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Il redouble, elle redouble … ou pas.

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Il redouble, elle redouble … ou pas.

En mars le redoublement c’est une farce. Comme chaque année, la question arrive avec la fonte des neiges. Peut-on … doit-on … a-t-on le droit de … faire redoubler cet élève ?

Quelles sont les bonnes raisons qui permettent encore de justifier le redoublement ? Parce que les mauvaises on les connait.
Thierry Troncin, docteur en sciences de l’éducation à l’IUFM de Bourgogne déclare « il n’est pas une seule question qui fasse autant de consensus chez les chercheurs que celle de l’inefficacité du redoublement ». Le redoublement dans les classes primaires n’a pas les effets espérés. À difficultés égales, un élève redoublant progresse moins bien qu'un élève passé au niveau supérieur. Couper un élève de son « groupe classe » contribue à l’échec du redoublement. D’autre part, en plus de ces effets visibles, il faut aussi tenir compte des « effets secondaires » moins perceptibles mais tout aussi réels comme la perte de confiance, le déclin de l’estime de soi déjà détériorée par la difficulté et par conséquent l’absence manifeste de motivation…

Le maintien du redoublement et de la question récurrente est un frein à l’étude d’un problème de fond : Comment accompagner les enfants qui n’apprennent pas ce qu’ils devraient pendant l’année scolaire ?
Certains pays ont interdit le redoublement, d’autres l’ont réduit drastiquement. Il faut sans doute s’inspirer des systèmes qui fonctionnent pour trouver des solutions.

On sait aujourd’hui que l’accompagnement par l’enseignant, en classe, est l’aide la plus efficace pour un enfant qui n’a pas compris. Il est essentiel de travailler à mieux prendre en charge les difficultés d’apprentissage, privilégier la pédagogie différenciée, reconnaitre les différences de niveaux comme normal, admettre que les élèves ont des limites, penser la différence de niveaux comme un paramètre constant et préparer les séquences d’apprentissage et l’évaluation en tenant compte de cette donnée.
Il devient prioritaire de mettre en place réellement les cycles d’apprentissage d’une durée de 3 ans, d’individualiser les parcours, de développer le co apprentissage, de faire de « l’apprendre à apprendre » une priorité …

Et qu’en est-il des élèves handicapés ?
De façon provoquante, on pourrait répondre que le redoublement ne résoudra rien du handicap de l’enfant.
Mais ! « Si la situation de handicap a pour conséquence un retard dans les apprentissages, un niveau très éloigné de celui qui est attendu n’est-il pas pertinent de le maintenir une année de plus dans la classe ? N’est-ce pas tenir compte de la difficulté et offrir à l’élève une adaptation positive ? … »
Attention, engager trop vite la question du redoublement risque de masquer un autre besoin de réaménagement du projet personnel par la MDPH. Les orientations (ULIS, IME …), l’accompagnement d’une AVS, ne sont pas toujours tolérables et le maintien devient une solution acceptable qui risque de retarder une décision pertinente.
D’autre part, trop souvent, l’année redoublée est identique à la précédente. C’est une réponse ponctuelle qui ne répond pas au problème du besoin particulier. Elle répète sans grand changement ce qui a été déjà fait. C’est ajouter à l’élève en situation de handicap, une difficulté dont il se passerait bien.
Ne pas choisir le redoublement, c’est chercher comment prendre chacun là où il en est, c’est inventer des modalités, des outils, qui permettent à chacun de se trouver à sa place dans sa classe, c’est définir des objectifs modulables, c’est se poser la question en équipe d’une prise en charge collective, …
Le redoublement n’est pas la solution pertinente de la prise en charge du handicap. Qu’ils s’agissent, d’aménagement, de compensation, d’adaptation … des solutions plus positives, qui permettent à l’élève d’avancer, doivent être recherchées.
C’est un bon sujet de formation.
Rappelons le caractère exceptionnel du redoublement et notamment qu’il revient à la MDPH de statuer sur celui-ci pour les élèves de maternelle.

Si aujourd’hui le redoublement n’est pas enterré, il est décidé à titre exceptionnel pour pallier une période importante de rupture des apprentissages scolaires. il s’accompagne lorsqu’il est décidé d’un dispositif d'aide.
Voir pour cela le BO n°44 du 27/11/2014 à propos du « Suivi et accompagnement pédagogique des élèves ».

 

© Crédit photo Adobe Stock Jonathan Lefebvre

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