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Le choix des manuels scolaires : témoignage

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Le choix des manuels scolaires : témoignage

Le choix des manuels scolaires fait toujours débat au sein des équipes pédagogiques. Récemment, on en entend beaucoup parler dans la presse également. Les enseignantes de Saint Joseph Carnoles et leur chef d’établissement témoignent des raisons qui ont éclairé leurs choix concernant les manuels de mathématiques.

1. En CP, Brigitte et Laura ont choisi la méthode de Singapour.

Brigitte et Laura témoignent :
Nous pensons qu’en CP, les élèves ont besoin d’un support fichier, cela leur donne des repères. Cependant, pendant plusieurs années, nous n’avons trouvé aucun fichier de mathématiques dont nous puissions vraiment être satisfaites. Cette année, nous avons essayé la méthode de Singapour. Nous l’avons vraiment appréciée pour plusieurs raisons.

  • On part du concret pour arriver à l’abstraction. Par exemple, avant que l’on n’introduise l’addition et le signe « plus », les élèves inventent des situations du quotidien dans lesquelles on ajoute, on gagne, etc. Ils se rendent ainsi compte qu’ils utilisaient ces opérations tous les jours sans le savoir et que les mathématiques existent aussi en dehors de l’école et de la classe. Cela rassure certains élèves qui ont ainsi l’impression qu’on leur demande une tâche qu’ils savent faire… alors que l’apprentissage est «nouveau ».
  • L’enseignement des mathématiques est proposé en 3 phases : manipulation – verbalisation – abstraction, autrement dit concret – transfert – abstrait, ceci avec une place plus importante accordée à la verbalisation que dans les autres fichiers que nous avions utilisés par le passé. Cela permet aux élèves de prendre conscience de leur façon de chercher mais également de travailler la méthodologie de la recherche, tout en travaillant l’oral. Tout le monde cherche, des échanges se créent entre les élèves, il y a moins d’élèves passifs.
  • Pour chaque situation, les élèves découvrent 3 ou 4 procédures différentes. Chacun peut s’approprier celle qui lui convient tout en sachant que ce n’est pas la seule. Outre les compétences mathématiques développées ici, il s’agit également d’un réel travail civique puisque les élèves se rendent compte qu’il n’existe pas un seul chemin pour arriver à la réponse mathématique mais plusieurs, ce qui leur permet de commencer à prendre conscience de la diversité des points de vue, des avis, des réponses,… Chacun commence déjà à argumenter pour défendre sa procédure tout en respectant celles des autres.
  • Le fichier est clair dans sa présentation, il n’est pas surchargé. Cela nous a permis en tant qu’enseignantes de reprendre la main sur nos choix didactiques et pédagogiques en mathématiques. Nous avons eu largement le temps de « faire le fichier », donc nous avons pu ajouter des jeux mathématiques, des problèmes et des énigmes à résoudre en coopération, des situations de manipulation supplémentaires, un peu plus de géométrie… Nous avons également eu le temps pour proposer une approche plus ludique des mathématiques.
  • Le fait que le fichier ne soit pas trop chargé laisse aussi plus de liberté pour la différenciation pédagogique : on peut facilement insérer des étapes supplémentaires en fonction des besoins des élèves, mettre en place une pédagogie du détour.
  • Le matériel de manipulation est simple : ce sont des cubes empilables et des jetons… rien de plus ! Cela permet aux élèves de ne pas avoir à s’adapter à du matériel qui changerait pratiquement à chaque séance, et de créer un transfert de la situation mathématique simple et efficace. Par ailleurs, le fait de ne pas avoir à préparer le matériel de manipulation avant chaque séance, permet dégager du temps pour penser et préparer tout ce qui concerne le « péri-séance » : différenciation, prolongements, détours,… En outre, il y a également un aspect économique et écologique puisque ce matériel est réutilisable chaque année. Nous pouvons également demander aux élèves de manipuler des objets à leur proche disposition : feutres, crayons, livres, feuilles,…
  • Il y a un fichier photocopiable qui propose des activités complémentaires, mais nous ne l’utilisons pas forcément, même si c’est une mine d’exercices. Nous préfèrons compléter par des activités crées par nous ou trouvées ailleurs : cela permet aux élèves de voir des choses différentes, de réinvestir avec d’autres présentations, d’autres approches.

En fin d’année, nous sommes très contentes du résultat : les élèves ont eu moins de difficultés pour comprendre la notion de dizaines et d’unités, ils sont plus à l’aise en calcul mental, ils verbalisent leurs procédures plus efficacement et ont pris goût à chercher sans crainte. Nous adhèrons à la démarche didactique et nous avons trouvé l’espace nécessaire pour compléter avec les situations et activités choisies par nous. Nous avons pu trouver la marge de manœuvre que nous cherchions pour vivre les mathématiques de façon moins enfermante et plus ludique en modifiant, changant, adpatant, complétant, sans que ce soit pénalisant pour la suite des apprentissages.
 

2. EN CE1, Aude et Maryline ont choisi Cap Math

Aude et Maryline témoignent :
Nous utilisons Cap Math depuis plusieurs années.
Plusieurs éléments motivent ce choix :

  • La programmation spiralaire qui permet de revenir tout au long de l’année sur les notions abordées en les enrichissant à chaque fois. Cela favorise le mémorisation, « l’ancrage dans le cerveau » !
  • La programmation très pertinente : chaque notion arrive au moment où l’on sent les élèves prêts à l’aborder.
  • Les nombreuses manipulations proposées : avant d’aborder chaque notion, on passe par du concret.
  • Les modes de groupement proposés varient : seul, en binôme, en petits groupes, en groupe classe.
  • Les apports didactiques très riches du livre du maître : c’est une sécurité. Cependant, nous restons maîtresses de la démarche didactique et des choix pédagogiques : nous n’hésitons pas à ajouter des étapes ou à en supprimer en fonction des besoins des élèves. Par exemple, cette année, les élèves avaient déjà bien travaillé l’alignement des points en CP, nous n’avons donc pas fait les manipulations avec les plots et les cordes dans la cour. Nous avons également ajouté des activités d’approche de la multiplication posée car nous sentions que nos élèves étaient prêts.
  • Il y a une banque d’outils en ligne très riche. C’est utile, en particulier pour mettre en place la différenciation pédagogique.
  • Nous n’hésitons pas à ne pas tout faire, car il y a énormément d’activités proposées. Il faut faire preuve de discernement. Cela permet d’ajouter des choses comme des jeux mathématiques, des rituels de calcul mental, par exemple. L’année prochaine, nous projetons de transformer certaines séances en activités de coopération.

En conclusion, nous avons l’impression que les élèves ont de solides bases en mathématiques, nous adhérons complètement à la démarche didactique et nous gardons notre liberté pour adapter.


3. En CM2, Bérangère et Vanessa n’utilisent pas de manuel.

Tout comme leurs collègues de CM1, les enseignantes de CM2 n’utilisent ni manuel ni fichier. Bérangère et Vanessa témoignent :

  • Ne pas utiliser de manuel nous laisse plus de liberté pour choisir la démarche pédagogique et didactique qui nous convient le mieux, et qui convient le mieux à nos élèves. Nous pouvons faire évoluer les dispositifs en fonction des besoins de nos élèves, mais aussi de nos recherches personnelles. Nous pouvons expérimenter, adapter plus vite et plus facilement. Nous sommes libres d’adopter (d’adapter !) les ressources trouvées en ligne, à l’occasion d’échanges avec des collègues, en formation…
  • Nous pouvons mettre en place une réelle différenciation pédagogique. En effet, nous travaillons par plan de travail avec des exercices de trois niveaux différents pour chaque notion. Si nous avions un manuel, nous perdrions plus de temps à adapter les exercices que nous n’en passons à les créer nousmêmes !
  • Nous pouvons passer plus vite si les élèves ont compris et multiplier les approches et les exercices d’entrainement si c’est nécessaire. Dans un manuel, il y a souvent le même nombre d’exercices pour chaque notion alors que les élèves ont besoin de passer plus de temps sur certaines et moins sur d’autres.
  • En CM, les élèves ont besoin d’espace pour chercher. Nous ne pouvons même pas imaginer comment ils feraient dans l’espace restreint d’un fichier !
  • Les manuels sont souvent conçus pour le travail individuel. Or, nous pouvons travailler aussi bien en groupes de coopération, par binômes, en tutorat…
  • Il y a toujours un groupe d’élève qui tourne pour travailler sur tablettes ou sur ordinateurs. Ce serait dommage de ne pas utiliser le numérique parce qu’on « fait le fichier… » ou qu’on « suit le manuel »…
  • Nous pouvons organiser comme nous le voulons des activités de coopération - si situations complexes -  des rallyes mathématiques, des jeux, des défis, des énigmes à thèmes (par exemple, nous avions créé une série d’énigmes mathématiques sur le thèmes d’Harry Potter qui a motivé les élèves pendant une bonne semaine…)…

     

4. Le point de vue du Chef d’établissement.

En tant que chef d’établissement, je n’ai posé qu’une seule exigence : que les deux classes du même niveau fassent le même choix et qu’il y ait un échange entre les enseignantes pour arriver à une progression et une évaluation pensées ensemble.

J’aurais aimé qu’il y ait un choix commun pour chaque cycle, mais j’ai préféré laisser la place à la liberté pédagogique car l’accord ne se faisait pas. Il me semble essentiel que les enseignants adhèrent aux outils qu’ils utilisent.

Il me semble important de ne pas perdre de vue que le manuel ou le fichier ne sont que des outils au service de la démarche didactique et pédagogique de chaque enseignant. Ce n’est pas le manuel qui doit servir de référence mais le socle commun et les programmes. Je sais que les enseignantes de notre équipe ont une solide formation et qu’elles savent faire des choix éclairés sans rester esclaves des démarches proposées par les manuels ou les fichiers qu’elles ont choisis. Leurs témoignages le prouvent !