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Analyse du fonctionnement des conseils d'enfants

Temps de lecture : 7 minutes

Proposition d'une grille pour aider à la mise en place de conseils d'enfants.

Grille d'analyse du fonctionnement d'un conseil d'enfants
Afin de vous aider pour la mise en place de conseils dans votre classe ou dans votre école, nous vous proposons cette grille constituée des items suivants.
Il est évident que cette grille n'a rien de définitif et peut être améliorée.

1. Posture physique des enfants et des enseignants pendant le conseil :

  • Quelle est l'attitude physique des membres du conseil ?
  • Comment les enfants et les enseignants sont-ils positionnés durant le conseil ?

2. Quel espace pour le conseil ?

  • Comment est organisé l'espace dans lequel le conseil a lieu ?
  • Dans quelle pièce a lieu le conseil ?

3. La parole :

  • La quantité de parole
  • La qualité des interventions, de l'analyse
  • Qui prend la parole ?
  • Les enfants et les enseignants se positionnent-ils en " je " ?
  • Les enfants et les enseignants restent-ils concentrés sur le sujet débattu ?
  • Une solution est-elle recherchée ?
  • Le rapport à la loi ?

4. L'attitude du président :

  • gestion de la parole : la sienne et la distribution de la parole aux autres membres
  • la gestion du groupe : comment se fait-elle ?
  • des solutions sont-elles recherchées ? sont-elles analysées ?
  • le rapport au pouvoir
  • influence du président sur les membres du conseil ?

5. L'attitude de l'enseignant ou des enseignants :

  • laisse-t-il ou laisse-t-ils la parole aux enfants ?
  • quelle est sa ou leur quantité de parole ?
  • quelle est la qualité de la parole en tant :
  • qu'enseignant ? que directeur ? (si c'est le cas
  • que président ? (s'il prend ce rôle ?)
  • que membre du conseil ?

6. Les sujets abordés et les prises de décision lors du conseil :

  • quels sont les sujets traités ?
  • les sujets abordés sont-ils personnels ou concernent-ils l'organisation de la classe ?
  • le nombre de prises de décision ?
  • le mode de décision ? Le vote est-il utilisé ?
  • les décisions sont-elles écrites ou pas ?


Bilan de notre expérience

1. effets observés au terme de 3 ans de conseil d'enfants.

  • « Il faut se laisser du temps » et « prendre soin de soi » tout en gardant la volonté d'avancer et ce, pour les enfants et pour les enseignants.
  • Au bout de trois ans, nous commençons à vivre des conseils d'école où les enfants investissent vraiment l'espace de parole. De même que les décisions prises ont vraiment sens pour tous les enfants et les enseignants dans l'école.

Au départ, les enfants ont été un peu déroutés par ce fonctionnement qui n'était pas présent auparavant dans l'école. Aussi, il faut que chacun se cherche, trouve sa place, ose prendre la parole et les enseignants également. Un " vrai " conseil peut exiger de la part de chaque membre une véritable remise en cause qui est parfois douloureuse.

  • Il nous semble que les enfants assument plus facilement leur geste, parfois malheureux. Le conseil renvoie à tous, y compris aux enfants de maternelle, leur responsabilité. Et forcément, le conseil nous renvoie nos responsabilités.

2. Obstacles pouvant nuire au conseil :

  • Que les personnes présentes n'osent pas prendre la parole.
  • Que les personnes présentes n'acceptent pas de se soumettre à la critique ( pour les enfants comme pour les enseignants)
  • Que le président déborde de son rôle ou ne joue pas son rôle
  • Le conseil nécessite de la part des enseignants de la disponibilité : accepter de donner de son temps pour vivre les conseils ; cet élément peut constituer un obstacle dans certaines équipes pour des conseils d'écoles.

3. Conclusion :
« C'est parce nous avons une parole partagée que nous pouvons avoir une parole réfléchie »1
Voilà vers quoi nous essayons de tendre dans l'école à travers la mise en place du conseil et l'expérience est riche. Bien évidemment, entendre le sujet qui est présent dans chaque élève ou dans chaque enseignant n'est pas toujours évident et inversement le prix d'une parole qui se risque est parfois élevé.
Par ailleurs, en préalable de la mise en place d'un conseil dans son quotidien, un enseignant doit se poser la question suivante : ai-je envie et suis-je à même d'abandonner une part de moi-même et de laisser un espace où les paroles des autres pourront venir m'interpeller ?
De même que le travail nécessaire pour se remettre en cause n'est pas toujours facile mais progresser, n'est-ce-pas mieux accepter ce qui est en nous-même, lorsque nous préférions que cela n'y soit pas ?





1. MALARD, Catherine, Essai sur le statut de la parole à l'école, La parole à l'école, Ispec, 1998, p69.