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Appréciation scolaire 3ème partie : une pratique et des exemples

Temps de lecture : 12 minutes
Appréciation scolaire 3ème partie : une pratique et des exemples

Comment concevoir les appréciations scolaires dans une École qui prône le partenariat avec les parents et une évaluation positive des élèves ? Suivons le cheminement d’une équipe qui en fait un objet de travail prioritaire.  

Février 2017. École Saint-Martin de Mayenne

Nous avons rédigé des appréciations en équipe, ce qui a bousculé des habitudes et précisé nos questions. Qu’est-ce qu’on peut apprendre aux parents qui ne sont ni présents en classe ni enseignants ? En quelques mots, comment décrire leur enfant dans son rôle d’élève ? Quels éléments mettre en avant ? Quel langage utilisé pour être compris ?

Notre recherche ne fournit pas un plan de rédaction de l’appréciation scolaire. Elle se limite à offrir quelques pistes d’écriture. Ce travail en cours gagnerait à être enrichi dans la durée, à travers l’expérience et par des points de vue extérieurs.

Quelques exemples d’appréciations scolaires, écrites de manière collaborative, sont à découvrir.

Pour une description de l’élève réaliste et non figée !  

Quand nos écrits se focalisent sur le « comportement » de l’enfant, ils risquent d’être chargés d’émotion et pas assez l’expression d’une réalité. L’élève devient alors ce qu’il nous fait. Le voilà, tour à tour, « fatigant », « provocateur » ou « agréable ». La notion de comportement est problématique. Elle laisse penser que l’enfant est une donnée intangible. Dans ce cadre imaginaire, l’excès d’empathie existe aussi et peut conduire l’enseignant à parler à la place de l’enfant. Qu’en savons-nous de ce qui se joue intérieurement pour lui quand il apprend ? Il y a également ces appréciations qui ne peuvent que finir sur « une bonne note ». Or, dans un discours, c’est souvent la fin qui reste. Elle peut annuler tout ce qui a été écrit avant. La conjonction « et » n’est-elle pas préférable à « mais » dans l’articulation des propositions finales ? Nous ne sommes pas là pour bercer les parents d’illusion ou les inquiéter outre mesure. Concernant des enfants, un commentaire ouvert est plus approprié. Ils évoluent toujours, lentement ou d’un coup. L’objectivité est difficile à atteindre. Se limiter à l’observable est sans doute la position la plus raisonnable et juste.

Plusieurs entrées aident à équilibrer le commentaire :

  • Décrire l’élève au fil du temps. En se remémorant ce qu’il a été, on peut caractériser le chemin effectué et analyser le présent de l’élève. Le but de cette opération souvenir est de dégager une tendance. L’élève confirme, change, progresse, répète (des difficultés), régresse, varie (des écarts dans les réussites) ? Sans doute faut-il choisir un angle d’observation capable de mettre en exergue l’évolution de l’élève (la socialisation en maternelle, la  lecture en CP…). Cet exemple peut aider les parents à imaginer leur enfant dans son parcours d’élève.

  • Décrire l’élève au fil de ses rencontres (avec son enseignant, sa classe, des pairs, les autres élèves sur la cour) et dans sa manière d’apprendre. L’attitude de l’élève peut se décliner selon plusieurs axes :
    • l’intérêt porté aux apprentissages (« présent »/« absent », « disponible »/« pas disponible régulièrement »,  « se disperse »/« attentif »…)
    • la prise de position dans les interactions (« écoute », « donne des réponses », « intervient », « questionne »…)
    • la coopération dans le travail de groupe (« autoritaire », « dirige », « suit », « à part », « contribue », « en retrait », « organise », « laisse faire »…)
    • l’initiative et l’organisation dans l’activité autonome (« attend »/« commence », « persévère »/« abandonne », « s’implique »/« survole »,  « se repère »/« se perd »…)
    • la responsabilité face à l’obstacle (les conditions de la réussite : « seul », « avec quelqu’un », « en groupe », « au milieu des autres »… « à l’oral »/« à l’écrit »…), (la réaction face à la difficulté : « essaie », « demande », « évite », « attend tout de l’autre… un soutien… une reformulation… une autorisation… un encouragement… », « ne cherche pas »…)

Pour un commentaire qui soit une aide aux apprentissages

  • Répondre à la question qui préoccupe les parents. On fait parfois comme si les parents n’attendaient rien à la réception du livret scolaire de leur enfant. En réalité, ils le découvrent (parfois fébrilement), en se demandant si leur enfant est « bien intégré avec les autres ? », « comme les autres ? », « au-dessus des autres ? », « en progrès ? »… Explicite ou implicite, la question des parents peut constituer un point d’articulation de l’appréciation. Cette forme de réponse ne consiste pas à aller forcément dans le sens ce qu’ils attendent réellement ou imaginairement. L’idée n’est pas nécessairement de répondre à la question initiale des parents, mais de répondre à partir de cette question. Ça peut être de proposer une autre question !

  • Situer le commentaire dans une perspective d’avenir. Au plus près des apprentissages, comment l’étape d’après peut être anticipée ? Quel savoir est à portée de l’élève ? Des formules aident à dire la part de décision qui revient à l’élève : « J’encourage… à … », « … peut progresser en/dans…. », « … peut avoir confiance dans sa capacité à mémoriser/comprendre/inventer pour … »,  « …a les connaissances et les capacités pour … » Dans la foulée, des modalités pédagogiques peuvent être annoncées. Que mettons-nous en place pour aider l’élève à progresser vers l’objectif visé ? Il est possible de préciser les lieux, les temps, la démarche, les supports et/ou les ressources humaines.

Conclusion

Des appréciations peuvent réduire, interpréter ou masquer l’élève alors que les parents attendent de lire comment il s’adapte à la demande scolaire. Répondons à leur question.

Sans interpréter ni prédire, le commentaire donne des repères sur sa progression (ses réussites) et ses limites (ses obstacles). Décrivons l’élève que nous observons.

Chaque enfant évolue. Il a une histoire et il y a un contexte. Il apprend à sa façon et ne vit pas seul. Pensons l’élève de façon dynamique (vivante).

L’appréciation n’est pas une bouteille jetée à la mer ni un simple état des lieux. Elle nous inscrit avec l’enfant et ses parents dans une alliance et une perspective d’avenir. C’est une feuille de route. Impliquons-nous dans ce que nous écrivons.

Commentaires (1)

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Pagenaud Catherine (Chargée de mission LE MANS) a écrit...
Nous gagnons tellement à rédiger et ....à lire des appréciations positives.
J'aime l'idée de l'alliance, j'entends encore trop souvent des oppositions entre école et famille ; passons donc du face à face au côte à côte avec l'idée d'aider un enfant à grandir et regardons dans la même direction avec la place qui nous est propre mais en complémentarité.
27 Mars 2017 17:43
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