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La Liberté pédagogique

Temps de lecture : 10 minutes

Cet apprentissage de l’autonomie de l’enseignant s’effectue dans les centres de formation pédagogique (CFP) où est enseignée la liberté pédagogique. Il suppose de former à la liberté pour que l’enfant apprenne, pour comprendre le monde.

Parler de la liberté pédagogique de l'enseignant dans les centres de formation pédagogique de l'enseignement catholique (CFP*), qui sont des établissements d'enseignement supérieur ayant la charge de la formation initiale des enseignants du premier degré, c'est finalement évoquer la formation de nos maîtres, en termes de contenus mais aussi d'éthique.

La liberté ne peut faire l'objet d'une loi d'orientation. On ne peut la limiter à l'élaboration des compétences professionnelles, à la superposition des référentiels (référentiels pour l'élève, pour l'enseignant, pour la formation de formateur). La question de la liberté et du sens doit traverser les débats engagés et les constructions proposées. La question de la liberté pédagogique se pose, en effet, à chaque instant ou à chaque acte de la vie professionnelle du formateur ou de l'enseignant. L'étudiant de CFP, dès son entrée en formation, aborde ces questions fondamentales.

Pour se référer à l'auteur du " Tiers instruit ", Michel Serres, la liberté devient une traversée : c'est le passage d'une rive à l'autre où il convient de se garder des écueils et des dérives :

- dérive de la réduction du savoir à des techniques,
- dérive de l'atomisation des connaissances,
- dérive du conditionnement et du conformisme,
- dérive du libéralisme généralisé.

La liberté appelle la vigilance. Comprendre les risques, les surmonter, apprendre à les traverser. La vigilance doit être perçue comme " veillance " plutôt que " méfiance ".

1 - Former à la liberté pour que l'enfant apprenne.
Aujourd'hui, quelles que soient les approches, chacun se réfère, bien sûr, au postulat d'éducabilité qui affirme que tout doit être mis en œuvre pour que l'enfant devienne un apprenant.

Deux questions méritent d'être posées :

- celle du statut des savoirs,
- celle du rapport entre l'enseignant et l'apprenant.

Apprendre, oui, mais quoi ?
L'émiettage et la parcellisation menacent toujours les connaissances.
C'est cette dérive que redoute Edgar Morin lorsqu'il parle de " l'insularité des connaissances ".
On ne peut donc faire l'économie d'une réflexion sur ce qui donne cohérence aux savoirs.
C'est la raison même, pour le premier degré, de la polyvalence des disciplines qui doit être conçue comme une articulation et non comme une juxtaposition.

Apprendre, oui, mais comment ?
Tout homme est éducable, et tout en cherchant à préciser le rapport qui se construit entre l'apprenant et l'enseignant, il convient d'éviter une survalorisation de l'apprenant qui aboutirait à " un débrouille toi toi-même ".
La " relation " doit être conçue comme principe organisateur de l'apprentissage. Selon les termes de Michel Develay, il s'agit donc de penser la formation des enseignants comme formation " par la relation ".

2 - Former pour comprendre le monde.
S'il faut éduquer les enfants, c'est bien pour leur permettre de comprendre le monde dans lequel ils seront appelés à vivre.

Aimer et faire aimer le monde. Tenir ce paradoxe conduit à aimer assez le monde pour permettre l'avènement de l'enfant au monde, à rester assez lucide pour le concevoir inachevé et à exercer suffisamment la fonction critique pour qu'on le pense améliorable.

Pour l'enseignant qui travaille dans l'Enseignement catholique, cela rejoint la conception de Hannah Arendt pour qui la responsabilité de l'enseignant n'est pas de transformer le monde mais de semer dans le monde des ferments de nouveautés. L'école ne peut prétendre représenter l'ensemble des savoirs, des comportements, des attitudes sociales, des codes culturels qu'il suffirait de reproduire. Elle ne peut être " tout le monde ", bien que les demandes appuyées, voire les pressions qui lui sont souvent faites, pourraient laisser croire que d'aucun lui prête cette capacité. L'école n'est pas non plus l'abri anti-atomique, ni la niche écologique qui ne retiendrait que ce qui du monde est conforme aux représentations de l'enseignant, voire de l'Institution et qui chercherait sans doute désespérément à échapper aux périls et aux conflits, en multipliant les filtres. Elle est le lieu où l'enfant s'approprie la parole pour pouvoir, de sa propre parole, de sa propre initiative, parler " du " monde, " dans " " le monde " et " pour " le monde.
L'école n'est pas un refuge, mais un chemin où l'on apprend à s'affranchir.

Apprendre conduit à se comprendre. La finalité ultime est bien de permettre l'émergence, chez l'enfant, d'un sujet libre, autonome et responsable, dont humain. L'enseignant ne crée pas le sujet chez l'enfant, il réunit et entretient les conditions pour que l'enfant produise sa propre parole. Il ne s'agit pas de laisser faire, mais bien de laisser passer pour qu'advienne un sujet libre et engagé dans et par sa parole.

*Les CFP : leur mission, leur démarche

Le CFP a la responsabilité d'élaborer le plan de formation qu'il soumet à l'autorité rectorale.

La formation n'est possible que parce que les CFP se présentent comme des équipes qui ont pour perspectives communes :
- de développer la réflexion sur les situations d'apprentissage,
- de prendre en compte les phénomènes relationnels,
- de promouvoir une pédagogie du projet,
- d'utiliser au mieux les technologies éducatives actuelles,
- de favoriser la constitution d'équipes éducatives,
- de réajuster les connaissances et d'approfondir les savoirs scientifiques, de développer la recherche didactique,
- de fournir les moyens d'une confrontation régulière entre les pratiques pédagogiques et les concepts théoriques permettant l'analyse et l'évaluation.

Les équipes pluridisciplinaires travaillent en réseau avec les autres établissements de formation.
Elles sont constituées par des formateurs qui ont presque toujours une double formation : dans la discipline enseignée et en sciences de l'éducation. Au noyau stable des formateurs permanents (directeur, responsables pédagogiques, documentaliste) s'ajoutent des enseignants engagés professionnellement dans d'autres établissements.
Ils exercent souvent des responsabilités au sein de l'Enseignement catholique (conseillers pédagogiques, directeurs d'écoles, formateurs en formation continue) ou proviennent des corps des instituteurs et professeurs de collège ou de lycée, des professeurs d'université.