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Une page de la Bible : la tour de Babel

Temps de lecture : 23 minutes
Une page de la Bible : la tour de Babel

L’autre, l’étranger, celui qui est différent, qui parle une autre langue, celui dont je ne comprends pas la culture… Et pourtant, affirme la foi d’Israël et des chrétiens, toute l’humanité a une seule origine. Nous formons une seule famille, nous possédons un même sang, sans races supérieures ni inférieures.

Allons donc à la découverte de cette histoire de la tour de Babel que la Bible nous raconte dans le livre de la Genèse (11, 1-9)

1- Le texte biblique
"1. Tout le monde se servait d'une même langue et des mêmes mots.
2. Comme les hommes se déplaçaient à l'orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et ils s'y établirent.
3. Ils se dirent l'un à l'autre : "Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu ! " La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier.
4. Ils dirent : "Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre !"
5. Or Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties.
6. Et Yahvé dit : "Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises ! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux.
7. Allons ! Descendons ! Et là, confondons leur langage pour qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres".
8. Yahvé les dispersa de là sur toute la face de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville.
9. Aussi la nomma-t-on Babel, car c'est là que Yahvé confondit le langage de tous les habitants de la terre et c'est de là qu'il les dispersa sur toute la face de la terre".

2- Une traduction extraite du livre "Comme un amandier "(Editions Privat)
Les hommes étaient une seule tribu. Ils parlaient la même langue. Ils avaient les mêmes mots. En marchant avec leurs troupeaux, ils découvrent une grande plaine, avec des sources et des arbres. Ils décident d’y habiter.
Ils se disent entre eux : "Voilà que nous avons trouvé le territoire qu’il nous faut. Allons ! Fabriquons des briques. Mettons-les à cuire dans un four. En assemblant ces briques avec du mortier, construisons des murs".
Ils se disent : "Allons ! Bâtissons une ville avec une tour qui sera belle et montera si haut dans le ciel qu’on la verra de loin".
Les hommes n’avaient plus qu’une idée : bâtir, construire, toujours plus, encore et encore. Ce n’était plus une vie !
Même Dieu descend pour voir la ville et la tour que les hommes bâtissaient. Il se dit à lui-même : "Comme ils sont grands et forts ! Ils le voulaient et ils arrivent !"
Alors Dieu mélange les langues des hommes. Il aurait pu détruire la tour. Et la détruire inlassablement, au fur et à mesure que les hommes la bâtissaient à nouveau. Mais Dieu avait une autre idée. Cette idée était de faire que les hommes ne parlent plus le même langage. Les hommes ne se comprenaient plus les uns les autres. Alors ils arrêtèrent de construire la ville avec sa tour. C’était bon qu’ils arrêtent. Aujourd’hui encore, cette ville, on l’appelle Babel, la ville où les hommes sont heureux d’être mélangés.

3- On peut aussi aborder ce texte avec des enfants en utilisant la chanson de Mannick (extraite du CD "Chante-moi la Bible- Ancien Testament)"

En ce temps-là,
Les peuples de la terre
Parlaient comme des frères,
Et d’une même voix.
Pour devenir
Les maîtres de la terre,
Ils ont mis pierre à pierre,
Des murs, aux quatre vents !

Il y a longtemps,
Au début de l’histoire,
Les hommes épris de gloire,
Se voulaient tout puissants ;
Et peu à peu,
Ils ont construit une ville,
De broc et puis de briques,
Et la tour au milieu !

Mais le Seigneur
A brouillé leur langage,
Pour briser au passage
Leur folie des grandeurs !
Ils ont cessé
De courir aux étoiles,
En laissant aux broussailles,
La tour inachevée.

Alors les langues et les couleurs
Se sont multipliées,
Pour inventer sous le soleil,
Une autre humanité.
Loin de la ville de Babel,
Les hommes ont émigré,
Sur tous les tons de l’arc-en-ciel,
Ils se sont dispersés !

Refrain
Dans cette ville un peu trop belle
Aux portes du soleil
La tour qui vient gratter le ciel
C’est la tour de Babel !


Situons le texte biblique
Dans la Bible, ce récit légendaire est placé après celui du Déluge. Il veut expliquer pourquoi l’humanité issue des trois fils de Noé : Sem, Cham et Japhet, est faite de 70 peuples tellement différents, aux langues si variées. Babel, dans la Bible, c’est Babylone, la capitale qui domina tout le Proche-Orient à plusieurs reprises et notamment aux 7ème et 6ème siècles avant notre ère. Avec ce nom de Babel, l’auteur biblique joue aussi sur les mots. Le verbe "balal" (embrouillera, confondre) évoque la confusion du langage et la dispersion de l’humanité. Et en même temps, Babel, dans la langue des Babyloniens, signifie "porte des dieux" : une humanité dispersée constitue une chance, elle est une porte pour aller vers Dieu pat les lents chemins de l’Alliance.
La plupart des grandes villes de Mésopotamie possédaient des temples, d’immenses pyramides à sept étages, les ziggourats (mot issu d’un verbe signifiant "construire en hauteur"). Ces hautes tours étaient dédiées à la divinité protectrice de la ville. Babylone possédait aussi sa ziggourat : elle s’appelait "E-temen-an-ki", la maison du lien du ciel et de la terre.

Pour mieux comprendre l’histoire de Babel, quelques clés…
Comment les Anciens concevaient le monde ?
Les Israélites imaginaient le monde comme une terre plate, posée sur l’abîme des eaux d’ "en-dessous" et soutenue par des piliers. Aux extrémités du monde, les montagnes supportent le firmament. Celui-ci est une voûte solide, percée d’ouvertures, qui retient les eaux d’ "en-dessus", la pluie, tant que l’on tient ses ouvertures closes. Sur cette voûte sont attachés les corps célestes.
Ainsi donc l’univers est fait de trois parties : la terre, pour les humains ; sous terre, c’est le monde des morts et Dieu réside aux cieux.

Que représente le nom dans la Bible ?
Au verset 4, nous lisons : "faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés…". Dans le monde biblique, le nom est beaucoup plus qu’une appellation, un vulgaire numéro matricule. Il exprime une partie du mystère de chaque personne. C’est pourquoi le nom propre a toujours un sens souvent lié à Dieu. Ainsi, dès le début de la Genèse, Adam donne un nom au bétail aux oiseaux du ciel, aux bêtes de champs (Gn. 2, 20). Et tout au long des textes bibliques, les noms expriment la mission de chacun : Moïse, " je l’ai tiré des eaux", (Exode 2, 10) ; Jérémie, "Yahvé élève" ; Emmanuel, "Dieu vient sauver", etc.…

Quelle est la valeur du langage ?
Y a-t-il eu un même langage sur la terre ? C’est une question qui demeure car la diversité des langues est quelque chose d’étonnant. Ainsi on estime aujourd’hui encore à plus d’un millier le nombre de langues en Afrique.
Et pourquoi les langues sémitiques n’ont-elles rien de commun avec les langues indo-européennes ? Comment expliquer ces énormes différences ?
Dans la Bible, la langue désigne toute la culture : les mœurs, la pensée, l’art, la religion. Un seul langage, c’est la pensée unique et nous savons à quelles extrémités cela peut conduire !! La vie n’est possible qu’avec des différences. La vie en couple, en groupe, suppose le pluralisme et le respect des différences, même des minorités. L’étranger, parce qu’il est différent, est difficile à comprendre et inspire la crainte : alors on l’ignore ou on le chasse. Dieu a voulu des différences, nous dit le récit de la tour de Babel. "Alors les langues et les couleurs se sont multipliées pour inventer sous le soleil une autre humanité".

Pour réfléchir sur ce texte
L’homme veut rivaliser avec Dieu

A l’image des premiers chapitres de la Genèse présentant la création du monde et le péché d’Adam et d’Ève, nous retrouvons ici cette tentative éternelle de l’homme : être Dieu. "Vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal", avait dit le serpent du paradis. La construction de la tour est cette tentative d’atteindre les cieux, lieu de présence de Dieu, et de rivaliser avec lui. Les hommes veulent se donner un nom, ne pas recevoir leur identité d’un autre. Et pour cela, ils cherchent à mettre en place un régime basé sur le mode de l’uniformisation : plus de différences ; toute singularité est gommée.

La différence : c’est essentiel
Devant l’attitude des hommes, Dieu "descend" pour voir la tour et la ville que les hommes édifient. Mais non pour légitimer par sa présence ce projet, au contraire il intervient pour entraver le processus d’uniformisation. "Le Seigneur a brouillé leur langage pour briser au passage leur folie des grandeurs". Il a agi ainsi pour accentuer et consacrer les différences entre les hommes, assurant par là même son projet créateur, son désir d’alliance avec l’homme, protégeant la vie et lui permettant de s’épanouir. L’homme ne peut croire qu’il communique ou communie s’il n’a d’abord fait droit aux différences de l’autre en les respectant.
Si Dieu brouille le langage et dispersé les humains, est-ce qu’il nie la valeur d’unité, désir légitime de tout homme ? Non, il offre plutôt aux humains une nouvelle chance de vie : Dieu, passionné de la vie et de la liberté humaine, ne peut laisser l’homme s’engager dans une dérive totalitaire.

Le lien entre le récit de Babel et celui de la Pentecôte (Actes 2, 1-11)
Le récit de la Pentecôte vient en quelque sorte annuler Babel. Les gens qui écoutent les apôtres viennent de toutes les nations qui sont sous le ciel. La diversité des langues n’est donc pas abolie. Mais l’Esprit rend les assistants capables de comprendre, de communiquer entre eux. Dès ses débuts, l’Église est universelle : elle doit aller vers chaque peuple et lui dire dans sa propre langue "les merveilles de Dieu" réalisées en Jésus. L’humanité telle que Dieu la veut est cette communion où les distinctions sont vécues comme un lieu d’alliance, de communication et de partage d’une richesse inédite entre les uns et les autres.

Que faire avec les enfants ?
1) Situer le sujet en établissant le lien avec l’actualité : plus que jamais nous sommes en contact quotidien avec ce qui se passe dans le monde. Chaque jour l’actualité nous apporte son lot d’événements qui viennent alimenter nos conversations, nos réactions : une catastrophe à l ‘autre bout de la planète, l’attentat de New-York du 11 septembre 2001 qui a tant marqué les esprits, etc. Dans de nombreuses classes, place est donnée d’ailleurs à une revue de presse quotidienne ou hebdomadaire qui conduit les enfants à parler de ces sujets.
Régulièrement, nous vivons des temps forts dans le domaine sportif : les "Jeux Olympiques", des championnats du monde d’athlétisme, de natation ou des sports collectifs (foot, basket-ball, etc.) ; des athlètes, hommes et femmes, des cinq continents courent, sautent, rivalisent d’adresse pour obtenir les médailles tant convoitées.
Et puis, ce sont aussi nos élèves qui évoquent des destinations de vacances : quelque part en France ou même plus loin, à la rencontre d’une langue, d’une culture qui ne sont pas les leurs.
D’autres faits d’actualité peuvent sans difficulté montrer que ce récit de Babel est encore d’aujourd’hui.

2) Apprendre le chant de Mannick : cela veut dire en découvrir également la richesse des paroles.

3) Faire découvrir le texte biblique. Pour cela, il importe que nous utilisions notre art de conteur : bien habiter le texte, le mémoriser pour pouvoir regarder les enfants et croiser leurs regards…
Et laisser l’Esprit faire son œuvre !!
Et nous pouvons aussi faire appel à la belle légende amérindienne, la légende de l’arc-en-ciel, qui reprend le message de ce récit de Babel.

Un beau jour, toutes les couleurs du monde entier se mirent à se disputer. Chacune prétendait qu’elle était la plus belle, la plus importante, la plus utile, la préférée !

Elles se vantaient, à haute-voix, chacune étant bien convaincue d’être la meilleure. Le bruit de leur querelle s’enfla de plus en plus. Soudain, un éclair d’une lumière aveuglante apparut dans le ciel, accompagné de roulements de tonnerre. La pluie commença à tomber à torrents sans discontinuer. Effrayées, toutes les couleurs se tapirent et se rapprochèrent pour chercher un abri les unes près des autres.

La pluie prit la parole : "stupides créatures qui vous battez entre vous, chacune essayant de dominer l’autre, ne savez-vous pas que c’est Dieu qui vous a faites toutes, chacune dans un but particulier, uniques et différentes ?

Il aime chacune d’entre vous, il a besoin de vous toutes. Joignez vos mains et venez à moi. Il va vous étendre à travers le ciel en un magnifique arc-en-ciel, pour vous montrer qu’il vous aime toutes, que vous pouvez vivre ensemble en paix. Comme une promesse qu’il est avec vous, et comme un signe d’espérance pour demain"...

Ainsi, chaque fois que Dieu envoie une pluie pour laver le monde, il place l’arc-en-ciel dans son ciel, et quand nous l’apercevons, nous devrions nous rappeler qu’il veut que nous sachions, nous aussi, nous apprécier les uns les autres et le louer de notre merveilleuse complémentarité…



 

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