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Le Niveau baisse-t-il ou monte t-il ?

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Qu'en est-il de ce fameux niveau scolaire ? Des points de vigilance sur la méthodologie utilisée pour les recherches comparatives.

Devant le malaise enseignant, les difficultés de la société actuelle, à l'heure du débat sur l'école, des publications aux titres racoleurs fleurissent. Qu'en est-il de ce fameux niveau scolaire ? Pour en savoir plus, il convient d'être très vigilant sur la méthodologie utilisée pour ces recherches comparatives et les critères retenus.
Vous trouverez ci-dessous des extraits d'articles qui sont attentifs à ces éléments.

Tout d'abord quelques rappels factuels :
« Depuis les années soixante, les nouveaux objectifs assignés à l'école française, sont des objectifs de démocratisation et d'adaptation aux évolutions sociales et socioprofessionnelles nécessitant de plus hauts niveaux de qualification : dès les années soixante la scolarité obligatoire est prolongée à 16 ans. […] On assiste à une massification de l'enseignement en premier cycle, mais aussi à la mise en évidence de l'échec scolaire, qui eu égard à la prolongation de la scolarité devient plus visible. Vingt cinq ans plus tard, on accroît l'accès au lycée et à la poursuite des études au niveau des baccalauréats (objectifs de 80% d'une classe d'âge à ce niveau), mais aussi l'accès aux enseignements supérieurs : de nombreux élèves ont été scolarisés, et scolarisés plus longuement qu'ils ne l'auraient été antérieurement. […] Le taux des scolarisés de 2 à 22 ans, estimé à moins de 80% en 1980, atteint 86% dix ans plus tard et dépasse 91% en 1995-96. La scolarisation des 11-17ans devient quasi totale en 1990. […] Les chances des élèves se sont globalement accrues au cours des dernières années, tant en termes de maintien dans l'école qu'en terme de niveaux atteints et de diplômes obtenus au moment des sorties. »(1)

Durée de scolarisation et diplômes ne sont cependant pas une garantie que le niveau monte.
On peut noter que si en 1872, la population ne sachant ni lire ni écrire était de 28,4% pour les hommes et de 35,7% pour les femmes ; nous sommes passés à 3,2% et 3,6% en 1946(2).
En fait si on entend souvent dire que le niveau baisse, c'est qu'il « reste nécessaire de garder en mémoire ce renforcement des attentes à l'égard de l'école et d'éviter de se référer à un passé survalorisé : Le certificat d'étude si souvent pris à témoin pour souligner la baisse du niveau des élèves ne devait concerner en 1936 qu'un peu moins de 50% des jeunes de 13 ans »(3).
« Afin d'apprécier l'évolution du niveau des élèves, la direction de la programmation et du développement (DPD) a réalisé en 1997 une évaluation des compétences des élèves en fin de CM2 semblable à celle menée en 1987, avec la même épreuve de lecture-compréhension de texte. Un échantillon comparable d'élèves a passé le test. Cette étude a montré une grande stabilité des résultats, avec des taux de réussite de 65,6% en 1987 et de 66,1% en 1997. Un résultat « d'autant plus remarquable, note la DPD, que la proportion des élèves à l'heure(4) en fin de CM2 a sensiblement augmenté (77% en 1997 contre 64% en 1987) »(5) .
Une autre étude « réalisée en 1996 par l'ancienne direction de l'évaluation et de la prospective (DEP) devenue DPD, compare les connaissances des élèves de la Somme dans les années 1920 à celles de la génération 1995. […] Concernant la dictée, les élèves de 1995 ont commis, en moyenne, environ 2,5 fois plus de fautes que ceux des années 1920. […] L'écart de réussite entre les deux époques s'expliquerait par des stratégies différentes : « L'école a fait le pari de la diversification des savoirs, » explique Jean Philippe Rivière. L'effort qu'elle consacre à l'orthographe et à la grammaire est moins important que par le passé. » […] Quant aux questions de dictées, les écarts sont très peu prononcés en matière de vocabulaire et de compréhension. Mais ils sont marqués en terme de connaissance de la langue (analyse grammaticale, conjugaison…) : les élèves de 1995 maîtrisent moins bien ces domaines que leurs aînés. Enfin, [ ceux de 1995 ] obtiennent de meilleurs résultats à l'épreuve de rédaction. La DEP souligne que dans les années 1920, « l'exercice de rédaction était considéré comme secondaire, notamment par rapport à la dictée. »(6)
Si le niveau monte dans certains domaines, il baisse dans d'autres en fonction de l'investissement que chaque époque réserve aux diverses disciplines. On peut cependant dire que les savoirs se sont diversifiés au cours des années.

Reste malgré tout une difficulté : si « la part des élèves quittant le système sans formation (niveaux VI et V bis) décroît : 15,8% en 1980 ; 8% en 1995. […] On peut s'interroger car « après de longues prolongations d'études (une quinzaine d'années si l'on inclut la période de pré-scolarisation), ces 80% d'élèves quittent l'école avec un niveau très faible et inférieur à celui de la fin de l'école élémentaire, devenant souvent illettrés quelques années plus tard. […] Le problème de la prochaine décennie ne sera t-il pas d'abord celui des laissés pour compte ? »(7)
En effet, il faut « un certain niveau de savoir-lire qui garantit, sous réserve qu'elle soit entretenue, une irréversibilité de l'acquisition ; et des raisons de lire, si possible le goût de lire, l'intérêt pour la lecture, qui permettent justement de maintenir une pratique de la lecture hors de toute contrainte scolaire. »(8)

Si globalement, le niveau scolaire monte, cela ne veut cependant pas dire que l'insertion sociale est facilitée. Dans la suite de son article Gabriel Langouët montre comment la réussite scolaire globale peut devenir paradoxalement un facteur d'aggravation des inégalités sociales et socioprofessionnelles eu égard au marché du travail. « Le marché du travail ne peut absorber les flux du système éducatif et peut d'autant moins les absorber qu'il s'agit de jeunes non qualifiés dont les espaces socioprofessionnels sont d'autant plus restreints qu'ils sont bien évidemment en bout de chaîne(5). Il en résulte un déclassement à la fois « vertical » (on constate de plus en plus un décalage entre les niveaux de sortie ou de diplômes acquis et les emplois de début de carrière professionnelle. De plus en plus de jeunes sont conduits à revendiquer des emplois pour lesquels ils sont « surqualifiés ») et « horizontal » (pour un même diplôme ou niveau de scolarisation, l'accès au métier dépend toujours fortement de l'origine sociale). […] Le déclassement moyen, qui était de 15,2% en 1996 a cru constamment depuis et a atteint 20,8% en 1995.(9)»

« Le système scolaire n'a pas globalement échoué quant à la demande qui lui était faite d'une élévation des niveaux de formation et de l'augmentation du nombre de diplômés. […] La démocratisation scolaire n'avance que lentement, mais plus rapidement lorsque se conjuguent une volonté politique soutenue et une forte mobilisation des enseignants. […] Aujourd'hui, les problèmes qui se posent concernent d'abord les 10% d'élèves sortant du système éducatif après un temps de scolarisation de 12 à 15 ans, mais avec un niveau très faible et le risque de sombrer dans l'illettrisme dans les années suivant la sortie. » (10)

« Aucun élève n'est réductible à son comportement, à son histoire antérieure, à ses résultats. […] Tout choix pédagogique et éducatif doit révéler un sens de la Personne que nous voulons promouvoir et accompagner »(11). Il s'agit pour l'Enseignement catholique « d'inventer des passerelles à tous les niveaux et d'accepter les parcours individuels atypiques(12) » pour aider ces 10% d'élèves!

(1) L'école française évolue ; mais l'insertion sociale devient de plus en plus difficile - Gabriel Langouët dans la revue pédagogique N°137, octobre-novembre-décembre 2001, 47-58
(2) Education et société demain, Rapport établi en 1988 par Jacques Lesourne in « L'urgence de lire - Viviane Bouysse, Martine Safra - Les dossiers de l'ingénierie éducative N°42 - Mars 2003 »
(3) A. Prost - Education, société et politiques, une histoire de l'enseignement en France de 1945 à nos jours- Paris 1992 in « L'urgence de lire - Viviane Bouysse, Martine Safra - Les dossiers de l'ingénierie éducative N°42 - Mars 2003 »
(4) A l'heure : qui n'ont pas d'année de retard
(5) Idem 1
(6) Idem 1
(7) Idem 1
(8) L'urgence de lire - Viviane Bouysse, Martine Safra - Les dossiers de l'ingénierie éducative N°42 - Mars 2003
(9) Idem 1
(10) Le taux de chômage atteint 63% en 1995 pour les jeunes sans qualification.
(11) Paul Malartre, secrétaire général de l'Enseignement catholique.
(12) Résolution des Assises 1er décembre 2002.