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À Champagnole (Jura), une palette d’initiatives pour la mise en place du cycle 3

Temps de lecture : 20 minutes
À Champagnole (Jura), une palette d’initiatives pour la mise en place du cycle 3

Dans cet établissement les chefs d’établissement et les enseignants ont mis leur priorité sur la mise en place du cycle 3 en utilisant les différents leviers sur lesquels ils pouvaient agir… C’est donc toute une palette d’actions qui a vu le jour…

Voici le résultat d’une année de travail d’une équipe de cycle 3 qui donne une idée du large éventail de possibilités pour agir et faire vivre le cycle 3 au sein d’un établissement. S’il n’est pas forcément possible de travailler dans toutes les directions dans tous les établissements, cette palette d’initiatives montre de nombreuses pistes qui peuvent être explorées.

1. Les élèves, partie prenante du projet

Faire des élèves des acteurs de la mise en place du cycle 3 fut le souci premier et constant des professeurs engagés dans le projet. Cet objectif a donné lieu à différentes actions.

1.1 Des temps forts

Préserver ce qui existe
Naturellement dans les actions on retrouve ce qui se fait depuis bien longtemps, à savoir le partage de temps forts entre les élèves en associant, cette fois, ceux des trois classes, depuis le CM1 jusqu’en 6ème. Ces temps forts, s’ils ne sont pas nouveaux, sont des points d’appuis importants. Ils méritent de perdurer voire d’être renforcés et ritualisés.  
Ils permettent de :

  • Multiplier les échanges, les changements de lieux 
  • Faire exister le cycle pour les élèves et les professeurs 
  • De s’habituer à des retours critiques sur les travaux de chacun (adultes et élèves), d’apprendre à travailler ensemble…. Les enseignants ont observé des élèves de CM1 prendre l’initiative d’aider, de conseiller… Des élèves de 6ème… Et naturellement, inversement.

Ainsi, à Champagnole, les élèves ont vécu un certain nombre de projets communs : cross, interventions en musique, participation au téléthon, théâtre, échanges autour de lecture de récits d’aventure écrits par les élèves… 
Partager pour créer du lien.

1.2 Le repas des délégués

Instaurer des responsabilités partagées
Les repas des délégués entre des enfants élus des trois classes du cycle 3, les professeurs des écoles et les professeurs principaux des classes de 6ème ont été instaurés.
Ces « réunions » furent à l’initiative de la conception d’une charte de vie de classe identique pour les 3 classes du cycle. Cette charte s’est construite progressivement à la faveur d’aller/retours entre les classes et les rencontres des délégués avant d’arriver à un consensus. Elle comporte les rubriques habituelles d’une charte (le respect de la personne, du matériel, du travail, la participation dans la classe…). Ces rubriques communes ont cependant été adaptées à l’âge des enfants. Car le souci des enseignants est aussi de ne pas imposer une vie de classe de 6ème dès le CM1.

Se donner des repères communs mais différenciés
« L’heure de vie de classe » prend ainsi tout son sens par la mise en place des temps de discussions entre enfants sur ce qui se passe en lien avec cette charte, afin de trouver avec eux des solutions aux problèmes constatés et de ne pas laisser le professeur seul juger des décisions à prendre...
S’investir dans la vie de la classe.

1.3 Des outils pour les élèves 

Un carnet de bord identique
Un agenda commun pour tous les élèves du cycle 3 a été choisi, avec une harmonisation sur ce qui est consigné dans l’agenda. Ceci facilite pour les élèves le passage de classe en classe et contribue à atténuer les écarts entre l’école et le collège.
Créer un sentiment d’appartenance à un cycle.

Une boite à outils pour les élèves
Développer le sentiment de suivi tout au long du cycle
Cette boite à outils est commencée en CM1 et poursuivie et utilisée en CM2 et en 6ème. Une en mathématiques, une en français, elles contiennent tous les règles, théorèmes, techniques… nécessaires pour écrire, parler et résoudre des problèmes.
Une boite à outils qui est investie dans les temps d’apprentissage. Les élèves sont incités à l’utiliser…. Elle laisse du temps pour travailler sur des démarches en mathématiques ou des situations d’écriture. Les notions ne sont pas revues systématiquement dans les différentes classes mais rappelées et recherchées dans les documents construits par et avec les élèves. En effet, peu de connaissances nouvelles sont à présenter d’une classe à l’autre. Sauf dans le cadre d’activités de différenciation proposées en réponses à des difficultés spécifiques pour certains élèves. Les enseignants ne prennent pas de temps pour refaire ce qui est déjà fait… Ils se centrent sur l’essentiel.
Les buts : 

  • Permettre aux élèves de prendre conscience que les connaissances perdurent tout au long du cycle et ne disparaissent pas à l’entrée du collège. 
  • Faciliter le réinvestissement des élèves et donc le suivi pour les élèves de leurs apprentissages. 
  • Permettre aux élèves de répondre à leurs questions de façon autonome à partir d’un outil personnel. 

Prendre le temps d’apprendre à être autonome pour résoudre des problèmes.

2. Une évolution dans l’organisation pédagogique de l’établissement

Le travail avec et pour les élèves a été complété d’une réflexion et d’une évolution dans l’organisation pédagogique de l’établissement afin de rendre possible le cycle 3.

  • Les échanges de service entre les enseignants des CM (Une discipline par enseignant) 
    Ces échanges sont des points d’appuis pour apprendre aux élèves à travailler avec différents adultes, à s’adapter à différents interlocuteurs.... Ces échanges de service existaient déjà, ils ont donc été préservés dans plusieurs disciplines et dans toutes les classes du cycle.
    S’appuyer sur des organisations pédagogiques stables de classe en classe.
  • Un seul professeur par discipline en 6ème
    Ce fut le choix du chef d’établissement pour faciliter le travail d’équipe. La mise en place de cette organisation, en accord avec les professeurs concernés, permet de faciliter les échanges en ne multipliant pas les interlocuteurs. Lorsque l’équipe d’enseignants du cycle 3 se retrouve, le nombre d’enseignants permet de travailler, l’harmonisation des pratiques est facilitée.  
    Faciliter le travail en équipe.
  • La participation des enseignants premier degré aux conseils de classe de 6ème et aux conseils de cycle pour le bilan du cycle 3. 
    Cette participation permet de mesurer des évolutions, des progrès, de prendre en compte les observations de tous les enseignants du cycle pour donner un avis, prendre des décisions… Elle permet de suivre plus facilement les élèves en difficulté. Elle facilite aussi la compréhension des difficultés et donc la mise en place de réponses adaptées et différenciées y compris dans les classes de 6ème. 
    Pour évaluer, se centrer sur des évolutions, des progrès.
  • Une étude cycle 3 dans une même salle au collège
    Certes, cette étude commune demande de réserver une salle suffisamment grande pour réunir tous les élèves, mais, ce qui est important aussi, c’est de penser, de travailler à l’instauration d’échanges entre les élèves… sous forme de tutorat, par exemple. En effet, ce que regrette les enseignants, à Champagnole, c’est que les élèves ne profitent pas pleinement de cette occasion de faire partager leurs compétences et savoir faire et de bénéficier de ceux des autres. C’est en associant les élèves et les surveillants d’étude que cette organisation sera pensée. Quelles règles se donner pour les échanges entre enfants, comment les organiser pour que tous puissent travailler ?... 
    Penser des temps d’entraide entre les élèves.

3. Un travail d’équipe qui se met en place

Lorsque l’on pose la question du travail d’équipe les enseignants s’expriment ainsi :

« Dans un premier temps : la peur… Aujourd’hui nous sommes collègues, ce qui n’était pas acquis. »
La mise au travail sur des pistes très concrètes (rédaction d’une charte, création d’une boite à outils…), assez faciles à réinvestir dans les classes, permet d’abattre les frontières, de constater des compétences.
Par exemple, « rédiger un plan de séquence » est une activité très facile pour les enseignants premier degré. Ils ont pu partager ce savoir-faire avec les collègues de 6ème. Les enseignants de collège apportent quant à eux, tout leur savoir en didactique… Autant de points d’appuis pour faciliter le suivi et les progressions sur le cycle.
Reconnaître des compétences différenciées.

Pendant les temps de travail d’équipe banalisés ont été mis au point, grâce à un accompagnement, des grilles de compétences : Une sélection d’apprentissages prioritaires, les mêmes pour tous les élèves du cycle, chaque apprentissage étant associé à des « degrés » de maîtrise. Ce seront des supports pour l’évaluation des élèves sur leur parcours en cycle 3. Un travail à poursuivre…

Prendre le temps et se donner des priorités
Mais des freins au travail d’équipe peuvent rendre difficile la réalisation des projets de travail. 

  • La difficulté à institutionnaliser des temps de concertation spécifiques au cycle 3 au sein des différentes stratégies de concertation mises en place en premier degré comme en second degré, risque d’entrainer une multiplication des rencontres.  
    Cette prise en compte, cette ritualisation, des concertations, est une condition indispensable à la réussite du cycle 3, c’est un point d’attention communs pour les enseignants et les chefs d’établissement pour les années à venir.
  • La polyvalence des professeurs de primaire leur impose d’investir dans toutes les disciplines. A Champagnole, les enseignants ont cherché comment éviter la surcharge de travail de deux façons :
    • D’une part, en se donnant des priorités pour commencer le travail (Mathématiques et langue française), 
    • D’autre part, en partageant le travail pour l’harmonisation et le suivi des compétences par exemple. Tous les enseignants ne construisent pas les progressions dans toutes les disciplines. Mais, les productions sont mises à disposition et utilisées par tous les enseignants. 

Au-delà de ces temps de travail formels, ce qui reste important pour les enseignants se sont les temps de pause café !

Préserver la convivialité
L’ensemble des actions mises en place pour le cycle 3 a été présenté lors d’une réunion commune pour toutes les familles du cycle à la rentrée. Cette réunion, animée par les enseignants et les chefs d’établissement, et suivi d’un pot d’amitié commun, a permis de rassurer les parents. 
Ce qui rassure les parents :

  • Observer que des échanges existent entre les enseignants, qu’ils se parlent, que les élèves connaissent les lieux, qu’ils ont des outils en commun dans les différentes classes...
  • Comprendre que les actions mises en place ne sont pas exceptionnelles, ne sortent pas du cadre, ne sont pas des essais... Réaliser que le travail sur 3 ans, de l’école au collège, s’inscrit dans le cadre ordinaire de l’école et des apprentissages. 

En conclusion
L’évaluation de ce qui a changé dans cet établissement et des effets sur les élèves et les enseignants reste naturellement à faire. Il faudra sans doute attendre la fin d’un cycle complet.
Par contre, pour les professeurs, des habitudes de travail en commun sont prises. Ils disent « avoir le sentiment d’être de véritables collègues appartenant à la même profession ». Le regard de chacun a changé. 
Voir naître un regard entre collègues plus professionnel.

 

© Crédit photo Elisabeth Lhéritier

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