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Eveil à la diversité linguistique et culturelle en maternelle

Temps de lecture : 22 minutes
Eveil à la diversité linguistique et culturelle en maternelle

Visées, lien avec les programmes, pistes et ressources pour la classe

1- Dans les programmes

Les programmes de 2015 pour le cycle 1 nous invitent à proposer aux élèves un éveil à la diversité linguistique et culturelle. Cette dimension transparait dans plusieurs domaines d’apprentissage.

« A partir de la Moyenne Section, les élèves vont découvrir l’existence de langues, parfois très différentes de celles qu’ils connaissent. Dans des situations ludiques ou auxquelles ils peuvent donner du sens, ils prennent conscience que la communication peut passer par d’autres langues que le français : par exemple, les langues régionales, les langues étrangères, et la langue des signes française (LSF). »

Domaine Mobiliser le langage dans toutes ses dimensions

A partir des expériences vécues à l’école et en dehors (…) l’enseignant favorise également une première découverte de pays et de cultures pour les ouvrir à la diversité du monde. Cette découverte peut se faire en lien avec une première sensibilisation à la diversité des langues ».

Domaine Explorer le monde

2- Les visées de cet enseignement

  • Dans les programmes

L’école maternelle est définie comme une école qui s’adapte aux jeunes enfants en « portant attention à la diversité des familles » et en prenant en compte le fait qu’ils « possèdent déjà des savoir-faire, des connaissances et des représentations du monde ». Partant de toutes les différences, l’école a pour objectif de créer une communauté d’apprentissage en se constituant un répertoire commun d’expériences, de pratiques, d’objets connus, etc. «L’enjeu de formation central pour les enfants consiste à apprendre ensemble et vivre ensemble » afin de « constituer une communauté d’apprentissage qui établit les bases de la construction d’une citoyenneté respectueuse des règles de la laïcité et ouverte sur la pluralité des cultures dans le monde ».

  • Du point de vue du conseil de l’Europe.

« En s’attachant à la « dimension interculturelle » de l’enseignement des langues, on vise à faire des apprenants des locuteurs ou des médiateurs interculturels, capables de s’engager dans un cadre complexe et un contexte d’identités multiples, et d’éviter les stéréotypes accompagnant généralement la perception de l’autre dans une seule et unique identité. Cette approche consiste à voir dans l’interlocuteur une personne dont le profil reste à découvrir, plutôt qu’un individu simplement porteur d’une identité qui lui a été attribuée de l’extérieur. Cette communication interculturelle se fonde sur le respect des personnes et l’égalité de tous en matière de droits de l’homme – ce qui est précisément la base de toute interaction sociale en démocratie.

Par conséquent, un enseignement des langues respectueux de la dimension interculturelle doit, d’une part, continuer à permettre à l’apprenant d’acquérir la compétence linguistique nécessaire à toute communication orale ou écrite, de s’exprimer – encore une fois, oralement ou par écrit – comme il l’entend, mais selon des codes linguistiques établis. D’autre part, ce type d’enseignement

développe également la compétence interculturelle chez l’apprenant : il s’agit, en d’autres termes, de permettre un dialogue éclairé entre individus ayant des identités sociales différentes, ainsi que des interactions entre ces différentes personnes, prises dans toute la complexité qu’elles ont en tant qu’êtres humains, dans leurs identités multiples et, en même temps, dans le respect de la personnalité individuelle de chacun. »

Développer la dimension interculturelle dans l’enseignement des langues, une introduction pratique à l’usage des enseignants.

  • Du point de vue de l’enseignement catholique

A l’occasion de la publication du document «L’interculturel et l’interreligieux en école catholique : éduquer au dialogue, pour une civilisation de l’amour », l’enseignement catholique nous invite à passer du « vivre ensemble » au « vivre en frères ».

Le document annonce :

« Apprendre une langue étrangère, c’est ouvrir une porte vers l’autre, vers une culture inscrite dans une aire géographique, une histoire, des représentations. C’est également favoriser les conditions d’un dialogue qui se fait rencontre. Cet apprentissage est assurément source d’émerveillement autant que d’enrichissement mutuel quand il transcende les considérations linguistiques pour s’ouvrir aux singularités d’une culture différente. L’enseignement des langues donne une consistance à l’éducation interculturelle en offrant les clefs du décryptage d’un autre « code », gage d’un contact authentique avec une littérature, une histoire, une philosophie, une perception du monde ».

3- Des pistes pour la classe.

  • Prendre le temps de connaître les familles et leurs origines. Par exemple, un enseignant ne peut pas se contenter de dire « J’ai un élève d’origine africaine ». Le respect de l’élève, de sa famille et de ses origines implique de connaître le pays dont il vient ainsi que la langue d’origine de sa famille (parents, grandsparents…), sachant que dans la plupart des pays d’Afrique, plusieurs langues co-existent. De même, si un élève arrive de Suisse, et même s’il parle parfaitement français, il est intéressant de savoir si sa famille est originaire de Suisse Romane, Suisse Alémanique ou Suisse Italienne. Attention, la nationalité française peut en cacher d’autres… de belles découvertes en perspective.
  • Donner la possibilité aux familles de raconter leur histoire. Ceci est particulièrement important dans le cas des familles de primoarrivants : qu’est-ce qui a motivé le départ de leur pays d’origine ? Qu’est-ce que la famille (et donc l’enfant…) a vécu avant d’arriver en France ? Cela doit se faire de façon respectueuse et non intrusive, chaque famille gardant le droit de ne pas se confier. A chaque équipe de se montrer inventive pour créer un cadre favorable. Lire aussi : Accueil d'un enfant allophone
  • Prendre le temps de faire des recherches pour mieux connaître la culture d’origine de chaque élève. Il ne s’agit pas seulement de connaître les arts populaires, la musique, la littérature, la gastronomie, la religion, etc., mais de s’efforcer de comprendre ce qui dans chaque culture modifie le rapport au monde – au travail, à la société, à la maladie, au handicap, à l’apprentissage, au temps, à l’individuel et au collectif. 
  • Inviter les familles à partager des éléments culturels à travers les cahiers de vie, si elles le souhaitent et éventuellement avec l’aide de l’enseignant. Faire comprendre à quel point l’école porte de l’intérêt à ces éléments en mettant en valeur ces productions lors des temps d’échange en classe.
  • Inviter les familles dans la classe, dans l’école. La famille peut présenter des éléments de la culture de son pays, mais elle peut aussi devenir ressource en s’intégrant à un projet proposé par l’enseignant. Par exemple, lire un album dans sa langue dans le cadre d’un projet sur la découverte de différentes sonorités, montrer la graphie de sa langue dans le cadre d’un projet sur la découverte de l’écriture, apporter un instrument de musique dans le cadre d’un projet d’éveil musical, etc. Etre invité à présenter son pays est une forme de reconnaissance pour une famille, devenir partenaire ou personne ressource pour un projet proposé par l’enseignant peut être une aventure humaine plus enrichissante encore. Exemples : https://webtv.ac-nantes.fr/index.php?id=31721,
  • Multiplier les ponts entre le linguistique et le culturel. Par exemple, si l’on découvre les façons de se dire bonjour dans différentes langues (y compris dans la nôtre), il convient d’aller plus loin et de s’intéresser aux gestes, aux postures, à la distance physique entre les interlocuteurs, aux registres du langage (saluet-on de la même façon un adulte, un enfant – dans certains pays cela dépend de l’âge de l’adulte…).
  • Approfondir les découvertes culturelles. Par exemple, au delà de la découverte des spécialités culinaires, s’intéresser à la façon de se tenir à table, aux occasions auxquelles certaines spécialités sont préparées, etc.
  • Mutualiser les ressources de l’équipe enseignante. Prendre le temps d’échanger sur les connaissances et les ressources de chacun : langues parlées, langues étudiées, séjours à l’étranger, voyages, intérêt particulier pour une culture. Même si l’on croit se connaître, de belles découvertes sont inévitables.
  • Créer un coin « langues et cultures » autour des 5 sens. Il pourra rassembler des albums, des objets, de l’audio, des photos, etc.
  • Célébrer les fêtes calendaires des pays d’origine des élèves de la classe
  • Découvrir la pédagogie d’éveil aux langues. Il s’agit de comparer différentes langues et ainsi de prendre conscience des spécificités de la sienne. Par exemple, en maternelle, les élèves peuvent écouter différentes langues et s’entrainer à les reconnaître en s’appuyant sur leurs sonorités spécifiques. On peut ainsi développer l’écoute et travailler de travailler la conscience phonologique en se détachant du sens ce qui permet à certains élèves de mieux se concentrer sur les sons qu’ils entendent. Pour en savoir plus : Les langues du monde au quotidien (Martine Kervan, livre +CD), publications EVLANG (cycle 2 et cycle 3, livres + CD).

4- Sites et ouvrages intéressants

Livre blanc sur le dialogue interculturel « Vivre ensemble dans l’égale dignité »
Conseil de l’Europe, 2010, 77 p.
Comment répondre à la diversité culturelle grandissante en Europe ?

Compétences interculturelles : cadre conceptuel et opérationnel
UNESCO/Paris, 2013, 47 p., bibliogr.
La publication se veut une introduction à la terminologie de base nécessaire à l’acquisition de compétences interculturelles pour permettre le dialogue interculturel. à prendre.

BYRAM Michael, GRIBKOVA Bella, STARKEY Hugh
Développer la dimension interculturelle dans l'enseignement des langues : une introduction pratique à l'usage des enseignants
Conseil de l'Europe. Division des Politiques linguistiques/Strasbourg, 2002, 45 p., bibliogr.
La publication, à visée concrète, se présente sous forme d’un forum aux questions.

Le site du CARAP propose une banque de données, des activités en plusieurs langues et pour tous niveaux,des descripteurs (savoirs, savoir-être et savoir-faire) à développer dans la perspective d’une éducation plurilingue et interculturelle, un kit de formation et des publications.

Le Portfolio pour les éducateurs et éducatrices en préélémentaire (avril 2015) définit les connaissances, savoir-faire et attitudes indispensables au développement langagier et culturel des enfants.
Il présente la réflexion du Conseil de l’Europe en matière de langues vivantes, la structure et le contenu de PEPELINO et la biographie langagière (réflexion sur ses expériences langagières et ses représentations des langues et cultures). Il propose ensuite à l’éducateur de mener une réflexion sur ses compétences professionnelles (initier des activités sur la diversité des langues …), de faire le point sur les langues étrangères utilisées et de documenter ses progrès et sa réflexion sur sa pratique.

Éveil au langage et ouverture à la diversité linguistique (ELODIL)
Le projet Éveil au langage et ouverture à la diversité linguistique (ÉLODIL), développé en 2002 au Québec en lien avec les approches d’éveil aux langues développées en Europe, permet de développer les compétences des élèves relatives à l'interculturel, l'éducation à la citoyenneté et la communication. Les corpus de langues permettent de sensibiliser les élèves à la diversité des langues et des personnes qui les parlent.
- Le site présente le projet, propose des activités pour le préscolaire, le primaire et le secondaire.
- L’activité pour le primaire « La fleur des langues », permet aux élèves de se familiariser avec les notions de langue maternelle, seconde et étrangère, de monolingue, bilingue, trilingue et plurilingue et de s’interroger sur leur bagage linguistique.
- La publication de l’Université de Montréal, Éducation interculturelle et diversité linguistique (2013), propose aux enseignants du préscolaire et du primaire, des activités pour s'initier, dans une perspective interculturelle, à la diversité linguistique, en lien également avec différentes disciplines scolaires.

Conclusion

L’interculturel se caractérise par le respect de l’autre dans sa diversité.
Nous sommes aujourd’hui invités à passer de l’interculturel au transculturel afin de construire ensemble, de « co-construire ». A l’école, cela se traduit par la création d’une communauté d’apprentissage autour d’une langue de scolarisation commune. Ainsi, l’école donne à l’enfant des repères pour l’aider à devenir un citoyen actif dans la société française.

 

 

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