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Dix bonnes raisons de ne plus calculer les moyennes

Temps de lecture : 15 minutes
Dix bonnes raisons de ne plus calculer les moyennes

Pourquoi utilise-t-on encore ce calcul qui consiste à associer tous les résultats d’une discipline ou d’une période quand ce n’est pas des deux ? Qu’espère-t-on tirer du résultat de ce calcul savant ? Le calcul de la moyenne n’est pas un outil pédagogique. Voilà dix raisons de se passer de la moyenne.

Beaucoup d’écoles ont encore des notes. Le cycle 3 amène les enseignants de CM1 et CM2 à travailler avec les enseignants de 6ème qui notent leurs élèves. Certains se posent la question d’habituer leurs élèves dès le début du cycle 3 pour qu’ils ne soient pas trop troublés en arrivant au collège. 
Beaucoup d’articles ont été écrits à propos de l’utilisation de la note pour l’évaluation des apprentissages à l’école. Plutôt que revenir sur cette question, cet article propose en quelques lignes de tirer un trait définitif sur le calcul de la moyenne et donne dix raisons de se passer de la moyenne.

  1. La moyenne cache ce que sait ou ne sait pas un élève.  En dessous de 10/20,  la moyenne informe qu’à priori il sait moins de choses qu’il n’en ignore. Au-dessus de 10/20 c’est le contraire. Mais que sait-il ? Nous l’ignorons.
     
  2. La moyenne ne tient pas compte de ce qui est évalué. La moyenne en général associe toutes les notes pour n’en sortir qu’une seule. Mais sur une période, certaines évaluations concernent des savoirs, d’autres des tâches complexes. Certaines évaluations associent les deux. Il arrive même que des points soient attribués à la présentation, d’autres à la présence ou nom de matériel. Il peut même y avoir un zéro pour travail non rendu … Quel sens a alors la moyenne qui mélange toutes ces informations pour n’en faire qu’une seule ?
     
  3. La moyenne est une somme sans unités possible. Depuis que les élèves ont appris à calculer une somme, leur enseignant leur répète qu’on n’additionne pas des objets différents. Cinq  carottes plus trois voitures égales huit … huit quoi ? Que deviennent quinze litres plus dix-sept mètres ? et pourtant, ces mêmes enseignants continuent d’additionner 18 en EPS, 10 en math et 11 en français … pour obtenir quoi ? une  moyenne ? La moyenne est donc la technique de calcul, le résultat et l’unité mais ne dit pas ce qu’elle calcule.
     
  4. La moyenne efface les différences. Que peut-on dire de ces quatre élèves ?
    a. L’un a 18 en Histoire Géo, 4 en math, 11 en français
    b. L’autre a 4 en Histoire Géo, 15 en math, 14 en français
    c. Le troisième a 11 en Histoire Géo, 11 en math, 11 en français
    d. Le quatrième a 14 en Histoire Géo, 16 en math, 3 en français
    Ils ont tous 11 de moyenne. Et pourtant chacun n’a pas les mêmes besoins ? La moyenne semble atténuer les difficultés avec les réussites. C’est le contraire de ce que propose le socle commun qui affirme que chaque domaine est aussi important qu’un autre et qu’aucun ne peut compenser l’autre.
     
  5. La moyenne supprime la progression. Par nature la moyenne doit être calculée avec plusieurs notes. Lorsque ces notes sont obtenues pendant une période donnée, la moyenne est le résultat final. Mais une fois de plus ce résultat néglige une information essentielle. L’élève a-t-il progressé, stagné ou décliné ? 
    Trois élèves qui ont comme note : 5-10-15 pour le premier, 10-10-10 pour le deuxième et 15-10-5 pour le troisième ; ont tous les trois la même moyenne de 10. Mais il est clair que leur progression est différente et si le premier élève peut être satisfait de ses progrès, il y a du souci à se faire pour le troisième élève.
     
  6. La moyenne interdit l’erreur. À quoi servirait l’école si tous les élèves savaient. Et pourtant l’école demande aux élèves de ne pas se tromper. En effet, un élève qui n’a rien compris lors d’un premier devoir mais tout compris au deuxième devoir peut avoir eu : 0/20 et 20/20. La moyenne lui rappellera que s’il sait aujourd’hui il faut se souvenir qu’avant il ne savait pas ! Un élève qui réussit ces derniers travaux montre qu’il a compris. Il est inutile de lui rappeler qu’il n’a pas su faire les première fois. 
    Comme le recommande le jury suite à la conférence sur l’évaluation « Si un élève réalise une mauvaise « entrée en matière », celle-ci ne devrait pas peser sur l’évaluation finale de ses acquis des lors qu’il finit par parfaitement atteindre les objectifs qui lui avaient été assignés. »
     
  7. La moyenne déjoue la réussite. En effet, comme le point précédent le montre, la moyenne rappelle ses erreurs à l’élève. Cela a comme conséquence fâcheuse qu’il ne pourra pas montrer qu’il a réussi à la fin car ce résultat sera toujours pollué par l’erreur de départ. 
    C’est comme empêcher avec un gros ressort un coureur pourtant entrainé d’atteindre la ligne d’arrivée. Deux élèves qui ont 18/20 à leur travail final ont semble-t-il le même niveau de compétence au moment du devoir. Mais leur moyenne peut être bien différente si le premier a eu 4/20 et son camarade 16/20 lors d’une première évaluation. Bien que les deux aient atteint le même niveau à la fin de la période, le premier aura 11 de moyenne et le second 17/20. 
    Le premier élève pourra réussir autant de devoirs qu’on lui en donnera dans la période, sa moyenne sera toujours ternie par le faux pas de départ.
     
  8. La moyenne fabrique l’individualisme. La très grande majorité des établissements ne classe plus les élèves. Mais la plupart continue à donner les outils pour le faire. Que les élèves soient classés par l’établissement ou qu’ils se classent d’eux même car les moyennes sont connues, le résultat est identique. Cela permet la comparaison, la mesure mais aussi la raillerie, le mépris. Les compliments entre élèves sont plus rares. 
    En général, chacun va essayer de dépasser celui du dessus ou éviter de pas descendre plus mais rarement l’annonce des moyennes encouragent les élèves à se serrer les coudes, s’entraider, se soutenir.
     
  9. La moyenne occulte le sens des apprentissages. Sait-on ce qu’on apprend en CE1 en CM1 en 4ème, si on n’enseigne pas dans cette classe, … et pourtant qu’on ait 5, 25 ou 50 ans, qu’on soit enseignant ou pas, chacun sait ce qu’on apprend en CP. En CP on travaille pour apprendre à lire, en CE2 on travaille pour passer en CM1, en CM2 pour passer au collège … 
    Pour passer dans la classe du dessus, si elle existe encore, il faut avoir la moyenne. La note et la moyenne sont deux outils qui semblent dire que l’élève sait. Mais pour l’élève c’est l’objectif à atteindre. Il n’apprend plus pour savoir mais pour avoir la moyenne. Un élève qui a raté un exercice noté travaillera pour remonter sa note pas pour apprendre mieux. Le résultat, c’est qu’une fois l’exercice réussi, l’apprentissage risque d’être oublié.
     
  10. La moyenne est un argument « numérique » dangereux. vu sur le site d’une application qui propose d’informatiser l’évaluation et de transférer les résultats sur le LSU : « Le livret périodique peut également calculer des « moyennes » de compétences si l'option est activée.  (par exemple, un savoir-faire identifié comme « acquis » à une première évaluation puis « non acquis » lors d'une évaluation suivante sera noté « en cours d'acquisition » sur le livret). Il est ainsi possible d'évaluer régulièrement une même compétence et afficher un seul résultat lisible pour les parents. » On peut imaginer qu’il en serait de même pour un savoir-faire identifié comme « non acquis » à une première évaluation puis « acquis » lors d'une évaluation suivante …
    Calculer une moyenne est tellement facile pour un ordinateur qu’on aurait tort de s’en priver. Le travail est fait à la place de l’enseignant et le résultat est lisible par les parents… ces mêmes applications proposent même des graphiques, des courbes … Et pourtant quelle moyenne, quel graphique, quel calcul est nécessaire pour identifier après quelques mois d’apprentissage, d’essais, d’erreurs, de répétitions, qu’un élève réussit seul à résoudre un problème arithmétique complexe … 
    L’évaluation des acquis ou des réussites passe parfois par celle des difficultés ou des erreurs que l’enseignant saura utiliser pour adapter son enseignement mais que l’ordinateur considérera comme une évaluation non acquis et qu’il conservera en mémoire. 

L’évaluation est un outil pédagogique. Si la note est encore un outil dont on a du mal à se passer, la moyenne est un calcul inutile qu’il faut bannir de l’école.

Commentaires (4)

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CHIRON Gilles (Formateur ISFEC) a écrit...
Merci Xavier pour ce bien bel article. Je partage complètement ton propos et je vais inviter mes étudiants de M2 (sur les différents sites où j'interviens) à le lire.
Bon je te mets quelle note pour ton article ????!!!! :-)
5 Octobre 2017 10:08
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André (instit) a écrit...
Cela fait trente ans que je le dis et redis... que je le pense... et que ça fait rire...
La moyenne c'est la tête dans le frigo et les pieds dans le four...
La moyenne c'est comme la salade composée...
Enfin cette fois c'est clair et ça vient d'en haut !
Espérons que les mentalités vont changer.
4 Octobre 2017 19:05
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Fontaine Dominique (Saint Loup du Gast) a écrit...
« Toute société qui réduirait l'individu à son ombre, c'est-à-dire à son nombre, serait un cauchemar. » Bernard Georges
18 Septembre 2017 11:29
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Pagenaud Catherine (Chargée de mission) a écrit...
Excellent, quel régal cet article ! Diffusons le au plus grand nombre....
12 Septembre 2017 22:48
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