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Polyvalence des maîtres du premier degré

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Lorsque plusieurs adultes interviennent dans une classe du fait de leur expertise (l’enseignant habilité en langue, l’enseignant ASH, l’intervenant en EPS…), il s’agit de veiller à éviter une somme de "monovalences" mais de construire une polyvalence d’équipe pour que les apprentissages aient un sens pour les élèves et qu’aucune discipline ne soit négligée.

La polyvalence des maîtres est souvent présentée comme une spécificité du premier degré.
Toutefois, elle évolue avec l'introduction de nouvelles disciplines (langues, informatique), l'arrivée d'enseignants avec une licence disciplinaire et des emplois nouveaux.


On entend souvent les professeurs des écoles déclarer : "C'est MA classe", "Je voulais être "instit" pour enseigner toutes les matières, j'aime bien faire de tout". "En premier degré, vous avez de la chance. Vous avez les enfants toute la journée, dans toutes les disciplines, vous avez du temps avec eux". Mais tout autant fusent des réflexions comme : " On ne peut pas être compétent partout". Lui, il sait, c'est un spécialiste". C'est bien les intervenants, ça prépare les enfants à la 6ème". Je ne fais pas d'arts plastiques, je suis nul, et en plus avec le programme, je n'ai pas le temps !" , etc.
La polyvalence (1) revendiquée, mais en fait démentie par les pratiques. On est passé d'une polyvalence allant de soit, à une polyvalence de statut. Elle-même remise en cause. C'est ce que révèle une étude récente réalisée par l'Institut national de recherche pédagogique (INRP) (2).
Les raisons en sont diverses. Il existe tout d'abord une pression sociale pour une école d'excellence. En effet pour satisfaire les exigences de réussite scolaire, la tentation est grande d'avoir recours à des spécialistes (divers intervenants, enseignants de l'Adaptation et de l'intégration scolaire (AIS), psychologue, orthophoniste…). L'école se trouve dans un univers concurrentiel où elle n'est plus le seul lieu d'apprentissage. Il faut y ajouter l'introduction rapide des nouvelles technologies (multimédia, internet, etc.) et des langues vivantes dont les arrivées sont diversement perçues. Certains enseignants, davantage sur le modèle "transmissif", ne peuvent enseigner des savoirs qu'ils ne maîtrisent pas et s'en trouvent déstabilisés. D'autres s'identifient à l'" enseignant médiateur " et s'appuient sur les actions des élèves et sur divers outils existants pour créer des situations d'apprentissage.
Le recrutement d'enseignants avec une licence, et donc une spécialité, est également un phénomène récent. La création d'emplois nouveaux comme les aides-éducateurs, qui assurent des tâches en lien avec leurs compétences (informatique, arts plastiques, théâtre, soutien scolaire…) a fait émerger d'autres profils dans l'école. Enfin le travail en partenariat se développe. Il y a décloisonnements et échanges de services… Ces évolutions sont autant de causes d'un "déficit de polyvalence traditionnelle". La charte du XXIe siècle incite, d'ailleurs, l'enseignant du premier degré à passer de " l'homme orchestre" (modèle ancien) au " chef d'orchestre " (modèle futur).
Vers quel type de polyvalence allons-nous ?
Le rapport de l'INRP montre que la polyvalence est assurée en maternelle ou dans les écoles avec peu de classes. Elle devient beaucoup plus virtuelle ailleurs. Elle est soumise à une forte hiérarchisation des disciplines (cf. schéma). Les disciplines centrales (mathématiques et français) se partagent rarement sauf dans les cas de mi-temps. Celles dites secondaires (histoire, géographie, sciences, éducation civique) si elles sont partagées, le sont avec des collègues. Il y a complémentarité et projet pédagogique commun. "Les disciplines périphériques (arts, sports…) sont plus facilement "externalisées" à des intervenants, voire négligées. Cela va de la collaboration à de la sous-traitance.
Ce qui est fondamental est fait par le titulaire. Le cas de l'EPS est significatif : en maternelle, l'éducation physique est vécue comme un enseignement indispensable : l'enfant apprend par le corps. Elle est donc assurée par le maître. Alors qu'en primaire, le sport devient secondaire, et est donc facilement délégué voir " sacrifié " dans l'emploi du temps. La recherche relève une distinction intéressante entre pluri-fonctionnalité, pluri-valence, et polyvalence. Il ne suffit pas d'enseigner toutes les disciplines pour assumer une polyvalence réelle.
On sait, par exemple, que l'étude dirigée est un temps particulièrement propice à la polyvalence, mais souvent peu utilisé.
Il semble que nous passons d'une polyvalence individuelle à une polyvalence d'équipe. Ce qui n'est pas à penser comme une somme de "monovalences". Cela suppose une "polyvalence de base" commune à tous les enseignants et une " dominante " mise au service de l'équipe. Mais aussi une compétence à gérer le partenariat pour construire cette polyvalence d'équipe. Le maître de la classe est l'enseignant de référence, le garant, le responsable. C'est lui qui veillera, en particulier, à faire vivre la polyvalence à ses élèves. C'est à dire, que si la polyvalence ne passe plus par un seul individu, elle doit exister pour l'élève. C'est l'unité de l'enfant qui est recherchée même si les modalités évoluent. Il n'est pas question que les enseignants fassent le grand écart entre l'enseignement des diverses disciplines, ou entre une polyvalence revendiquée et un état de fait. Il leur est demandé de donner du sens aux apprentissages, de faire de la "reliance" (3) et, particulièrement dans l'enseignement catholique, de veiller au développement cohérent de chaque enfant. Car il est important que les enfants, eux aussi, n'aient pas à faire le grand écart.

Le sens des mots :
Interdisciplinarité : établir des liens entre les disciplines.
Pluridisciplinarité : pratiquer plusieurs disciplines.
Transdisciplinarité : travailler des compétences transversales au-delà des clivages disciplinaires.
Pluri-fonctionnalité : assumer de multiples tâches liées à l'acte d'enseignement.
Pluri-valence : enseigner plusieurs disciplines
Polyvalence : maîtriser les disciplines, leurs connexions et les compétences transversales susceptibles d'assurer la cohérence et le sens des apprentissages construits par les élèves.

 

 

 

 

Polyvalence

 


(1) " Le terme " polyvalence " est généralement utilisé pour caractériser une position professionnelle ( le " maître polyvalent " chargé de tous les enseignements, par opposition au professeur de lycée " spécialisé ") en même temps que les exigences spécifiques à l'école primaire : la " polyvalence vraie " n'est pas seulement l'enseignement des contenus disciplinaires juxtaposés mais l'aptitude à créer la cohérence et le sens des apprentissages à travers lesquels les élèves construisent leurs savoirs (cf. Définition du rapport de l'IGEN, 1997) "
L'exercice de la polyvalence au quotidien en cycle 3 - IUFM de Lyon - Saint Etienne in étude de l'INRP.

(2) " polyvalence des maîtres et formation des professeurs des écoles ", étude réalisée par l'Institut national de recherche pédagogique (INRP), à la demande du ministère de l'Education Nationale, publiée le 22 septembre 2000.

(3) " La polyvalence permet de donner du sens aux apprentissages " et d'assurer leur continuité, si le maître sait motiver ses élèves par des " projets pluridisciplinaires " pour " relier … articuler les savoirs ". On est proche du travail de " reliance " évoqué par Edgar Morin, pour qui " la mission première de l'enseignant est d'apprendre à relier d'autant plus que, jusqu'à présent, on apprend trop à séparer. Il faut en même temps apprendre à problématiser. "
Edgar Morin in La polyvalence dans la formation initiale - Discours, représentations, pratiques. IUFM du Limousin in étude de l'INRP " C'est [au maître qu'incombe]la responsabilité de créer des liens ente les divers domaines disciplinaires, d'aider les élèves à faire une unité de tout ce qu'ils apprennent et à percevoir une liaison avec les besoins de leur vie quotidienne, le fonctionnement de la société, les questions posées par l'actualité, etc. " BO N°3, janvier 2000.