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Entretien avec les parents : Comment l’aborder ?  

Temps de lecture : 22 minutes
Entretien avec les parents : Comment l’aborder ?  

À l’école Saint Martin de Mayenne, l’entretien avec les parents est un sujet de réflexion. Voici la 2ème étape du travail en cours. En  équipe, nous cherchons la logique qui peut nous orienter quand nous nous adressons aux parents. 

L’entretien est une entrevue. Parents et enseignants se voient pour parler de l’enfant qu’ils côtoient tour à tour. Comme toute relation humaine, elle commence du côté de l’imaginaire, là où chacun se fait une idée de l’autre qui se présente. Dans ce jeu de miroir et d’impression inaugural, quel reflet de l’enseignant perçoivent les parents ? L’image de celui qui sait et contrôle ? L’image de celui qui écoute et cherche avec eux ? À l’école Saint-Martin, nous voulons développer une logique d’alliance. Avec l’appui du psychologue de la DEC53, nous avons essayé de la penser. 

Logique de contrôle. 
L’enseignant tient à garder la main sur le déroulement et le contenu de l’entretien.  

  • L’enseignant insiste. 
    Il veut, par exemple, obtenir la présence des deux parents. Deux raisons objectives sont avancées : les mères viennent plus souvent que les pères, l’entretien s’avère plus riche. Pour autant, ne faut-il pas se limiter à souhaiter l’échange avec les deux parents ? Notre travail ne consiste-t-il pas à nous adapter à la donne ? Chaque parent a une histoire (personnelle, scolaire), une manière de s’exprimer, une façon d’être dans la relation, des questions, préoccupations ou projections. Rien n’interdit d’interroger l’absence de l’autre parent. Est-elle liée à un empêchement ou voulue ? Et si on laissait  les parents venir comme ils sont ? Il n’y a pas de réponse définitive à cette question qui fait débat dans l’équipe.
     
  • L’enseignant dirige. 
    Les parents sont quelquefois invités à remplir des grilles pour baliser et mener la discussion. Des contrats à signer voudraient cadrer le travail de l’élève. Pendant l’entretien, l’enseignant parle le premier. Il communique sur l’enfant. Il dit ce qu’il sait de l’élève. Son objectif est de faire passer un message aux parents. L’enseignant prend le pouvoir, mais sans doute de façon illusoire. Rien ne dit que les parents soient prêts à l’entendre. Faire alliance sous le contrôle de l’enseignant, est-ce encore de l’alliance ? 

Logique d’alliance
Parce qu’il cherche du savoir à acquérir chez son interlocuteur, l’enseignant respecte le temps logique du parent. Le partenariat souhaité suppose du temps et des étapes :

  • Accueillir 
    Entrer en contact avec les parents est une priorité qui passe par une position équilibrée dans l’échange. Comment la caractériser ?

Ni jugement ni indifférence. 
Avec des parents sensibles au regard de l’autre, les premiers entretiens ont parfois une simple visée d’apprivoisement. La plupart du temps, les parents font ce qu’ils peuvent avec leur enfant. La collaboration ultérieure ne sera envisageable, du point de vue du parent, que s’il a senti, de la part de l’enseignant, un minimum d’attention. 

Entre l’enfant et l’élève. 
Offrir d’emblée la parole aux parents permet de recueillir leurs évocations liées à la scolarité de leur enfant. Partir de ce qui leur vient spontanément fait circuler la parole. Ainsi, l’enfant n’est pas d’emblée réduit à l’image fixe de l’élève qu’il est quelquefois. Parents et enseignants ont à apprendre les uns des autres, à construire ensemble une représentation nouvelle de l’enfant, de sa façon d’aller à l’école et – plus largement – de sa façon d’avancer dans la vie. 

Avec recul, sans confusion. 
L’enseignant est parfois en difficulté avec un enfant qu’il ne supporte plus ou avec qui il n’y a pas de dialogue. De ce fait, il risque de ne pas pouvoir en parler sereinement ou suffisamment. Au moment de l’entretien avec les parents, ça peut se traduire par de l’agressivité ou une trop grande distance. L’acte professionnel judicieux consisterait à travailler la situation de l’élève, au préalable, avec un autre disponible (collègue, chef d’établissement, enseignant spécialisé, psychologue).  

  • Écouter
    En se présentant comme n’ayant pas tout le savoir sur l’élève, l’enseignant laisse une place aux parents. Il pense qu’ils ont un savoir tout aussi précieux que le sien, un savoir qui lui manque, qu’il ne peut pas avoir. Ce n’est pas lui qui a attendu l’enfant et qui a essayé de l’éduquer en premier. Ce n’est pas lui qui est confronté, chaque jour, à ce qui va et ce qui ne pas dans sa vie extra-scolaire. Ecouter est un acte qui implique quelques savoir-faire :

Préciser. 
Dans les énoncés des parents, les formules toute faites, les phrases inachevées ou encore les détails anodins ne sont pas à ignorer. Ils masquent souvent des informations précieuses au sujet de l’enfant que le discours maîtrisé ne dit pas. S’y arrêter permet aux parents d’en dire plus (ou pas). 

Reformuler. 
Essayer de résumer en quelques mots ce que disent les parents est une manière de leur signaler qu’on entend ce qu’ils expriment. C’est précieux quand ils témoignent de difficultés ou impasses dans la relation éducative. Le fait que ça passe par l’enseignant humanise ce qu’ils vivent. Cette posture peut les aider à se décaler de postures radicales avec leur enfant (repli, rejet, abandon), à renouer avec une idée d’eux en tant que parents plus valorisante.  

Ne pas savoir. 
En général, l’élève présente toujours une part d’inconnue pour ses parents et ses enseignants. Si chacun des interlocuteurs savait tout de l’enfant, pourquoi faudrait-il qu’ils se rencontrent pour en parler ? Ne pas interpréter trop vite les attitudes ou les productions de l’enfant soutient ainsi les parents dans leur questionnement. La conversation serait vite close si elle s’arrêtait aux besoins supposés de l’élève. L’enjeu n’est-il pas, au fond, de maintenir quelque chose du désir des parents vis-à-vis de leur enfant, de sa scolarité, de son avenir ? Au-delà de leurs satisfecit ou plaintes, ne faudrait-il pas s’intéresser à ce qu’ils demandent ? Qu’est-ce qu’ils attendent pour eux et/ou pour leur enfant ? Qu’est-ce qu’ils attendent de l’école et/ou de leur enfant à l’école ? 

Partager. 
Toujours plus complexe qu’il n’y paraît, la situation d’un élève gagne à être éclairée par d’autres points de vue, ceux des absents en l’occurrence : l’autre parent, un collègue, l’enfant lui-même. Comment faire une place à la parole de ce dernier ? Comment faire en sorte que l’élève ne soit pas l’objet du discours, mais le sujet du discours ? Une dérive est possible : parler de lui, en le réduisant à ses productions, des types de réussites ou de difficultés. Admettre qu’il puisse parler pour son propre compte, c’est penser qu’il a un savoir à transmettre. Il n’est jamais aisé pour un enfant de s’exprimer au milieu des adultes réunis. En revanche, il est possible de se faire son porte-parole, dans la mesure où on a pris le temps d’échanger avec lui avant la rencontre. Qu’est-ce qu’il a à dire lui de sa vie à l’école, avec les autres et dans les apprentissages ? Qu’est-ce qu’il veut que ses parents sachent ? Qu’est-ce qu’il demande ?  

  • Questionner 
    L’enseignant ne transmet pas tant une information sur l’élève que son propre questionnement au sujet de cet élève. La différence est importante : son discours ne se résume pas à une communication faite aux parents, il ouvre à un dialogue avec eux. 

Le questionnement de l’enseignant peut relever : 
• du général, quand il traite de l’adaptation scolaire de l’élève. 
Comment s’inscrit-il dans le groupe ? Où le situe sa progression individuelle ? Quelle projection vers l’avenir est envisageable ? Quelles nouvelles questions apparaissent ? Les réponses sont référées aux possibilités offertes par le cadre commun (organisation pédagogique de la classe et de l’école, règles de vie à l’école, fonctionnement de la classe, dispositifs pédagogiques, programmes et procédures du système éducatif).

• du particulier, quand il traite de la situation de l’enfant. 
Exemples : Que penser de son attitude agressive vis-à-vis des autres ou de son évitement des activités de réflexion ou encore de son refus de faire ses leçons ? Les réponses s’inventent au cas par cas, dans et hors de l’école. Est-ce une question partagée par l’école et la famille ? Est-ce une question pour les parents ou pas ? Quelle serait la manière de faire avec l’enfant ? Quelles aides pourraient être envisagées ?  

  • Élaborer
    Répétons-le, le premier écueil à éviter est le savoir trop sûr de l’enseignant. 
    Recouvrir les réussites ou les difficultés d’une étiquette revient à ramener l’enfant (ce qu’il est, avec son nom propre) à un nom commun (une catégorie). Etre certain de ce qui se passe pour lui et de ce qu’il lui faut (ses besoins, les outils) empêche de penser la situation (avec les parents, avec l’enfant). Pour pouvoir élaborer des réponses avec les parents, sans doute faut-il que l’enseignant se limite à décrire les réalisations de l’élève et la manière de faire qu’il essaie de mettre en place. Il s’agit de raconter la situation pédagogique vécue avec lui, d’en témoigner avec des exemples. 

Le second écueil peut se trouver chez les parents, quand leur discours prend des formes peu propices à l’échange.

La certitude. 
Trop près de l’idée qu’ils se font des choses et des autres (de leur enfant, du maître), des parents peuvent se sentir un peu persécutés par le discours de l’enseignant sur leur enfant. Ils peuvent penser que l’école ne les traite pas bien, eux et leur enfant. Le repérage de contradictions énoncées par les parents permet parfois d’instiller du doute dans leurs affirmations. 

L’envahissement. 
Certains parents ont un usage peu ponctué de la parole. Leurs évocations s’enchaînent rapidement et les digressions sont fréquentes. Est-ce une manière (défensive) de ne rien vouloir entendre ? Le rôle de l’enseignant se résume à contenir le discours du parent, à le résumer (« Voilà ce que vous dites : … »). 

Le retrait. 
Des parents reçoivent les demandes de rendez-vous à l’école comme des convocations. Ils s’y sentent insécurisés et s’attachent surtout à faire bonne figure. Au mieux, ils viennent s’informer de la situation de leur enfant à l’école. C’est un minium que l’école devrait savoir respecter. Au pire, ils signalent que la situation scolaire de leur enfant n’est rien pour eux. C’est une alerte pour l’école qui mesure que l’enfant peut être laissé tomber. 
Le travail sur l’appréciation scolaire nous a déjà appris que la rencontre avec les parents pouvait s’établir sur des bases différentes. 

  • Décider
    Il faut se donner un temps raisonnable – donc limité – pour parler avec les parents. Au-delà de trois quart d’heure, on commence à se répéter. C’est souvent le signal de l’arrêt, le moment de conclure, de poser un acte ou plusieurs, d’être pragmatique et d’engager son désir : décider de se revoir en fixant une échéance, décider de modifier ou lâcher une façon de faire avec l’enfant. C’est le moment d’essayer de trouver ensemble la meilleure façon d’accompagner séparément l’élève. 

Conclusion
La société a évolué et l’enseignant n’est plus tout-à-fait un maître. Dans l’idée d’établir une relation de confiance avec les parents et pouvoir faire avec eux, il doit apprendre à se défaire du personnage qui saurait tout ou trop. 
Comment se positionner comme partenaire des parents dans le travail avec l’enfant ? Quelques verbes-clés – accueillir, écouter, questionner, élaborer, décider – sont autant de pistes à explorer dans le cours des entretiens. Cette façon de s’adresser aux parents s’ancre dans l’informel de la rencontre et se développe au moment de penser ce que chacun peut faire de son côté.
« Il y a un génie dans les parents, dans les enfants eux-mêmes. » Roger Ferreri


© Crédit image : Adobe stock - Alexsokolov

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