, le refus de la méfiance et de l’indifférence …» (2). Il nous invite à « changer de regard ».
Or « le paradoxe de la condition humaine, c’est qu’on ne peut devenir soi-même que sous l’influence des autres » (3). C’est bien dans la confrontation à l’autre que l’enfant se construit et l’école se doit de l’y aider. La diversité des langues découvertes à l’école contribue à cette ouverture sur le monde.

Savoir être et savoir communiquer
Apprendre une langue étrangère, c’est faire l’expérience de la déstabilisation, perdre ses repères, se trouver en situation de communication difficile. C’est donc développer des stratégies pour, malgré les obstacles, arriver à entrer en relation. Bonne leçon de savoir-être ! C’est aussi s’appuyer sur la communication non verbale. C’est encore apprendre des règles socioculturelles différentes. « C’est regarder la personne comme un être relié » (4). « Toutes les compétences humaines contribuent, d’une façon ou d’une autre, à la capacité de communiquer […] En retour, la participation à des événements de communication (y compris, bien sûr, ceux qui visent l’apprentissage de la langue) a pour conséquence l’accroissement de la communication » (5). Autrement dit, l’enseignement des langues développe la communication et la relation.

Une discipline en plus ?
L’apprentissage des langues étrangères permet cette confrontation à l’autre, à d’autres modes de pensées dont le langage est le témoignage. Il permet aussi de s’interroger sur sa propre langue. Or « transmettre la langue nationale est l’objectif fondamental. Se sentir à l’aise dans la langue française est indispensable pour accéder à tous les savoirs » (6). Cependant les programmes de l’école indiquent que « l’apprentissage d’une langue vivante donne la possibilité de prendre une certaine distance par rapport à la langue nationale et par-là d’en mieux comprendre le fonctionnement » (7). Si de nombreux enseignants se plaignent de l’accumulation des matières à enseigner à l’école, il faut les aider à observer comment ces disciplines s’enrichissent les unes et les autres et contribuent à l’acquisition de compétences adaptées au monde d’aujourd’hui. Pour cela l’enseignant doit prendre en compte les complémentarités et les interférences entre les disciplines et ne pas les juxtaposer. Ce qui est travaillé avec les langues étrangères n’a pas à être répété en français. Il convient simplement de verbaliser ces acquisitions.

Un enseignement de langue vivante aux objectifs bien définis
« L’école maternelle est partie prenante de l’effort du système éducatif en faveur des langues étrangères ou régionales. […] Dès la grande section, elle met les enfants en situation de commencer à apprendre une nouvelle langue » (8) : éducation de l’oreille, acquisition des premiers énoncés, familiarisation avec la diversité des cultures et des langues.
En primaire, l’enseignement des langues vise trois objectifs : « l’acquisition des premières compétences de communication dans une langue vivante autre que la langue française, mais également celle de connaissances linguistiques et culturelles. Le niveau attendu en fin d’école est le niveau A1 du CECRL, celui de « l’utilisateur élémentaire » (9). C’est pourquoi, « l’apprentissage des langues vivantes engagé dès le CE1 ne peut se limiter à une simple sensibilisation. Il suppose un véritable enseignement se prolongeant au collège » (10).

Une mobilisation des ressources et des compétences
Cette idée de continuum, n’est pas sans déstabiliser les enseignants du second degré. Il devient impossible de faire comme si les enfants en 6ème ne savaient rien, comme si les acquisitions étaient homogènes. Cela passe par une information des professeurs de collège qui ne savent pas toujours que l’école primaire est passée d’une simple sensibilisation aux langues à un réel apprentissage. Dans de nombreux lieux un travail commun 1er et 2nd degré s’est mis en place à l’instar d’un groupe Formiris (11).
Quant aux professeurs des écoles, ils sont de plus en plus nombreux à être habilités pour enseigner les langues. Néanmoins cela reste insuffisant. C’est pourquoi la circulaire de rentrée préconise : « Dans le premier degré, il convient de mobiliser toutes les compétences existantes en LVE(12) chez les personnels enseignants, notamment ceux qui disposent d’une habilitation à enseigner une langue vivante étrangère. Le taux de prise en charge de l’enseignement des langues étrangères par les maîtres du premier degré devra être porté à 90 % en 2010 » (13). Il reste un travail important de formation et d’accompagnement aussi bien dans le 1er degré que dans le 2nd degré. Le CECRL pour les langues est un bon support de travail.

1- BO Hors série n°5 du 12 avril 2007.
2- Journées nationales des Assises des 4 et 5 avril 2006.
3- Boris Cyrulnik, Les nourritures affectives, cité dans Enseignement Actualités Hors série d’août 2006 « Changer de regard ».
4- Ibid note 3.
5- CECRL, éditions Didier, 2000, p. 82.
6- Ibid note 2.
7- Ibid note 2.
8- Ibid note 2.
9- Ibid note 2.
10- Ibid note 2.
11- Un groupe de travail national Formiris sur les langues en 1er degré.
Initialement consacré à un travail sur les langues en 1er degré, ce groupe s’est élargi au 2nd degré, en 2006-2007. Il est composé d’animateurs-formateurs du 1er et du 2nd degré, de personnes ressources diocésaines en langues, de formateurs 1er et 2nd degré. Il a travaillé sur deux axes : baliser le chemin des élèves entre l’école et le collège pour atteindre les niveaux du Cadre européen des langues ; établir des recommandations sur la formation et l’accompagnement des enseignants dans la liaison primaire/collège. Les outils produits par le groupe, suivant le public auquel ils étaient destinés, ont été mis en ligne sur sitEColes ou adressés aux responsables institutionnels.
En 2007-2008, le groupe s’est donné comme objectif d’accompagner et d’outiller les enseignants pour développer une évaluation permettant un continuum d’apprentissage entre le primaire et le secondaire (CECRL). Les dispositifs de formation pourront être ainsi pensés dans ce continuum.
12- LVE : Langue vivante étrangère.
13- Circulaire de rentrée 2007, BO n° 3 du 18 janvier 2007.