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Vie scolaire et initiation à la fonction symbolique

Temps de lecture : 11 minutes

Le travail sur la fonction symbolique conduit à valoriser certains moments de la vie quotidienne, perçus comme étapes d'initiation à la célébration chrétienne.

Fleurir le printemps est la saison de l'éclosion des fleurs. Nous guettons la diversité de leurs formes, de leurs couleurs et de leurs parfums… Aux ajoncs et forsythias éclatants succèdent jonquilles et primevères…
C'est parce que l'on accorde aux fleurs un langage, qu'on les offre pour faire plaisir, pour remercier… Elles disent l'inexprimable au moment du bonheur comme du chagrin.
A l'école, les enfants, les plus jeunes surtout, adorent apporter des fleurs à la maîtresse. Ils continuent parfois de veiller sur elles avec un soin jaloux, quand elles trônent sur un coin de bureau. Les fleurs apportent à un espace une ambiance festive.
Mais elles ont aussi une fonction liturgique. Avec les enfants, on peut venir régulièrement fleurir la statue de Notre-Dame pendant le mois de mai ou son autel à l'église.
Dans une célébration, placer un bouquet : près de la Parole de Dieu, près du cierge pascal, au pied de la Croix, sur l'autel est un acte liturgique.
Porter, déposer des fleurs relève d'un acte maîtrisé, intériorisé et non banal.

Saluer, se saluer
Rien de plus commun, de plus distrait parfois que le " bonjour " lors d'une rencontre.
" Saluer l'autre, une action banale mais aussi profondément humaine. Vide et formelle, elle indique une volonté d'ignorer, d'éviter l'autre. Chaleureuse et prolongée, elle est créatrice de joie et d'amitié. "
A. SCOUARNEC, Abécédaire de la célébration chrétienne, éd. de l'Atelier, 1999, p. 136.
A l'école, la salutation matinale relève de pratiques variées. Selon le cas, chaque enfant, en arrivant, salue l'adulte ou l'enseignant chargé de la surveillance de cour…
Dans d'autres lieux, le bonjour se donne quand les cartables sont vidés des devoirs du soir et rangés soigneusement. Tous alors, debout, saluent l'enseignant puis s'assoient (on se rappellera le film de Nicolas Philibert : " Etre et avoir "). Cette salutation, si elle est souvent perçue comme un signal qui indique que la classe commence, est aussi porteuse de sens. C'est donc avec le plus grand soin qu'elle se fera : regard, parole, sourire, attente de la réponse, tout cela contribue - brièvement certes - à donner valeur à la salutation.
Dans les célébrations eucharistiques ou non eucharistiques, le président accueille l'assemblée. Quand des enfants en font partie, en groupes organisés ou non, il est bon que leur soit réservé un salut spécifique et que leur soit confiée une manière particulière de participer à l'action qui va se dérouler.
A chaque équipe liturgique d'être inventive pour que tous soient accueillis, dans la diversité et l'unité…
Des signes de vénération, par des inclinaisons qui marquent le respect, peuvent être organisées à certains moments (salut à la croix, salut à la communion).

Allumer une (des) lumière(s)
Allumer la lumière est aujourd'hui un acte commun. Une pression sur un interrupteur et tout s'éclaire. C'est en inventant le moyen d'allumer un feu que l'humanité est née. Depuis lors, l'homme n'a cessé d'inventer des moyens de plus en plus élaborés et confortables pour n'être pas contraint par l'inévitable obscurité découlant de l'alternance du jour et de la nuit, lors d'une soudaine panne d'électricité. La flamme tremblotante de la bougie dit la fragilité de la lumière.
Dans la vie des enfants, la lumière des bougies placées sur un gâteau d'anniversaire crée un moment magique et fugace. Les regards convergent, les yeux brillent de petites flammes d'excitation…
Laisser regarder, contempler les bougies allumées… parler ou garder le silence… avant que le souffle n'écrase la flamme et provoque un léger voile de fumée.
Ne pas oublier de se donner rendez-vous au prochain anniversaire dont la date est portée sur le calendrier de la classe.
Mais la lumière est aussi associée à Dieu, à Jésus son Fils.
De nombreux extraits de la Bible y font référence :
L'ange de Dieu lui apparut dans une flamme de feu, du milieu du buisson. (Ex 3, 2)
Le peuple qui marchait dans les ténèbres avec une grande lumière. (Is 9, 9)
Il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. (Mt 17, 2)
La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont point comprise. (Jn 1, 5)

La liturgie pascale développe la symbolique du feu nouveau. Partager la lumière fait de nous des frères dans la foi.
En classe, placer un cierge, une grosse bougie près de la Bible, de la Parole de Dieu, aidera à construire le respect pour ce livre incomparable.
On l'allumera, avec des gestes amples visibles de tous les enfants, quand on s'apprêtera à entendre la Parole de Dieu :
qu'elle soit lue dans un ouvrage adapté à l'âge des enfants ;
ou qu'elle soit " contée ".
Ce rite réservé à la Parole de Dieu pourra se passer d'explication bavarde et permettra aux enfants de distinguer progressivement le statut particulier de cette Parole par rapport au conte…

Entrer
Entrer, sortir, franchir le seuil pour pénétrer dans une pièce familiale, un lieu de travail, un espace public : expériences quotidiennes, presque inconscientes…
Entrer dans la classe, c'est quitter la cour de récréation et ses jeux pour se mobiliser sur des activités d'apprentissage en classe. Aujourd'hui, bien des enfants (et peut-être des enseignants) ne marquent pas suffisamment cette rupture entre deux espaces où les comportements sont bien distincts. Il est bon de faire prendre conscience du passage du seuil.
Pour cela chaque école peut réfléchir à la manière de conduire au travail : se mettre en rang, dans le silence, parcourir le couloir d'accès à la classe dans le calme, marquer un temps d'arrêt avant de franchir la porte et de se rendre à sa place. Cette courte transition, avec calme, sourire et constance, favorise la mise au travail scolaire

Entrer dans une église. Aujourd'hui beaucoup déplorent que les enfants ne sachent pas adopter l'attitude qui convient dans une église. A leur décharge, peu de familles assurent cette initiation par le biais de la fréquentation des assemblées dominicales.
A l'instar de ce qui a été évoqué plus haut, le porche est un sas qui marque la transition entre espace profane et espace sacré. Dans le cadre d'une visite de patrimoine ou d'une entrée en célébration. Il est important de se regrouper dans ce lieu, de se disposer progressivement dans le calme. C'est l'occasion de découvrir l'environnement : la statuaire (les apôtres, scène d'annonciation…), les informations pour la communauté. C'est le moment d'écouter les informations ou les consignes pour ce qui va suivre…
Puis se déroulera le rite d'entrée.