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Débat à visée philosophique et questionnement à l'école

Temps de lecture : 14 minutes
Débat à visée philosophique et questionnement à l'école

Les résumés de 2 recherches actuellement en cours dans l'Enseignement catholique sur le 1er degré. 1. « Débat à visée philosophique, réflexion sur la culture religieuse, discussion en catéchèse… Quelles différences ? Quelles convergences ? ». 2. Le questionnement à l’école : fantasme ou réelle pédagogie ?

Cette année, la mission recherche finance 18 nouveaux projets de recherche. 2 d’entre eux concernent l’enseignement de la philosophie à l’école. Vous en trouverez ci-dessous les résumés. Ils s’achèveront en 2008. Leurs résultats seront notamment publiés sur sitEColes.

Premier projet :
1. « Débat à visée philosophique, réflexion sur la culture religieuse, discussion en catéchèse… Quelles différences ? Quelles convergences ? ».
CFP - IFP Montpellier

Problématique

Le contexte
La recherche de la connaissance et de la vérité se fait à travers différents champs de réflexion. Ceux-ci ont en commun le concept de "débat" et de "discussion" comme confrontation dans la perspective d’administration de la preuve. Il en est ainsi du débat politique, du débat scientifique, du débat philosophique…
Mais cette recherche suppose que "l’objet" de la discussion soit posé comme discutable et que le rapport à la connaissance ne soit pas "dogmatique". Si toute affirmation est discutable — donc hypothétiquement contestable — peut-on discuter le dogme religieux ? Peut-on discuter en culture religieuse et catéchèse ? Tout dépend de la conception qu’on se fait du dogme. Christian Salenson, directeur de l'Institut de Science et de Théologie des Religions (ISTR), écrit : « L’énoncé dogmatique n’est pas un énoncé scientifique et donc il est l’objet d’une interprétation, en tant qu’énoncé symbolique, réinterprétation constante ».
Dans un contexte où, à tous les niveaux scolaires, les directives ministérielles introduisent le concept de débat oral argumenté comme lieu et outil d’apprentissage et à une époque où le débat à visée philosophique est assez largement et fructueusement expérimenté, qu’en est-il d’un débat dans le domaine religieux, théologique et catéchétique ?

Questions de départ
Quelle est la place du débat dans les activités en relation avec la culture religieuse et les activités à visée philosophique ? Quelles sont les différences de nature et les convergences possibles de méthode ?
En effet, le rapprochement entre d’une part le débat réflexif à visée philosophique et d’autre part, l’échange discursif dans les temps d’intelligence de la foi et de la culture religieuse engendre une interpellation réciproque de ces domaines.
Quelle est la position de notre intelligence vis-à-vis de la révélation ? Quel peut être le rôle d’une discussion si, pour une part au moins, des vérités sont posées comme indiscutables et interrogent l’honneur de notre liberté de pensée et de parole ?
Par ailleurs, si toute proposition doit être discutable dans une recherche philosophique rationnelle, cette affirmation-là est-elle un postulat indiscutable ? La prise de connaissance ne peut-elle être que rationnelle ? La pensée humaine ne peut-elle se donner la liberté d’accueillir un transcendantal comme vérité ? En quoi est-elle plus libre en la refusant qu’en l’accueillant ?
Il faut donc se demander quel est le rapport entre la liberté de notre pensée discursive et la dynamique de la révélation.

Hypothèse
L’analyse des pratiques, éclairée par les positionnements théoriques de philosophes et de théologiens, pourra permettre de discerner les contours des connivences et des différences entre débat à visée philosophique, débat sur la culture religieuse et débat en catéchèse.

Deuxième projet :
2. Le questionnement à l’école : fantasme ou réelle pédagogie ?
IFP de Lorraine

Problématique

Le contexte
La "pédagogie du questionnement" semble aller de soi et faire naturellement l'objet d'une mise en pratique par les enseignants. Cette notion est perçue comme claire. Elle est reconnue, recommandée et valorisée par l'Institution et figure parmi les Résolutions des Assises de l'Enseignement catholique de décembre 2001.
En outre, elle est impulsée par l'Institution au moment même où émergent dans la société un souci constant de développement personnel et une sacralisation de la parole de l'enfant (dont un exemple dans l’actualité récente pourrait être le procès d’Outreau), mais également une incertitude sur les valeurs, qui accroît le désarroi de chaque personne.
Les Instructions officielles elles-mêmes la promeuvent. Il est écrit, par exemple, dans le bulletin officiel de l’Education nationale (1) : « Sous la conduite du maître, les élèves apprennent à identifier […] à se questionner, à agir de manière réfléchie […]. Ils dépassent leurs représentations initiales en prenant l’habitude de […] confronter leurs idées dans des discussions collectives, de chercher des réponses à leurs questions […]. La démarche s’articule autour d’un questionnement guidé par le maître […] et l’investigation menée…débouche sur des savoir-faire et des connaissances […] »
Or, à l'examen, "la pédagogie du questionnement" recouvre toute une série d'acceptions, allant de la question appelant une simple réponse informative au questionnement existentiel. De plus, cette notion a des origines diverses : philosophiques, sociologiques, historiques, idéologiques, psychologiques, linguistiques, pédagogiques, spirituelles, etc. Elle procède de courants différents dont on trouve trace dans toute l’histoire des théories pédagogiques, dans les affrontements de ces théories, dans la dialectique des pédagogies et l’évolution des pratiques des origines à nos jours.

Questions de départ
Dès lors, en quoi la "pédagogie du questionnement" est-elle consistante, pertinente, réaliste ? Est-elle un fantasme ou une réalité ? A quels besoins et à quelles demandes correspond-elle ?
- On entend par "consistante" le fait que la pédagogie du questionnement ait une identité, une homogénéité, une originalité, qu’elle soit définissable de manière univoque et comporte un répertoire de pratiques spécifiques ;
- On entend par "pertinente" le fait qu’elle réponde à des besoins et à une fonction clairement identifiés (par exemple, dans le cadre piagétien, sa contribution précise à l’élaboration et à l’assimilation des savoirs) et le fait qu’elle réponde à une demande actuelle de la société ;
- On entend par "réalisme", le fait que cette pédagogie soit faisable et possible, c'est-à-dire :
- qu’elle soit compatible avec les exigences du programme ;
- que les élèves aient le désir de poser des questions aux enseignants ;
- que ces questions soient recevables dans le cadre scolaire ;
- que les enseignants, aient les moyens et le désir de les prendre en compte.

Les hypothèses
La "pédagogie du questionnement" vise sans doute utilement à corriger les excès de la pédagogie de transmission, peu propice à l’expression de la parole de l’élève, sauf quand le maître la lui donne sur des sujets déterminés. Elle est un antidote à une pédagogie de masse. L’Enseignement catholique est sensible à une "pédagogie du questionnement" parce qu’il souhaite valoriser la personne et prendre en compte son questionnement existentiel. Pour autant, est-elle une réalité observable sur le terrain ? « En France, 93 % des collégiens affirment ne suivre en dehors des heures de dessin et d’éducation physique, que des cours magistraux » (Philippe Meirieu).

1 - Sa consistance est incertaine aujourd’hui, compte tenu de la pluralité de ses origines et des objectifs nouveaux et divers qu’on lui assigne.
2 - Peu d’enseignants la pratiquent et beaucoup disent la pratiquer ;
3 - La "pédagogie du questionnement" est pertinente, si elle vérifie les postulats selon lesquels :
- tous les élèves se posent des questions et se questionner est l’unique manière d’apprendre ;
- les questions restent intéressantes pour les élèves dès lors qu’elles sont “scolarisées” ;
si elle ne prétend pas au monopole et qu’elle est complémentaire d’autres pédagogies.
4 - Le réalisme de "la pédagogie du questionnement" est interrogé sur la manière dont elle est actuellement utilisée dans le domaine du développement personnel. En effet, si cette pédagogie semble avoir fait ses preuves au niveau des apprentissages, sa faisabilité et son efficience sont posées lorsqu’il s’agit du transfert des méthodes du champ scolaire vers le champ existentiel.

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(1) * Hors série du 14 février 2002 : Découverte du monde, Objectifs.


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