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Formation intra... et après ?

Temps de lecture : 14 minutes
Formation intra... et après ?

Après une formation intra, comment faire pour entretenir l’impulsion au sein d’une équipe ? Témoignage d’un chef d’établissement qui se confronte au problème depuis plusieurs années…

Nous avons organisé une formation intra. Tout s’est bien passé, l’équipe était contente, les évaluations « à chaud » et « différée » ont été positives, nous avons eu l’impression d’apprendre plein de choses, le formateur était sympa, l’ambiance était bonne, on a bien mangé…

Et après ?
Qu’est-ce que cela va réellement apporter à notre équipe sur le long terme ?
Est-ce que les pratiques dans les classes vont évoluer ?
Comment, quand et pourquoi devons-nous en reparler en équipe lors de concertations ?
En tant que chef d’établissement, j’ai toujours trouvé cela difficile de répondre à ces questions. J’ai tâtonné, parfois renoncé, remis plusieurs fois sur le métier l’ouvrage et… je n’ai toujours pas trouvé la façon de faire idéale. Après six ans d’exercice de la direction, voici que je peux dire…

Accepter de ne pas tout contrôler
En tant que chef d’établissement, on voudrait que tout fonctionne à merveille, et qu’une formation intra réussie débouche sur une réelle modification des pratiques en classe et en équipe.
Cependant, la liberté pédagogique de l’enseignant reste première. La tension entre le collectif et l’individuel est une constante de la vie d’équipe. Si certains enseignants, sur certains sujets, penchent plus vers l’individuel, on ne peut que l’accepter.
De plus, face à un apprentissage, aussi bien conçu soit-il, les enseignants fonctionnent comme les élèves : tous ne retiennent pas tout, tous ne sont pas à même d’appliquer de la même façon, tous n’ont pas le même parcours et les mêmes acquis au départ, tous ne manifestent pas le même enthousiasme… Tout comme en classe on évite de stigmatiser les élèves et de leur renvoyer une image négative de leur travail, en équipe, il serait grave que certains aient l’impression d’être regardés comme de « mauvais élèves ».
Conclusion : en tant que chef d’établissement, si l’on veut continuer à bien dormir, il faut accepter de ne pas tout contrôler ! Ce qui ne veut pas dire que l’on renonce à tout : au contraire, on continue à essayer de donner envie, on essaie d’aborder les choses de façon différente, on n’oublie pas de faire des liens avec d’autres sujets, dans d’autres contextes…

Un truc qui marche : la piqure de rappel pour les nouveaux
De tout ce que j’ai tenté, c’est ce qui s’est avéré le plus efficace.
Notre équipe se renouvelle en permanence, nous accueillons chaque année de nouveaux enseignants et des suppléants. Or, il est difficile de s’appuyer sur une formation continue qu’une partie de l’équipe n’a pas suivie.
Suite à une formation intra sur la conscience pédagogique en maternelle, j’ai proposé à mon équipe d’en refaire une présentation aux nouveaux enseignants l’année suivante. Cela s’est fait dans le cadre d’un conseil de cycle. Cela a été bénéfique aux nouveaux enseignants, mais cela a surtout permis à ceux qui avaient suivi la formation de faire le point :

  • ils ont réactivé leurs connaissances en écoutant de nouveau la présentation,
  • ils ont eu l’occasion de reformuler certaines notions pour répondre aux questions des « nouveaux ».
  • ils ont témoigné de ce qu’ils avaient mis en place, de ce qui avait fonctionné, de ce qui était difficile,
  • ils ont découvert où leurs collègues en étaient
  • ayant déjà un peu expérimenté, certains ont pu poser des questions qui n’avaient pas émergé lors de la formation.

Une enseignante m’a par la suite confié que c’était suite à cette concertation qu’elle s’était lancée, et non à la suite de la formation.
En écrivant cela, je réalise que quelques années ont passé, et qu’il faudrait recommencer car l’équipe s’est de nouveau modifiée…

Échanger sur les pratiques : limites et réussites.
Demander en concertation : « Où en êtes-vous ? », « Est-ce que vous avez changé quelque chose en classe suite à la formation ? » peut déboucher sur un grand moment de solitude… Cela peut aussi être vécu comme agressif par des enseignants qui n’ont pas (encore ?) fait évoluer leurs pratiques, ou qui n’ont pas assez avancé dans leur travail se sentir prêt à en parler.
Proposer un travail en petits groupes autour d’une production concrète peut être plus efficace – mais là encore, rien n’est gagné !
J’en ai fait l’expérience lorsque, suite à une journée « Initiation aux neurosciences », très appréciée des enseignants, je leur ai proposé de rédiger en petits groupes des affirmations sur le modèle suivant « Nous avons compris que… donc en classe nous pouvons essayer de…. », ce qui aurait pu déboucher sur l’écriture d’une sorte de « charte des neurosciences ». Cela n’a pas du tout fonctionné ! Aucun groupe n’a rien rédigé. Grosse déception !!! Cependant, lors de la mise en commun, il s’est avéré que tous les groupes avaient parlé des neurosciences. J’ai noté tout ce qui s’est dit, et en relisant tout à la fin, nous avons constaté que pas mal de choses pouvaient être remises en forme selon la formulation que j’avais initialement proposée. J’ai fait moi-même ce travail, et lors de la concertation suivante j’ai demandé aux enseignants de relire ma production pour la corriger et la compléter.
Nous avons donc notre document… Il a l’avantage d’être le fruit d’un travail commun. Il peut être relu régulièrement, ce qui est une forme de réactivation. Cependant, cela il ne garantit pas le changement de posture en classe - il est d’ailleurs présenté comme une liste de pistes, de possibles : « En classe, nous pouvons essayer de… ».

Faire du lien
Lors de concertations, de formations, de conseils de classes, j’essaie de verbaliser les liens entre ce que nous avions découvert en formation et les sujets à l’ordre du jour. Lien entre la formation et ce que nous allons mettre en place pour la journée de la fraternité, lien entre la formation et le projet d’établissement, lien entre une formation passée et une nouvelle formation, lien entre ce qui a été dit en formation et la situation d’un élève… Parfois, ce sont les enseignants eux-mêmes qui verbalisent ces liens. Difficile d’évaluer l’efficacité de cette façon de faire… elle contribue au moins à ce que le sujet reste d’actualité.

Créer des conditions favorables
Parfois, les conditions matérielles ne sont pas favorables à la mise en œuvre de ce qui a été découvert en formation. Les enseignants peuvent avoir besoin :

  • de nouveau matériel
  • de salles disponibles
  • d’une nouvelle organisation permettant de prendre les élèves en petit groupes, permettant de décloisonner ou permettant à deux ou plusieurs classes de travailler ensemble, etc.
  • de temps de travail en équipe, en cycle ou par niveau, ce qui demande d’adapter le planning des 108 h.

En tant que chef d’établissement, j’essaie d’être facilitateur, dans la mesure des contraintes qui nous sont imposées (nous manquons de salles !). Il me semble également important que les enseignants sachent dans quel cadre et comment ils peuvent exprimer leurs besoins.

Continuer à alimenter la culture commune
Suite à une formation intra, j’essaie de proposer des éléments nouveaux sur le même sujet :

  • Ouvrages disponibles au prêt présentés en concertation.
  • Publications de l’enseignement catholique
  • Articles de revues pédagogiques (ou de sitEColes !) envoyés par mail à toute l’équipe.
  • Liens vers des sites, des vidéos…

Récemment, certains enseignants ont eux aussi envoyé à toute l’équipe des liens vers des sites pertinents. Bien sûr, il n’est pas garanti que tout le monde lira tout, mais cela contribue à ce que le sujet reste d’actualité et s’ancre dans la culture commune.

S’appuyer sur une autre équipe
Cette année, nous allons suivre une formation intra sur la pédagogie collaborative. Une collègue chef d’établissement a déjà suivi cette formation avec son équipe il y a deux ans, et elle aimerait que ses enseignants puissent faire un partage d’expériences avec une autre équipe. Cela pourrait être une piste… on verra bien !

Commentaires (1)

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GUESDON MARTINE (CE D) a écrit...
Merci pour cet article! ça rassure et ça donne des idées!
7 Mars 2018 11:30
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