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Troubles des conduites ? Zéro de conduite ?

Temps de lecture : 9 minutes

Dépistage des troubles de conduite dès 3 ans. Que penser des préconisations du rapport de l'Inserm ?

L'Inserm (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) a rendu publique en septembre 2005 une expertise intitulée " Trouble des conduites chez l'enfant et l'adolescent ".
Cette expertise s'appuie sur les classifications anglo-saxonnes et définit le syndrome par " la répétition et la persistance de conduites au travers desquelles sont bafoués les droits fondamentaux d'autrui et les règles sociales… par une palette de comportements très divers des crises de colère et de désobéissance répétées de l'enfant difficile aux agressions graves comme le viol, les coups et blessures et le vol du délinquant… ".
La présentation synthétique de cette expertise est construite de la façon suivante :
1. Mieux connaître
2. Identifier les facteurs de risque
3.Prévenir, dépister et traiter
Cette expertise a été très vite remise en question par différents professionnels et a donné lieu à une pétition " Pas de zéro de conduite pour les enfants de moins de 3 ans ".
Quelles sont les questions posées par cette expertise ? Quelles pistes de réflexion pouvons-nous dégager dans notre travail ?

A) L'expertise de l'Inserm
1. Mieux connaître
L'expertise fait apparaître 4 catégories du trouble des conduites :
- Les conduites agressives envers des personnes ou des animaux
- La destruction de biens matériels sans agression physique
- Les fraudes ou vols
- Les violations graves de règles établies
Ces catégories sont issues de la classification DSMIV, classification nord américaine reconnue par l'OMS.
Certains troubles sont associés comme les troubles de déficit de l'attention et de l'hyperactivité (TDAH) et les troubles oppositionnels avec provocation (TOP).
L'Inserm recommande dans ce rapport plusieurs études : longitudinales sur le taux de prévalence en France, les populations à haut risque, les cohortes d'enfants de l'anténatal à l'adolescence.

2. Identifier les facteurs de risque
La période prénatale et périnatale avec des facteurs aggravant tels que les antécédents familiaux, la criminalité, les mères très jeunes, la consommation de substances psychotropes, le faible poids à la naissance.
- Les facteurs génétiques
- Le tempérament et la personnalité
- Les facteurs environnementaux
- Les déficits neuro cognitifs tels que le déficit des habiletés langagières et des fonctions exécutives comme le contrôle de l'attention, la planification d'une tâche.

3. Prévenir, dépister et traiter
L'Inserm recommande de mettre en place des programmes de prévention, tels que ceux pratiqués dans les pays anglo-saxons. Ces programmes peuvent être à destination des jeunes pour développer les compétences sociales, cognitives et émotionnelles ; pour les parents, en préconisant un suivi à domicile ; pour les enseignants afin qu'ils développent un enseignement coopératif, une démarche de résolutions de problèmes, et pratiquent l'association comportements, récompenses.
Un programme ciblé sur la petite enfance est aussi recommandé. Il s'appuierait sur des visites à domicile pour soutenir les parents dans l'apprentissage des soins à donner aux enfants. Cela pourrait commencer pendant la grossesse pour des familles repérées à risque, en particulier : les jeunes mères primipares, à faible niveau d'éducation et en situation de précarité.
Enfin, est conseillé dans le cadre des examens obligatoires de la petite enfance un dépistage précoce.
Les traitements proposés sont d'adapter au contexte français les approches psychosociales et les traitements pharmacologiques en seconde intention et en cas d'urgence à base d'antipsychotiques qui agissent rapidement, les psycho stimulants et les thymorégulateurs. Ces traitements sont proposés pour une action anti-agressive.

B) Les questions posées par cette expertise
L'appellation " trouble des conduites " avait été abandonnée en France depuis plusieurs années car les dimensions sociales, médicales et juridiques se mêlent. Cette nouvelle catégorie comporte toujours le risque d'enfermer de façon rapide et prématurée des enfants et leurs parents. Certaines études américaines ont montré le lien entre des comportements très difficiles de la petite enfance et la délinquance avec le coût que cela représente pour la société. Mais il y a le risque de jouer sur la peur et de désigner un bouc émissaire : cf. l'article "Handicap identité et violence, approche anthropologique des notions" de Marie-Louise Martinez, maître de conférences à l'IUFM de Nice.

L'approche française est psycho dynamique, fortement marquée par l'approche psychanalytique et systémique. Les symptômes de l'enfant sont à entendre, sont un langage. Eteindre le symptôme peut ne pas résoudre des problématiques internes plus importantes.
Enfin, le repérage et le dépistage précoce, jusque dans la période de grossesse ne sont pas sans interroger. Dans la période de crise que nous traversons, tout amalgame est dangereux.
Si vous souhaitez connaître les motifs de la pétition dont la presse se fait écho.
De plus, le rapport effectué par le Député Monsieur Bénisti sur la prévention des troubles du comportement reprend quelques unes de ces idées et inquiète de nombreux commentateurs. Vous pouvez consulter le site de France 5 où l'émission Ripostes a essayé de mettre en présence les différents points de vue.

C) Quelles pistes de réflexion ?
S'il est vrai que de nombreux enfants présentent à leur entrée à l'école des comportements difficiles, faut il pour autant leur associer une étiquette, stigmatiser leurs parents. Nous devons réaffirmer le postulat d'éducabilité envers et contre tout. Il est indispensable de chercher en équipe des éléments de réponses en lien avec les familles et en s'appuyant sur des partenaires. Vous trouverez dans le dossier comportements difficiles, de nombreuses pistes à explorer en école pour mieux prendre en charge ces élèves.