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La co-intervention

Temps de lecture : 22 minutes
La co-intervention

La présence d’un enseignant spécialisé dans la classe peut permettre la co-intervention. Quels en sont les avantages, les modalités, les risques ? Comment la rendre efficace ?

1. Les acteurs 
 
Pour prendre en compte les besoins spécifiques des élèves, il est nécessaire d’adapter les pratiques pédagogiques. Certains enseignants sont démunis, encore plus depuis la loi de 2005. Si la co-intervention facilite le travail pédagogique de l’enseignant (il bénéficie de l’aide d’un spécialiste, ou du moins de celle d’un collègue), elle complexifie l’organisation pédagogique de la classe. 
 
La co-intervention peut s’instaurer entre : 
- enseignant + intervenant. 
- enseignant + AVS
- enseignant + enseignant spécialisé 
- enseignant + enseignant spécialisé+ AVS
- enseignant + enseignant. 
- enseignant + enseignant + enseignant spécialisé
- enseignant + enseignant + enseignant spécialisé + AVS
 
Le présent article concerne la co-intervention entre enseignant et enseignant spécialisé. Il contient néanmoins des remarques qui peuvent s’appliquer à tout type de co-intervention. 
 
2. Les textes 
 
La circulaire n° 2009-088 du 17 juillet 2009 sur les fonctions des personnels spécialisés des RASED définit la co-intervention entre maître et enseignant spécialisé : 
« Les enseignants spécialisés peuvent intervenir directement dans la classe, regrouper les élèves pour des durées adaptées à leurs besoins ou leur apporter une aide individuelle. »
 
3. La co-intervention entre enseignant et enseignant spécialisé, pourquoi ? 
 
La co-intervention peut permettre de travailler en complémentarité d’une aide en RA (regroupement d'adaptation), pour : 
- observer l’élève fonctionner dans sa classe afin d'identifier des obstacles et définir ou moduler le projet d’aide.
- mettre en œuvre un dialogue pédagogique.
- placer l'élève en situation potentielle de réussite en classe, ce qui permet de changer le regard des autres sur lui et d'augmenter la confiance qu'il peut avoir dans ses capacités.
- Permettre à l'élève de comprendre l'utilité des outils référents à disposition dans la classe (affichages didactiques, cahiers, livres, carnets, répertoires...) et d'apprendre à s'en servir.
- Favoriser des échanges constructifs entre l’élève pris en charge et certains de ses pairs. 
- aider l’élève à faire le lien avec la situation de classe, par exemple en déplaçant une réalisation (outil, écrit...) effectuée dans l'espace protégé du RA vers l'espace social de la classe.   
- Travailler sur le transfert de la réussite en RA dans une situation de classe réelle. 
 
4. Quelles organisations pédagogiques possibles ? 
 
- L’enseignant spécialisé prend en charge la classe pour permettre au maître de travailler avec un groupe d’élèves, ce qui lui permet de voir « fonctionner » les élèves en difficulté et de prendre conscience de la nature des obstacles qu’ils rencontrent. 
- L’enseignant spécialisé travaille avec un ou des petits groupes au sein de la classe soit sur le support proposé par le maître de la classe, soit sur un support proposé par l’enseignant spécialisé pour travailler la même capacité, soit sur un support préparé ensemble. Ce mode d’organisation en atelier est particulièrement pertinent lorsque l’enseignant spécialisé a pour objectif d’accompagner l’enfant dans l’utilisation des ressources qui vont lui permettre de produire. 
- L’enseignant spécialisé propose une aide individualisée au sein de la classe soit sur le support proposé par le maître de la classe, soit sur un support proposé par le l’enseignant spécialisé pour travailler la même capacité.
 
5. La question de l’unité de lieu
 
On définit souvent la co-intervention comme « Un enseignant et un enseignant spécialisé intervenant simultanément dans un même groupe classe, dans un même lieu ». Donc : 
- Unité de lieu
- Unité de temps
- Unité de groupe classe
- Mais pas forcément unité d’action : les deux acteurs peuvent avoir des actions identiques ou différenciées (rôles, conduites, postures).
 
Cependant,  dans certains cas, si les locaux sont trop exigus, par exemple, l’organisation peut nécessiter le recours à une autre salle. Peut-on encore parler de co-intervention? 
- Quand un maître E prend des élèves en RA, il ne s’agit pas de co-intervention.
- Si l’intervention a été préparée en commun, et si l’enseignant spécialisé travaille au même moment, sur la même durée, sur la même compétence que le maître dans sa classe, on peut parler de co-intervention : l’enseignant spécialisé fait dans une autre salle ce qu’il aurait fait dans la classe s’il y avait eu la place. Il faut cependant penser dans ce cas à travailler sur le «retour» des élèves dans la classe. Ils peuvent aussi ne changer de salle que pour une phase de la séance. 
 
6. Le rôle de l’enseignant spécialisé dans la co-intervention
 
En co-intervention, l’enseignant spécialisé (le plus souvent un maître E), intervient en complémentarité de l’action du maître - et pas « à la place de ». Il doit veiller à : 
- Ne pas se substituer à l’action du maître. 
- Intervenir dans un registre différent de celui du maître : plutôt sur le plan de l’aide méthodologique ou sur des aspects méthodologiques que sur le plan des connaissances. 
- Ne pas se faire instrumentaliser, arriver à se positionner en dehors d’une substitution à l’action de l’enseignant. 
 
Il apporte des compétences complémentaires à celles du maître. 
- D’ordre organisationnel (organisation et mise en œuvre des activités). 
- D’ordre psycho-social (écoute, disponibilité, communication, adaptation à l’autre)
- D’ordre pédagogique, par exemple en improvisant, en fonction des réactions de l’élève, les aides à apporter en jouant sur les paramètres didactiques : quantité, consigne, outil d’aide, entretien d’explicitation (Ce que Perrenoud appelle « improvisation réglée »).
- Dialogue pédagogique. 
 
7. Les obstacles à la co-intervention
 
- Certains enseignants peuvent mal accepter la présence du maître E dans leur classe, se sentant en situation d’inspection. 
- L’enseignant spécialisé a parfois l’impression d’être instrumentalisé, de sortir de sa spécialité pour jouer les répétiteurs.
- La co-intervention peut être perçue comme une substitution à l’aide en RA, et l’aide en RA être jugée plus efficace et plus confortable. 
- La lourdeur administrative réelle ou supposée. 
 
8. Les risques liés à la co-intervention
 
- Détourner la co-intervention pour aider à l’inclusion d’élèves en situation de handicap (c’est le rôle de l’AVS)
- Passer de la remédiation à du soutien en classe ce qui provoque une perte de légitimité de l’enseignant spécialisé. 
- Voir l’enseignant spécialisé être instrumentalisé par des enseignants qui veulent avoir moins de travail en divisant la classe en deux. Une simple juxtaposition de deux intervenants sans préparation commune n’est pas de la collaboration en co-intervention mais de la coopération. Ca rend plus facile le travail de l’enseignant, mais ce n’est pas de la remédiation. 
- Privilégier le quantitatif (aider plus d’élèves) sur le qualitatif (saupoudrage des aides et perte du sens des actions). 
- Voir le pouvoir de celui qui est reconnu comme expert écraser la part d’inventivité de celui qui a fait appel à lui. Quand deux professionnels de l'école tentent de mettre en place un partenariat dans une classe, il serait toutefois illusoire de penser une relation symétrique.
 
9. En amont de la co-intervention
 
La co-intervention juxtapose / peut juxtaposer : 
- des acteurs différents,
- des rôles différents, chacun ayant sa propre conception de son rôle et de celui de l’autre,
- des attentes et des visées différentes,
- des conceptions pédagogiques différentes
 
C. Merini définit le « contrat de collaboration » comme « l’ensemble des règles qui organisent silencieusement la nature des échanges
entre les partenaires ».
- « silencieusement » car, dans la réalité, ces règles ne sont que rarement explicitées. 
- Parfois, l’explicitation de ces règles n’est pas nécessaire : s’il existe une sympathie naturelle entre deux personnes, si elles ont l’habitude de travailler ensemble, si elles ont été formées ensemble etc. 
- Dans d’autres cas, la non-explicitation de ces règles peut conduire à l’échec de la co-intervention. 
- Quand expliciter les règles? Avant la co-intervention ou après avoir déjà vécu une expérience partagée ? 
 
Il est important de ne pas faire abstraction des phénomènes affectifs liés à la vie d’un collectif d’adultes.
 
10. Les conditions de réussite de la co-intervention entre enseignant et enseignant spécialisé
 
- Contractualisation de l’intervention entre le maître et l’enseignant spécialisé (contrat de collaboration)
- Possibilité pour l’enseignant spécialisé de moduler la tâche, apporter des outils, conduire des médiations, voir détourner l’activité. 
- Se mettre d’accord sur la production attendue de l’élève, et sur la possibilité pour lui de ne pas effectuer ou de ne pas achever la tâche prévue si la remédiation l’a rendu nécessaire.
- Négocier la composition des groupes (on ne divise pas la classe en deux pour partager l’effort…)
- La contractualisation n’est pas forcément synonyme de préparation commune de tous les outils. L’une des compétences de l’enseignant spécialisé en co-intervention est de l’ordre de l’improvisation de médiations en situation à partir des obstacles que rencontre l’élève. Attention, cela ne veut pas dire que l’on peut se dispenser de l’étape du contrat de collaboration et de la définition commune des objectifs, au minimum.
- La verbalisation des représentations des uns et des autres permet de mettre au jour les impressions, sentiments, questions. Instaurer un intervalle entre les séances pour se parler de ce qui va et de ce qui ne va pas est probablement le moyen le plus efficace d'assurer la créativité des intervenants et la pérennité du dispositif dans le temps.     
 
11. Préparer la co-intervention
 
Au-delà de la verbalisation d’un « contrat de collaboration », la co-intervention peut nécessiter une préparation plus ou moins longue.
- Cela nécessite la volonté, la disponibilité et la proximité des acteurs. 
- Le temps de préparation (« se voir en dehors ») est rarement institutionnalisé. 
- Le maître peut avoir tendance à se décharger de la préparation sur l’enseignant spécialisé perçu comme « spécialiste ».
- Attention à l’enseignant « potiche » s’autorisant à s’absenter, au sens propre et / ou figuré. 
- Attention car cette mise en retrait peut être vécue non comme une solution de facilité mais comme une épreuve douloureuse, une activité empêchée ou contrariée. 
- Peut-on imposer la co-intervention ? 
 
12. Les effets de la co-intervention
 
On peut espérer que la mise en œuvre de la co-intervention, sa répétition, la concertation, les échanges entre le maître et l’enseignant spécialisé pourront permettre au maître d’acquérir de nouvelles compétences dans le domaine de la différenciation pédagogique. On assiste alors à un renforcement du rôle de personne ressource de l’enseignant spécialisé. La co-intervention maître + enseignant spécialisé + AVS peut permettre d’optimiser la co-intervention maître + AVS dans le cas de la scolarisation d’un élève handicapé. 
 
13. Après la co-intervention
 
- Besoin d’un bilan de la co-intervention et d’une analyse du dispositif. A-t-on besoin d’une remédiation, d’un réajustement, d’une poursuite de l’action…? Les objectifs ont-ils été atteints ? 
- Bilan de l’enseignant spécialisé (cf. obstacles, risques…) et bilan avec le maître.
- Fixer la durée de vie de la co-intervention. 
- Évaluer la qualité du transfert pour l’élève en difficulté suite à une situation de co-intervention. 
 
14. En savoir plus
 
Cet article s’inspire largement des sources suivantes : 
- Les pratiques pédagogiques de co-intervention des maîtres E en réseau d’aide, Laurent Lescouarch.
Nouvelle revue de l’adaptation et de la scolarisation, n° 38, 2007.
- Faire la classe à plusieurs, Garnier, 2003, PU de Rennes
- Enjeux et limites d’une formation au partenariat, Corinne Merini, IUFM de Versailles, 1999.

 

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