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Ne pas confondre LSU et évaluation

Temps de lecture : 23 minutes
Ne pas confondre LSU et évaluation

La question de l’évaluation abordée actuellement porte bien souvent sur l’unique LSU. Pourtant l’évaluation concerne la démarche et l’outil LSU . Comment parler d’évaluation sans se faire enfermer dans le LSU ? Comment aborder le LSU sans oublier l’évaluation ? 

« Il ne faudrait pas que la découverte et l’usage de l’outil numérique occultent les enjeux principaux liés à l’évaluation » document éducation nationale
Nous vous proposons une stratégie de travail en équipe autour de l’évaluation et quelques principes permettant de choisir l’outil qui complète le LSU.

1. Parler d’évaluation en équipe c’est …

A.  Avant tout se mettre d’accord.
L’évaluation vise à améliorer l’apprentissage. Avant d’être le moyen de certifier d’une acquisition, elle permet à l’enseignant d’accompagner chaque élève dans sa progression, de rendre compte des réussites, des difficultés, des besoins. Les modalités d’évaluation évoluent. Il s’agit de privilégier les progrès, les acquis de chacun plutôt que la norme. Les pratiques mises en œuvre, les outils utilisés contribuent à la motivation au développement de la confiance et encouragent les initiatives des élèves.
« L’enseignant s’attache à mettre en valeur, au-delà du résultat obtenu, le cheminement de l’enfant et les progrès qu’il fait par rapport à lui-même. Il permet à chacun d’identifier ses réussites, d’en garder des traces, de percevoir leur évolution. Il est attentif à ce que l’enfant peut faire seul, avec son soutien… » Programmes de cycle 1
Il ne s’agit pas de définir une pensée unique qui serait celle de l’école. Il s’agit de trouver un consensus entre enseignants afin que l’outil de suivi, représenté par le LSU, puisse s’appuyer sur des pratiques cohérentes. Est-ce que les enseignants sont d’accord sur la place de l’évaluation dans l’apprentissage ? Sur le rôle de l’élève dans l’évaluation ? Sur la place de l’erreur ? Sur la collaboration des élèves pendant l’évaluation ? Sur l’évaluation différenciée ? …
Exemples de pratiques à débattre : un élève est évalué quand il se sent prêt ; plusieurs réussites sont nécessaires avant d’attester d’une acquisition ; un élève peut réussir avec de l’aide ou en utilisant un outil…..

B. Apprendre et évaluer avant de remplir le LSU.
Il est inutile de rappeler que l’évaluation fait partie de l’apprentissage.
Pour apprendre, il faut se regarder faire, il faut s’appuyer sur ce qu’on connait et percevoir ce qui manque. Il faut recommencer pour mieux faire ou réviser pour améliorer. 
Pour se lancer dans un travail, il faut avoir une idée de ce qu’on veut obtenir, du chemin à emprunter et des manques à combler... 
« L'évaluation, tournée vers les élèves dans une visée essentiellement formative, accompagne les apprentissages, qui se fondent sur des propositions ouvertes favorisant la diversité des réponses. » programme de cycle 2
Il faut donc qu’il existe en classe un outil qui permette de laisser une trace de son travail, de répertorier les savoirs acquis, d’indiquer les progrès et ce qui reste à faire. 
Cet outil, peut prendre la forme d’un cahier de réussites, d’un portfolio* … Il est construit avec l’élève, il accompagne l’apprentissage. Il peut être réfléchi en équipe pour suivre l’élève dans le cycle ou d’un cycle à l’autre.

C. Apprendre aux élèves à s’évaluer.
En classe, les deux tâches de production et d’évaluation sont bien souvent séparées. L’élève produit, l’enseignant évalue. Et pourtant, le regard de l’élève sur l’exercice, son retour sur le travail, l’évaluation de sa réussite sont des capacités à développer aussi importantes que la production. Il faut aider les élèves à prendre « en compte les critères d'évaluation explicites élaborés collectivement » mettre en place les « conditions d'un travail collectif : concentration, écoute, respect, autoévaluation » leur permettre « d’utiliser des outils numériques pour observer, évaluer et modifier leurs actions. »programme du cycle 3
Qu’attend-on d’un élève de maternelle qui commente son travail ? Que demander à un élève de cycle 2 qui s’évalue ? Quel outil un élève de cycle 3 utilise-t-il pour s’évaluer ? 
Il est nécessaire de se questionner en équipe sur cet apprentissage et l’organiser pour que, dans chaque classe, les élèves construisent des outils d’évaluation, co évaluent, s’auto évaluent pour devenir de plus en plus autonomes et capables avant de « rendre » leur travail, de le relire, le corriger, le faire évoluer, le commenter…

2. Compléter le LSU 
« le livret scolaire doit permettre de rendre compte aux familles, aux élèves ainsi qu’aux équipes pédagogiques des années suivantes de l’essentiel de ce qu’il faut retenir du parcours scolaire de l’élève pour suivre de façon efficace ses acquis scolaires, et ce dans toutes leurs dimensions. » document éducation nationale 

A. Application numérique
 Aujourd’hui les équipes ont l’obligation de renseigner le LSU. Deux nouveautés apparaissent de façon manifeste. 

  • L’outil est numérique et si quelques écoles utilisaient déjà une application sur internet ou un tableur pour élaborer leur livret d’évaluation, beaucoup se satisfaisaient du papier et devront s’habituer à ce nouvel outil.  
  • L’outil est unique. L’organisation par Domaines d’enseignement, les rubriques (Principaux éléments du programme travaillés, Acquisitions, progrès et difficultés), l’échelle de performance de 4 niveaux (Non atteints, Partiellement atteints, atteints, Dépassés), les rubriques (parcours, Modalités spécifiques d’accompagnement, …) le bilan de fin de cycle… Toutes ces parties sont données et obligatoires.

Le choix est laissé aux équipes d’utiliser l’application numérique du ministère ou une application privée lorsque celle-ci a reçu l’habilitation du MEN. La liste des applications validées est mise à jour régulièrement. 
Chacune de ces applications propose des modalités de saisies différentes et le choix reste de la responsabilité des équipes.
Le LSU est adapté à l’évolution de l’évaluation. Les applications validées permettent de compléter toutes les rubriques du LSU. Mais Il est nécessaire de garder un regard critique sur certaines fonctions proposées par ces applications et qui renvoient à des modalités d’évaluation non adaptées aux orientations actuelles définies en début de cet article. 
Quelles sont les points de vigilance ?

B. Vigilance
Fonctions prévues dans le LSU, nécessaires pour agir dans le sens des orientations ou  fonctions superflues et parfois contraires aux orientations, les applications proposées sur le marché, disponibles par le net ne sont pas toujours en cohérence avec les nouvelles logiques. 
Avant de choisir, il est intéressant de se poser quelques questions qui dépassent celles du coût ou de la simplicité d’utilisation pour, d’une part, favoriser la rénovation de l’évaluation  et, d’autre part, éviter que la machine prenne le pas sur le pédagogue et décide pour lui. (Vu sur un site : …par exemple, un savoir-faire identifié comme « acquis » à une première évaluation puis « non acquis » lors d'une évaluation suivante sera noté « en cours d'acquisition » sur le livret…)

  • L’application permet-elle de garder les notes ? Est-ce nécessaire ?
    Peu d’école ont encore des notes. Il arrive que ce mode d’évaluation persiste encore en cycle 3 dès le CM1. Avec le LSU, dans le 1er degré, le positionnement par « objectifs d'apprentissage » est obligatoire. Les notes lorsqu’elles sont encore utilisées, ne devraient arriver qu’au collège.
    L’évaluation porte donc sur les commentaires concernant les éléments du programme travaillés et le positionnement sur une échelle descriptive à 4 échelons.
     
  • L’application permet-elle de faire des moyennes ? Est-ce nécessaire ?
    Certaines applications permettent encore de mettre des notes et, puisque le calcul est possible, de sortir des moyennes. La moyenne pour de multiples raisons n’est pas un outil pédagogique. 
    Aujourd’hui, il est question de distinguer les apprentissages pour permettre de dire ce qui est acquis ou ce qui ne l’est pas encore. Il est demandé de ne pas compter sur une discipline pour rattraper une autre. 
    Avec la moyenne, les informations intelligibles disparaissent pour ne laisser qu’une indication de niveau dont le sens est souvent équivoque quand il n’est pas opaque.
    Proposer de calculer la moyenne c’est favoriser l’utilisation d’un outil archaïque. Ne pas le proposer c’est favoriser la réflexion à propos d’une communication claire et intelligible.
     
  • Propose-t-elle de paramétrer un récapitulatif d’année qui permet d’obtenir un niveau de validation automatique, de rapprocher différentes évaluations pour les combiner et donner une vision d’ensemble ? Est-ce nécessaire ?
    S’il existe, un paramétrage qui permet cela est en contradiction complète avec la nouvelle approche de l'évaluation. Une application saura-t-elle associer les résultats d’évaluations différentes pour en tirer un résultat global, sûr et déterminé ? Saura-t-elle distinguer l’essentiel du secondaire ? 
    Un élève peut savoir rédiger un texte mais avoir du mal avec les accords. Il peut savoir résoudre un problème mais utiliser la calculatrice pour les opérations. Au contraire, il peut connaitre les graphies des sons étudiés mais ne pas savoir rédiger une phrase. Un récapitulatif d’année élaboré par l’application nivèle les résultats, les confond. 
    D’autre part, le bilan de fin de cycle est décidé par le conseil des maitres du cycle qui s’appuie sur ce qu’il connait de l’élève et pas seulement sur des résultats dont la plupart sont provisoires puisqu’obtenus en cours d’apprentissage. Il présente le niveau de maîtrise des compétences atteint à un moment donné, en particulier à la fin du cycle. Il n’est pas la moyenne des résultats du cycle mais l’aboutissement du travail du cycle. 
     
  • Permet-elle de faire évoluer son évaluation ? Est-ce nécessaire ?
    Vu sur des sites de certaines applications « Ne changez pas vos habitudes d'évaluation : vous pouvez noter les élèves, les évaluer avec des couleurs ou des lettres et avec votre propre échelle… Le maître choisit son système de notation parmi 6 systèmes prédéfinis… Le maître peut renseigner plusieurs résultats d'évaluation, (...). Le logiciel calculera le score moyen obtenu par l'élève … Les enseignants qui utilisent des notes peuvent également calculer des moyennes,...  … Dans le livret de l'élève (conforme au modèle national 2016) ainsi que dans le bilan des acquis de fin de cycle, les notations sont traduites automatiquement selon les dénominations officielles… »
    Le LSU n’est qu’un outil. On le sait. Mais il s’est accompagné d’une volonté forte de faire évoluer les pratiques d’évaluation, les outils utilisés, le rôle de l’élève, la fonction de l’évaluation plus formative que normative.
    Depuis le temps qu’on parle de faire évoluer l’évaluation, chacun sait combien c’est difficile. Difficile de se mettre d’accord. Difficile d’expliquer aux parents les changements. Difficile de ne pas revenir en arrière … et pourtant l’évolution avance et de nombreuses améliorations ont vu le jour. 
    Suite à la « Conférence nationale sur l’évaluation » qui a précédé la mise en place du LSU, le jury a fait des recommandations dès 2015 pour permettre.  
    1- Que l’évaluation encourage tous les élèves, quel que soit leur niveau et leur environnement, à vouloir progresser et à développer toutes leurs potentialités
    2- Que l’évaluation permette aux élèves, y compris à ceux qui sont les moins à l’aise, de se projeter de façon plus confiante dans leur futur parcours scolaire, au lieu qu’elle soit ressentie comme la formalisation précoce et définitive d’une prédestination.
    Proposer une application qui permet de « remplir » le LSU en évitant d’interroger ses pratiques et l’effet de ses pratiques est très regrettable
    Si une telle application est choisie, il est fondamental qu’en équipe soit décidé des options choisies en cohérence avec la volonté d’évolution.  

Aujourd’hui de nombreuses applications ont été validées par le ministère. Elles répondent à certains critères notamment celui de permettre l’export de leur livret sur l’application nationale. Mais toutes ne répondent pas à la volonté de la refondation de l’école « Les modalités de la notation des élèves doivent évoluer pour éviter une « notation-sanction » à faible valeur pédagogique et privilégier une évaluation positive, simple et lisible, valorisant les progrès, encourageant les initiatives et compréhensible par les familles. En tout état de cause, l’évaluation doit permettre de mesurer le degré d’acquisition des connaissances et des compétences… ». Le choix de l’équipe ne doit pas faire oublier ces principes.

Voir le rapport du jury.

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