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Et si nous arrêtions de nous comporter comme des gamins capricieux ?

Temps de lecture : 9 minutes
Et si nous arrêtions de nous comporter comme des gamins capricieux ?

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 7,31-35, 22 septembre 2017

En ce temps-là, Jésus disait à la foule : « À qui donc vais-je comparer les gens de cette génération ? À qui ressemblent-ils ?
Ils ressemblent à des gamins assis sur la place, qui s’interpellent en disant : "Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé. Nous avons chanté des lamentations, et vous n’avez pas pleuré."
Jean le Baptiste est venu, en effet ; il ne mange pas de pain, il ne boit pas de vin, et vous dites : "C’est un possédé !"
Le Fils de l’homme est venu ; il mange et il boit, et vous dites : "Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs."
Mais, par tous ses enfants, la sagesse de Dieu a été reconnue juste. »

Le regard de sitEColes

Au chapitre 7 de l’Evangile de Luc, Jésus manifeste sa puissance. Il guérit l’esclave du centurion (Luc, 7, 1-10), il ressuscite le fils de la veuve de Naïm (Luc, 7, 11-17). Puis les disciples de Jean le Baptiste, emprisonné, le rencontrent pour l’interroger sur son identité : « Es-tu celui qui doit venir ? » (Luc, 7, 20). Jésus leur répond en décrivant les fruits de son action, conforme au programme qu’il avait formulé dans la synagogue de Nazareth. (Voir la méditation précédente « Jésus fait sa rentrée », Luc, 4, 16-30). « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » (Luc, 7, 22). Pourtant, les gestes de Jésus et les signes donnés ne convainquent pas tout le monde ! Si le peuple et les publicains – les collecteurs d’impôt- se laissent convertir, pharisiens et docteurs de la Loi résistent.

C’est alors que Jésus décrit ses contemporains, de façon un peu malicieuse : « Ils ressemblent à des gamins assis sur la place, qui s’interpellent en disant : Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé. Nous avons chanté des lamentations, et vous n’avez pas pleuré. ». Mais cela ne concerne pas que la génération de Jésus. Nous sommes aussi concernés ! Certains proposent de jouer à la noce, mais les autres n’ont pas envie. Même échec, lorsqu’il est proposé de « jouer aux funérailles » ... Et nous-mêmes, sommes-nous ouverts aux propositions, aux invitations de notre entourage, ou choisissons-nous plutôt de n’en faire qu’à notre tête, et de vouloir soumettre les autres à nos propres projets ?

Puis Jésus souligne les contradictions dans les difficultés pour accueillir Jean le Baptiste, et lui-même Jésus. L’austérité, l’ascétisme du premier le conduisent à être traité de « possédé ». A contrario, lorsque Jésus partage les repas qu’on lui offre et s’assoit aux tables qu’on lui ouvre, il est accusé d’être « un glouton » ...On le voit, les contemporains de Jésus – comme nous-mêmes sans doute- jugent sur les apparences, attentifs à un comportement isolé, hâtivement jugé sans en réfléchir le sens. Le jugement est porté au nom d’une normalité : il faut se nourrir, ni trop, ni trop peu. Et surtout, il ne faut pas s’asseoir à la table de n’importe qui !

Ce qui est en cause, ici, c’est bien sûr l’accueil de Jésus, à découvrir comme Messie et Fils de Dieu. Peut-être avons-nous encore, comme les Pharisiens et les Docteurs de la Loi, une représentation de Dieu, que les gestes et les paroles de Jésus viennent mettre à l’épreuve. Sommes-nous prêts à nous laisser déplacer, « convertir » au sens propre. C’est-à-dire à nous tourner, nous « retourner » vers Dieu tel qu’il est, tel qu’il se révèle et non tel que nous l’imaginons, tel que nous le rêvons, tel que nous le construisons, pour qu’il soit « à notre main » ...Sommes-nous disponibles dans notre foi, pour nous laisser conduire par celui qui est « chemin, vérité et vie ». (Jean, 14,6) ? Nous devons rester des chercheurs de Dieu, en marche, prêts à aller sur des chemins nouveaux et inattendus.

Et à l'école ?        

Au-delà de cette portée théologique, nous pouvons aussi accueillir ce texte dans sa dimension anthropologique, pour discerner sur notre façon d’être en relation. Comment nous situons-nous face à nos enfants, nos élèves, nos collègues ? Sommes-nous attentifs à leurs désirs, à leurs projets, ou cherchons-nous à les faire entrer coûte que coûte dans nos propres vues ? Et quel regard portons-nous sur les autres ? Jugeons-nous leurs comportements, à partir de nos propres habitudes, à l’aune de ce que nous considérons comme « normal », ou sommes-nous prêts à accueillir leur façon d’être propre, leur originalité ? Cherchons-nous à les comprendre, plutôt qu’à les juger ?

Le jeu n’est ici qu’une image. Ce qui est en cause, c’est notre capacité d’être attentif à ce qui habite profondément l’autre, à ce qui le meut, intimement, au moment où nous le rencontrons. Dans le corps – pour nous dans la communauté éducative-  dit Saint Paul, « si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie. » (Première Epître aux Corinthiens, 12,26)

Pouvons-nous choisir, plutôt que d’être des gamins capricieux, l’attention et la sollicitude pour autrui ?  C’est un chemin qui nous ouvre à la croissance vraie promise aux enfants. C’est le chemin, qui dans la foi, nous permet de nous ajuster à « la sagesse de Dieu. »

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