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Qu'est-ce que je choisis quand je choisis la "méthode Montessori" ? ....

Temps de lecture : 18 minutes
Qu'est-ce que je choisis quand je choisis la "méthode Montessori" ? ....

Du mobilier adapté à la taille des enfants, des jeux à disposition sur des étagères, une organisation spatiale divisée en « coins » dédiés à des activités spécifiques, nos classes maternelles ont toutes quelque chose de la méthode « Montessori », dont le succès actuel traduit la redécouverte d’une pédagogie qui a vu le jour il y a plus d’un siècle.

Maria Montessori, une pédagogue scientifique

Maria Montessori, pédagogue italienne (1870-1952) et première femme-médecin dans son pays a fondé sa première Maison des enfants en 1907 dans un quartier pauvre de Rome. Elle a diffusé ses idées au cours de conférences internationales et ses écoles se sont largement implantées à travers le monde. Aujourd’hui, les écoles Montessori couvrent les premier et second degrés, cependant le projet pédagogique initial de Maria Montessori concernait plus spécifiquement la petite enfance.

Un enfant qui se développe naturellement

La pédagogie Montessori s’inscrit dans une conception « naturaliste » de l’enfant. Autrement dit, Maria Montessori tire de ses observations des conceptions particulières sur la nature en développement de l’enfant, qu’elle décrit de cette manière :

  • Les plans de développement qui constituent 4 étapes successives : la petite enfance de 0 à 6 ans, l’enfance de 6 à 12 ans, l’adolescence de 12 à 18 ans et la maturité de 18-24 ans. Ces étapes ne décrivent pas une construction linéaire, mais une succession de « naissances ».
  • Les périodes sensibles qui représentent des moments clés du développement de la naissance à 6-7 ans. Il s’agit de sortes de mutations subites qui se manifestent dans l’intérêt de l’enfant pour certaines activités : périodes sensibles du langage (0-7 ans), de la coordination des mouvements (0-5 ans), de l’ordre (0-6 ans), du raffinement sensoriel (0-6 ans), du comportement social (0-6 ans et au-delà)….. Ces périodes sont des moments décisifs par lesquels l’enfant se montre réceptif à tel ou tel apprentissage. L’éducateur doit attendre le bon moment et ne pas le laisser passer…

La pédagogie Montessori : « Aide-moi à faire seul »*

Au cours de ses études de médecin, Maria Montessori a mené une recherche en neurologie, et en étudiant le comportement d’enfants déficients mentaux, elle s’est intéressée à leur éducation avec la volonté de mettre en œuvre une pédagogie qu’elle appelle « scientifique ». En voici quelques points de repère :

  • Un principe d'auto-éducation et d’autonomie.
    L’enfant est libre de choisir ses activités parmi un matériel adapté à sa progression, à son stade de développement, en adéquation avec sa « période sensible ». Il ne s’active pas de manière désordonnée : sa liberté d’agir va de pair avec la construction d’une véritable discipline, la maîtrise de soi qui vient de l’intérieur.
  • L’ambiance
    L’initiative de l’enfant ne s'exerce pas au hasard, elle s'appuie sur le milieu de la classe, ou « ambiance », synthèse entre l’environnement matériel très structuré et le guidage attentif et attentionné de l’adulte.
  • Des classes multi-âges
    L’entraide des plus âgés envers les plus jeunes et l’imitation des aînés par les plus jeunes sont favorisées par des classes d’âges différents organisées selon les étapes de développement.
  • L’esprit absorbant.
    Le jeune enfant, jusque l’âge de 6 ans, possède une attitude motrice et une capacité mentale à absorber de manière inconsciente l’information que lui donnent ses sens.
  • Le mouvement
    L’activité physique ne peut être dissociée de l’activité mentale. Par le mouvement, l’enfant s’approprie et mémorise des concepts et des connaissances.
  • L’éducation multi-sensorielle.
    Cette orientation imprègne toutes les activités : affiner ses perceptions, apprendre à voir, à entendre, à toucher….. Les enfants deviennent des observateurs, des expérimentateurs de leur environnement, et parviennent par des activités concrètes à développer une pensée abstraite.
  • Des exercices progressifs et gradués.
    Les « leçons » sont individualisées et organisées selon les âges et selon les domaines disciplinaires (palpations, emboîtements, classement de couleurs, etc.).
  • Du matériel spécifique pour chaque apprentissage.
    Il peut être divisé en 5 groupes : matériel de vie pratique, matériel sensoriel, matériel de langage, matériel de mathématiques, matériel pour l’apprentissage des sciences, de l’histoire et de la géographie.
  • La médiation de l’éducateur.
    L’enfant possède une nature en développement qui appelle le respect de l’adulte, c’est pourquoi l’éducateur doit adopter une posture d’observateur et de guide de l’enfant. Il accompagne l’enfant dans ses découvertes, il l’aide à utiliser le matériel selon son mode d’emploi et à suivre les cycles d’activités dans l’ordre.

La pédagogie Montessori et les apports des neurosciences

Depuis quelques temps la pédagogie Montessori est largement valorisée par les médias et les neurosciences lui apportent une nouvelle assise scientifique. Ainsi, il est possible de rapprocher certaines particularités de la méthode Montessori des conceptions de l’apprentissage élaborées par Stanislas Dehaene.

Comment un élève apprend-il ?

Des 4 piliers de l’apprentissage
de S. Dehaene….

… à quelques rapprochements
avec la pédagogie Montessori

L’engagement actif
Importance de l’évaluation et de la métacognition. Introduction de périodes d’apprentissages suivies de tests immédiats

  • Exemple : apprendre à l’élève à savoir quand il ne sait pas

La méthode est active
Sollicitation de l’autonomie

  • L’enfant est mis situation d’agir de lui-même, il choisit son activité

L’attention
Mécanisme qui sert à sélectionner une information et à en moduler le traitement (3 systèmes d’attention : alerte, sélection, contrôle exécutif)

  • Pas de double tâche, permettre à l’élève de se concentrer sur une tâche à la fois

 

 

Le développement de la concentration
Apprentissage constant. La concentration est la résultante de l’attention que manifeste l’enfant qui s’engage dans une activité choisie et motivante.

  • L’enfant s’entraîne en permanence à contrôler ses mouvements, par des gestes lents et précis.
  • Chaque enfant a un rythme de concentration qui lui est propre, l’enfant ne doit donc pas être dérangé dans son activité.
  • Une pratique originale : les « leçons de silence », exercices proches de la méditation (quelques minutes pendant lesquelles les enfants s'abstiennent au signal donné de toute activité).

Le retour d’information
Les signaux d’erreurs font partie de l’apprentissage.
La motivation positive et les encouragements stimulent l’apprentissage

La place de l’erreur
L’erreur est intégrée au matériel de jeux didactiques auto-correctifs.

  • L’enfant détecte lui-même ses erreurs, il réessaye jusqu’à ce qu’il réussisse.

La consolidation
L’automatisation : passer d’un traitement conscient avec effort à un traitement non-conscient et automatisé. Ce qui permet la libération des ressources pour d’autres apprentissages.

  • Distribuer l’apprentissage tous les jours

 

 

La répétition des activités
Apprentissage par essai-erreur et habituation

  • L’enfant répète son activité autant de fois qu’il le souhaite pour parvenir à plus d’exactitude.

 

 

Pas de différenciation sans dialogue avec l'élève !

Une idée centrale : l’importance du matériel et du « manipulable »

Si l’enfant est acteur de ses apprentissages, il ne découvre pas pour autant de manière spontanée les connaissances de base, c’est la manipulation du matériel didactique qui le lui permet. Dans la pédagogie Montessori, la place du matériel est primordiale dans les apprentissages.

Ce que Maria Montessori a élaboré de manière intuitive, les neurosciences peuvent désormais le vérifier par l’observation du fonctionnement du cerveau. Ainsi, une approche multi-sensorielle (vue, ouïe, toucher) favorise dans le cerveau de l’apprenant les connexions nécessaires aux apprentissages fondamentaux, tels que la lecture et l’écriture1.

C’est sans doute sur ce point que la pédagogie se distingue de la « neuroéducation », qui désigne les recherches en éducation fondées sur les sciences cognitives. Ainsi, certains aspects de la neuroéducation viennent appuyer des méthodes et procédés connus, ou préconisent des conseils de bon sens que des enseignants expérimentés appliquent de manière intuitive2. On retrouve ici deux approches complémentaires de l’éducation, la première fait appel à des techniques élaborées par la pédagogie et issues de la pratique, les secondes s’appuient sur les résultats de recherches scientifiques3.

En réalité, Maria Montessori s’est elle-même beaucoup inspirée de Seguin et Itard (ce dernier connu pour avoir tenté d’éduquer « l’enfant sauvage de l'Aveyron »), pour mettre au point son matériel didactique qui fait aujourd’hui l’objet d’une vaste diffusion commerciale, alors que Montessori n’est pas une marque et que le matériel ne résume pas la pédagogie Montessori4. On peut donc s’interroger sur la pertinence d’implanter certains aspects de cette pédagogie comme l’utilisation du matériel, tout en délaissant par exemple la posture de l’enseignant, le libre choix de l’enfant, ou la répétition… Autant de restrictions qui peuvent expliquer pourquoi les effets bénéfiques de la « méthode Montessori » ne se réalisent pas quand celle-ci est appliquée de manière partielle5. Il peut manquer ce qui fait l’esprit de la méthode, dont Maria Montessori parle ainsi : « Une autre caractéristique de notre méthode est le respect de la personnalité de l’enfant, à un degré jamais atteint »6.

Pour approfondir

Montessori, Maria (1936). L’enfant. Paris, Desclée de Brouwer, 2016.
Montessori, Maria (1909). Pédagogie scientifique, tome 1. Paris, Desclée de Brouwer, 2004.
Montessori, Maria (1910). Pédagogie scientifique, tome 2. Paris, Desclée de Brouwer, 2007.
Poussin, Charlotte (2017). La pédagogie Montessori. Paris, P.U.F., coll. Que sais-je ?, n°4101.

Pour des pistes concrètes

Voir le site de l’AMF (Association Montessori de France) : <https://www.montessori-france.asso.fr/page/156818-accueil>


1Fournier, Martine (2018). Les grands penseurs de l’éducation. Paris, Sciences Humaines Editions, p.148.
2Fournier, Martine (2012). « Enquête sur la neuropédagogie », Sciences humaines, n°142, octobre 2012.
3Dessus, Philippe ; Gentaz, Edouard (2004). Comprendre les apprentissages : sciences cognitives et éducation. Dunod, pp.1-14. En ligne : <https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01532955/document>
4« Quand « Montessori » devient une marque vie », L’enfant et la vie, 4janvier 2016. En ligne : <https://lenfantetlavie.fr/quand-montessori-devient-une-marque>
5Dénervaud, S; Gentaz, E. (2015). « Les effets de la « méthode Montessori » sur le développement psychologique des enfants : une synthèse des recherche scientifiques quantitatives ». A.N.A.E. n°139, décembre 2015. En ligne : <Montessori-vevey.ch/wp-content/uploads/2017/07/ANAE_Les-effets-de-la-méthode-Montessori.pdf>
6L’enfant. Paris, Desclée de Brouwer, 2016.

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