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Accueillir : Etre les hôtes des élèves

Temps de lecture : 20 minutes
Accueillir : Etre les hôtes des élèves

Un récit qui met en scène l'hospitalité. Et si les éducateurs étaient appelés à se faire les hôtes des élèves qui leur sont confiés ? 

Cet article fait partie du dossier "Une bonne Nouvelle pour tous les éducateurs ?"

L’Evangile : L’apparition de Mambré, Genèse, 18, 1-15

Aux chênes de Mambré, le Seigneur apparut à Abraham, qui était assis à l'entrée de la tente. C'était l'heure la plus chaude du jour. Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Aussitôt, il courut à leur rencontre, se prosterna jusqu'à terre et dit: «Seigneur, si j'ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t'arrêter près de ton serviteur. On va vous apporter un peu d'eau, vous vous laverez les pieds, et vous vous étendrez sous cet arbre. Je vais chercher du pain, et vous reprendrez des forces avant d'aller plus loin, puisque vous êtes passés près de votre serviteur ! » Ils répondirent : « C'est bien. Fais ce que tu as dit.» Abraham se hâta d'aller trouver Sara dans sa tente, et il lui dit : « Prends vite trois grandes mesures de farine, pétris la pâte et fais des galettes. » Puis Abraham courut au troupeau, il prit un veau gras et tendre, et le donna à un serviteur, qui se hâta de le préparer. Il prit du fromage blanc, du lait, le veau qu'on avait apprêté, et les déposa devant eux ; il se tenait debout près d'eux, sous l'arbre, pendant qu'ils mangeaient. Ils lui demandèrent : « Où est Sara, ta femme ? » Il répondit : « Elle est à l'intérieur de la tente. » Le voyageur reprit : « Je reviendrai chez toi dans un an, et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils. » Or, Sara écoutait par derrière, à l'entrée de la tente. (Abraham et Sara étaient très avancés en âge, et Sara était vraiment une vieille femme.) Elle se mit à rire silencieusement ; elle se disait : « J'ai pourtant passé l'âge de l'amour, et mon seigneur est un vieillard ! » Le Seigneur Dieu dit à Abraham : « Pourquoi Sara a-t-elle ri, en disant : 'Est-ce que vraiment j'aurais un enfant, vieille comme je suis ?' Y-a-t-il une merveille que le Seigneur ne puisse accomplir ? Au moment fixé, je reviendrai chez toi, et dans un an, Sara aura un fils. » Saisie de crainte, Sara se défendit en disant : « Je n'ai pas ri. » Mais le Seigneur répliqua : « Si, tu as ri. »

Contexte

La Genèse est le premier livre de l’Ancien Testament. Il fait partie d’un ensemble de cinq livres, le Pentateuque, qui comprend aussi l’Exode, le Lévitique, le Livre des Nombres et le Deutéronome. Le Pentateuque correspond, dans la tradition juive, à la Torah, livre de la Loi.

Après les récits de la création et de la chute, puis du déluge, la Genèse raconte l’histoire d’Abraham. Suivant l’appel de Dieu, Abraham quitte son pays avec les siens, entraîné par la promesse d’une terre et d’une descendance. Pourtant sa femme Sara est stérile. Abraham a conçu un premier fils, Ismaël, avec sa servante Hagar. Dieu renouvelle alors l’alliance dont le signe sera la circoncision et Abraham entend à nouveau la promesse de concevoir un fils avec Sara : « Dieu dit à Abraham : « ta femme Saraï, tu ne l’appelleras plus Saraï, mais son nom est Sara. Je la bénirai et même je te donnerai d’elle un fils ; je la bénirai, elle deviendra des nations, et des rois de peuples viendront d’elle. » Abraham tomba la face contre terre, et il se mit à rire car il disait en lui-même : « Un fils naîtra-t-il à un homme de cent ans, et Sara qui a quatre-vingt-dix ans va-t-elle enfanter ? » (Livre de la genèse, 17, 15-16). Abraham, après avoir été circoncis, retourne à son campement, près d’Hébron, aux chênes de Mambré.

Pour accueillir, enracinement et consentement au mouvement

Une tente, au pied des chênes. Le signe de la précarité du voyage, de la vie nomade, en vis-à-vis du signe de la stabilité, de l’enracinement… Abraham, disponible, à la porte de sa tente, encore prêt au départ, comme il a été disponible à l’appel de Dieu : « quitte ton pays » (Livre de la genèse, 12,1), mais aussi Abraham fidèle et définitivement ancré à sa foi en Dieu.

Changer la demande pour aider l’élève
Changer de regard 

Pour accueillir, une nécessaire disponibilité

Ce récit est une belle parabole de l’accueil. Abraham, alors que le soleil est à son zénith, n’est pas retiré dans sa tente, mais « assis à l’entrée ». Il attend patiemment, prêt à se rendre présent sans qu’on ait à l’aller quérir, sans qu’on ait besoin de le solliciter, prêt à rencontrer spontanément. Tout le récit est sous le signe de l’empressement à accueillir. Dès qu’il aperçoit les visiteurs, il « courut aussitôt à leur rencontre », puis « se hâta d’aller trouver Sara dans sa tente », avant de courir à nouveau « au troupeau » pour s’emparer d’un veau gras et le remettre à un serviteur « qui se hâta de la préparer ». Nous assistons ensuite au rituel de l’hospitalité qui dit si bien le sens du service. Il s’agit d’abord d’offrir le repos : de l’eau pour se laver les pieds, après une marche dans le sol poussiéreux, l’ombre rafraîchissante d’un arbre « à l’heure la plus chaude du jour ». Il s’agit ensuite de préparer un repas pour permettre aux voyageurs de « reprendre des forces avant d’aller plus loin ». L’accueil offre une halte pour que le voyageur puisse reprendre son chemin, poursuivre sa propre vie. L’accueil ne se veut pas captateur, ne veut pas dérouter mais entretenir chacun dans sa propre liberté, rendre chacun capable de repartir. Et il ne s’agit pas d’offrir un repas en accommodant des restes, mais de partager abondamment ce qu’il y a de meilleur. Abraham, fidèle aux usages de son époque, ne partage pas le repas de ses hôtes, mais se tient à leurs côtés, à leur service : « il se tenait debout près d’eux, sous l’arbre, pendant qu’ils mangeaient ». Un subtil rituel qui dit et la nécessaire proximité qu’impose l’accueil et le maintien de la nécessaire distance marquant le respect pour l’autre. La rencontre exige de protéger l’altérité.

Se connaître et connaître l’autre, à l’école primaire, la relation se construit
L’accueil, une aventure inoubliable 

Accueillir et recevoir des fruits de la rencontre

Vient alors la si surprenante conversation, qui, dans ce récit singulier, met l’hospitalité sous le signe de la fécondité. Ces visiteurs viennent confirmer à Abraham la promesse, déjà reçue à plusieurs reprises, d’une descendance, alors que lui-même et Sara sont déjà très avancés en âge. La promesse qui avait déjà provoqué le rire d’Abraham suscite ici le rire de Sara. Le rire peut être ambivalent. Il peut se faire moqueur, pour tourner l’autre en ridicule ; il peut, comme dans ce récit, dire l’incrédulité. Mais le rire est aussi signe de joie, signe de vitalité et donc signe de notre humanité, qui doit, sans cesse retrouver sa capacité à célébrer la vie. Rabelais, dans Gargantua, fait du rire « le propre de l’homme ». Les parents savent guetter le premier sourire du nouveau-né, comme le signe de son entrée dans la communication, et, par là même de son entrée en humanité. Sourire, rire sont le signe de cet élan intérieur qui nous ouvre sans cesse à la vie et à la relation. Ainsi le rire de Sara dit à la fois le bon sens de celle qui sait que la vieillesse la prive normalement de toute fertilité, et la joie de rester destinataire de la promesse que recèle toujours toute vie. Le rire de Sara éprouve la vie qui peut continuer de sourdre en elle. Abraham et Sara avaient abandonné l’espoir de concevoir, à une époque où la stérilité peut apparaître comme une malédiction, parce qu’elle prive de descendance, et par là-même, du pouvoir de perpétuer son nom par-delà la mort. Mais c’est l’autre accueilli qui va les remettre en projet, et les réinscrire dans l’Espérance. Les livres sapientiels disent cette force de la joie à attendre : « Il y a un temps pour tout et un temps pour chaque chose sous le ciel (…) un temps pour pleurer et un temps pour rire. » (Livre de l’Ecclésiaste, 3, 1 et 4). Les Psaumes le chantent aussi « Qui a semé dans les larmes moissonne dans la joie. Il s’en va, il s’en va en pleurant, chargé du sac de semence. Il revient avec joie, chargé de ses gerbes. » (Psaume 126, 5-6) Et Jésus promettra cette béatitude : « Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez. » (Evangile selon saint Luc, 6,21) Et Sara va mettre au monde Isaac dont le nom signifie précisément « Que Dieu sourie ». Dieu avait, un peu avant, donné un nouveau nom à Abraham : « On ne t’appellera plus du nom d’Abram, mais ton nom sera Abraham car je te donnerai de devenir le père d’une multitude de nations et je te rendrai fécond à l’extrême. » (Livre de la Genèse, 17,5). Or Abraham signifie bien « le père est élevé ». La disponibilité qu’Abraham manifeste pour l’accueil de l’autre le fait entrer dans sa véritable vocation, le révèle à son être profond.

Socle commun, programme 2015 2016, réenchanter l’école : programme d’animation  avec Un jeu pour réenchanter le « nous » 

L’invitation, pour l’éducateur, à pratiquer l’hospitalité

Cette scène nous redit donc les conditions de l’accueil, d’une véritable hospitalité, ce à quoi l’éducateur est bien invité. Les parents, à se faire hôte de l’enfant qu’ils mettent au monde. Les enseignants, hôte de l’élève qui leur est confié.
L’hospitalité requiert d’abord la disponibilité, la présence à l’autre. Avant de se préoccuper de transmission, de contenu, de « programme », il s’agit de se tenir sur le chemin de celui qui est là, de celui qui vient. Puis il s’agit de percevoir ses besoins (ici, dans notre texte, celui de refaire ses forces par le repas et le repos), pour s’efforcer d’y répondre. Il s’agit aussi, d’entrer en conversation, au sens propre, de se tourner vers l’autre pour un réel échange. L’accueil, l’hospitalité permettent de faire connaissance...Et il n’est pas de transmission possible de connaissances, à l’école, sans avoir, préalablement, fait connaissance.

Comme éducateurs, laissons-nous aussi toucher par ce que produit l’hospitalité véritable. Abraham et Sarah sortent transformés par cette rencontre. Les éducateurs ne peuvent-ils relire des expériences analogues : accueillir l’élève que l’on n’attendait pas – que l’on ne souhaitait pas, peut-être- amène à un renouvellement des pratiques éducatives et pédagogiques, transforme le regard sur les personnes, accroît l’estime de soi, nous révélant capable d’une disponibilité et d’une créativité qu’on ne se connaissait pas...

Le terme d’accueil figure dans beaucoup de projets éducatifs. Est-ce seulement attention à chacun, ou consentement à de profonds déplacements. Le terme d’hôte, en français, est ambivalent : il désigne celui qui accueille, comme celui qui est accueilli. N’est-ce pas ce à quoi les éducateurs sont conviés : accueillir l’autre, pour être soi-même, accueilli et transformé par cet autre, cet hôte que l’on n’attendait pas forcément.
L’accueil 

 

 

 

 

 

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