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L'autorité à l'école et dans la famille

Temps de lecture : 13 minutes

Synthèse d'une conférence consacrée à l'autorité, ses fonctions, ses conditions d'exercices, et sur ce qu'en attendent les jeunes.

Le 1er octobre 2005, à l'invitation du Service diocésain de catéchèse, au juvénat Notre-Dame de Châteaulin, le Frère Robert Léaustic, enseignant dans un collège du département, donnait une conférence à destination des catéchistes, sur le thème de " L'autorité à l'école et dans la famille ".

S'il est un thème qui préoccupe beaucoup le monde éducatif, c'est bien celui de l'autorité dans les relations adultes-enfants et adolescents. Il suffit de se référer aux nombreux d'articles, publications diverses, et émissions de télévision produites régulièrement sur le sujet.

Quelques expressions glanées ici et là au hasard des titres de livres ou d'articles sur le sujet pour nous y plonger :

Aimer, c'est poser des limites
Un monde sans interdits ?
Pas de liberté sans interdits.
Ados, quelles libertés leur laisser ?
Ne pas abandonner tous les repères.
Nos enfants sont-ils malpolis ?
Où est donc passée l'autorité ?

Un rappel :
* Mars 2002 : modification de la loi sur la famille

Art.371-1 : L'autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l'intérêt de l'enfant.
- Elle appartient aux pères et aux mères jusqu'à la majorité ou l'émancipation de l'enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne.
- Les parents associent l'enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et son degré de maturité.

Les attentes des enfants, des jeunes
- L'attente d'être écouté : l'enfant, le jeune attendent que l'adulte ne reste pas neutre devant ses réactions. L'attitude de dialogue est à privilégier et très tôt même, dès la prime jeunesse de l'enfant.
- L'attente de confiance : l'enfant a besoin d'être mis en confiance par rapport à ses incertitudes sur lui-même, par rapport aux insécurités lui venant de son milieu familial ou de la société qui l'environne. Il faut qu'il puisse être libéré des angoisses qui l'étreignent et trouve dans son environnement une certaine sécurité.
- L'enfant attend aussi qu'on lui fasse confiance, qu'on le prenne au sérieux.
- L'attente de trouver devant lui des adultes capables de poser des limites, de dire ce qui est bien, ce qui ne l'est pas et de le justifier.
- L'attente d'être accepté dans ses différences.
- Besoin d'indépendance qu'il est nécessaire de lui accorder peu à peu, mais qu'il faut lui apprendre à gérer.
- Besoin d'intimité à l'âge du " jardin secret " qu'il faut respecter tout en restant disponible et à l'écoute.
- Besoin de s'affirmer et d'être reconnu.

Pourquoi l'autorité ?
- D'abord parce que le jeune est en recherche de repères de vie, il a besoin d'expérimenter l'existence de limites pour se construire.
- Pour l'aider à se délivrer de l'angoisse fondamentale : se donner des repères de vie, savoir ce qui est bien ou mal et pour quelles raisons, cela est de nature à lui apporter paix et sérénité.
- L'exercice sain de l'autorité à l'égard du jeune comme de l'enfant est la condition de son intégration sociale.
- Il a besoin de modèles pour se construire soit en les imitant soit en s'y opposant. Le rôle d'exemplarité de l'adulte et la cohérence entre le dire et le faire sont indispensables à ce moment-là.

Les conditions de l'autorité
- La distinction des rôles : que l'adulte assume sa fonction d'adulte face à l'enfant ou au jeune pour que celui-ci puisse s'identifier.
- Le respect de l'autre dans sa différence : que l'originalité de chacun soit reconnue et respectée. On se construit grâce aux différences qu'on établit et qui sont reconnues par nos interlocuteurs.
- Introduire le dialogue très tôt dans la prime jeunesse et garder toujours la porte ouverte. Prendre du temps pour écouter les enfants. Leur permettre une attitude de confiance, c'est la première façon de les respecter. A l'âge plus difficile de l'adolescence le lien se rompra moins facilement et en tous cas, un retour sera toujours possible.
- Cohérence dans le discours des adultes tant au sein de la famille ou des familles qu'entre les familles et les autres acteurs éducatifs. Que les jeunes ne soient pas tiraillés par des choix contradictoires et opposés : ils s'y perdent et les adultes y perdent leur crédibilité.

Comment exercer l'autorité ?
- Savoir poser les interdits et les expliquer. Il est nécessaire pour le petit enfant de découvrir que tout n'est pas possible et que ses parents ne sont pas à son service exclusif. Expliquer aux enfants et aux jeunes que les exigences que l'on pose ont des fondements et ont une fonction de construction de leur personnalité.
- Que les adultes que nous sommes s'appliquent ces mêmes lois à eux-mêmes avant de les imposer aux autres. Les interdits ne doivent pas être synonymes d'enfant ou de jeune.
- La capacité des adultes à persévérer dans les exigences qu'ils ont posées. Il convient d'y allier la stabilité dans les temps en famille : que les enfants ne soient pas toujours bousculés et ballottés entre parents, papy mamy, les activités…que l'on prenne le temps de se poser et de ne rien faire, mais ensemble.
- Savoir dialoguer. Donner aux enfants des occasions de dialoguer, leur permettre de s'exprimer mais apprendre aussi à écouter la parole d'autrui. Des choses sont négociables, d'autres ne le sont pas. Ne peut être négociable que ce dont l'enfant ou le jeune est capable d'assumer les conséquences.
- Responsabiliser les enfants et les jeunes. C'est leur donner des responsabilités qu'ils peuvent assumer à leur âge mais c'est aussi les amener à assumer les conséquences des actes ou des choix qu'ils font. L'autorité aura donc une fonction de jugement des actes posés. En conséquence, les fautes seront relevées et feront l'objet d'une sanction qui a pour fonction de donner du prix à ce qui n'a pas été fait mais aussi de donner l'occasion à celui qui a commis la faute de réparer le préjudice qu'il a commis. D'où l'importance de délivrer des sanctions qui soient en rapport avec les infractions commises. S'il n'y a pas de sanction, il n'y a pas de prise de conscience de ce qui est bien et de qui est mal. C'est aussi une forme de mépris du jeune puisqu'on n'accorde pas de prix aux actes qu'il pose.

Quelques attitudes utiles :
- S'imposer d'être juste envers tous les enfants = ne pas faire de préférences. Quelqu'un de sévère mais juste sera apprécié et respecté.
- Ne jamais être méprisant = ne jamais humilier le jeune. C'est déjà un aveu de faiblesse de l'adulte. En plus, le jeune en sortira démoli : il le vivra mal et entrera dans une attitude de refus, de révolte ou de fermeture sur lui-même. Le capital confiance sera détruit.
- Ne pas se sentir agressé par des réactions déroutantes de jeunes. Bien souvent c'est leur mal-être qui les fait réagir maladroitement. L'adulte n'est alors que l'occasion permettant à ce mal-être de s'exprimer.
- Voir et faire voir ce qui est bien ou a été bien. Valoriser ce qui est bien contribue à construire le regard positif du jeune sur lui-même.
- Ne pas rester seul avec ses questions d'adultes face aux jeunes ; en parler avec d'autres, partager tout ce qui nous touche ou nous blesse dans cette relation aux enfants ou aux jeunes.

En conclusion, il nous faut restaurer l'autorité que la génération précédente a bafouée. Cette autorité doit être faite de fermeté, de crédibilité et de dialogue.