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Famille, familles : du 19ème siècle à aujourd'hui.

Temps de lecture : 14 minutes

Comment comprendre les modifications rapides survenues dans la vie familiale depuis 50 ans ?

Comment comprendre les modifications rapides survenues dans la vie familiale depuis 50 ans ? De nombreux indicateurs nous inquiètent ou nous laissent perplexes : l'augmentation du nombre de divorces, la diminution du nombre de mariages, des mots nouveaux désignant de nouvelles modalités de vivre ensemble-famille monoparentale, compagnon,beau-fils.
Face au doute que nous pouvons avoir, chacun, chacune dans notre vécu personnel de la famille, J.P. Pourtois nous livre une belle métaphore, que nous approfondirons tout au long de cet article « dans le langage musical, on peut dire que l'on assiste à une série de variations familiales sur des thèmes plus ou moins communs : on écoute des musiques familiales singulières, des synthèses inédites du fait de telle ou telle combinaison particulière de traits pertinents. »

Quelles sont donc ces "variations familiales" ? Et ces "synthèses inédites". Elles sont élaborées, pourtant sur des thèmes qui ne nous sont pas forcément inconnus, mais c'est la combinaison qui en est nouvelle. Si l'on continuait de filer la métaphore, la musique contemporaine heurte bien des oreilles, habituées à des variations classiques, et répulse même certains mélomanes.
Dans notre travail d'enseignants, nous sommes en relation importante et fréquente avec les familles, toutes sortes de familles et nous nous sentons démunis, lorsque ces nouvelles variations familiales viennent nous surprendre et ébranler les modèles sur lesquels nous nous sommes construits.
Or, il est important de réaliser que ce modèle intériorisé que nous avons de la famille va être très présent, bien qu'inconscient, lorsque nous rencontrons des parents pour parler de leur enfant, et que nous pensons bien vite, que compte tenu de son contexte de vie, ce n'est pas étonnant qu'il rencontre de telles difficultés.

Alors essayons de retracer l'évolution de la famille et de mieux comprendre ce qui se dit au travers de cette nouvelle musique.
Quelques rappels historiques
Quelques chiffres
Une mutation rapide

Quelques rappels historiques :
En 1835, le dictionnaire de l'académie note que le mot famille désigne le père, la mère et les enfants qui habitent ensemble.
C'est en 1860, en Europe, qu'apparaît dans le dictionnaire de Richelet, une distinction entre la famille restreinte et le reste de la parenté. Cette distinction n'est pas toujours faite dans d'autres cultures. Aujourd'hui les familles recomposées, à leur manière, font éclater cette distinction. Nous le verrons par la suite.
Peu à peu va émerger le concept de la "famille moderne" avec la notion de chez soi et d'intimité. Naît à la même époque l'école obligatoire et gratuite ; les enfants doivent être protégés par les adultes. Et bien des résistances apparaîtront pour envoyer les enfants à l'école car c'est souvent se priver d'une force de travail utile à la survie de la famille.
Le modèle de la famille "bourgeoise" va ensuite se développer jusqu'à devenir le modèle de la famille qui continue de nourrir les représentations que nous avons et les choix que nous pouvons faire.
Ce modèle est construit sur le mariage, qui garantit souvent la sauvegarde d'un patrimoine. Positif, lorsqu'il s'agit de terres, d'entreprises, de valeurs ; négatif , lorsqu'il s'agit de l'alcoolisme ou de la misère, pensons à la série des Rougon-Maquart de Zola.
La famille désigne l'ensemble des personnes qui vivent sous le même toit ; ces personnes ayant entre elles des liens biologiques, juridiques. Ce qui est primordial, c'est la sauvegarde de la famille, de l'institution ; le sujet passe en second plan. Les apparences ont beaucoup d'importance.Il y a une structure forte : les rôles sont bien définis, l'autorité du père est incontestée. Enfin le cadre spatio-temporel est assez stable.
Vers les années 60, la préoccupation éducative va prendre de l'ampleur. On va parler alors de la famille éducative. Le souci de la réussite scolaire va s'emparer des espaces familiaux jusqu'à peser si fortement aujourd'hui. La logique individualiste va peu à peu modeler les comportements. Les parents vont chercher à tout prix l'épanouissement de leur enfant et le consacrer en "roi".

Vont alors apparaître ces nouvelles variations familiales :
Familles monoparentales, familles recomposées, divorces de plus en plus nombreux.
Que peut-on dire de ces nouveaux modèles ?
L'amour reste fondateur et pousse à la vie en concubinage. Le mariage, dont le nombre était en légère augmentation jusqu'à l'année dernière, a lieu après plusieurs années de vie commune, quand très souvent, un enfant est déjà là.
La famille désigne des personnes qui vivent sous le même toit mais elles n'ont pas forcément de liens juridiques, ni de liens biologiques. Toutes les combinaisons sont possibles. Derrière cette apparente déstructuration, il y a une recherche de relations authentiques, qui permettent un développement de chacun et une réelle communication. Le lien qui unit ces personnes est plus démocratique ; il est aussi plus difficile à vivre.
C'est donc, cette recherche d'authenticité qui paradoxalement conduit aux ruptures des liens.

Regardons aussi les repères législatifs et les principales étapes des politiques familiales.
De 1804 à 1938 : c'est l'émergence du statut civil de la famille dans le code Napoléon. On porte assistance aux familles miséreuses.Les premières caisses d'aide aux familles vont apparaître sous l'impulsion des entreprises.
De 1938 à 1945 : c'est une politique familiale nataliste.
De 1945 à 1965 : le droit de vote est accordé aux femmes.
De 1965 à 1981 : l'état valide le concubinage par des lois sur le logement et la protection sociale (en 1970). Le statut civil est réformé.Le pouvoir paternel est transformé en autorité parentale. Les politiques familiales vont traduire une logique de correction des inégalités. L'avortement est dépénalisé par loi Veil de 1975.
De 1981 à nos jours : les politiques familiales ne vont pas chercher à privilégier un modèle plus qu'un autre, elles vont affirmer l'autorité parentale et mettre en place des mesures de soutien et d'aide à la parentalité. Le droit de la famille est en perpétuel chantier pour régler les divorces, les adoptions. Et le PACS voit le jour.

Quelques chiffres
Le nombre de mariages :
En 1945 500 000/an
En 1970 280 000/an
En 2000 presque 300 000/an voir sources INSEE
3 mariages sur 10 légitiment des naissances.
Les enfants nés hors mariage représentent 43% des naissances contre 10% en 1985.
Les familles monoparentales augmentent de 25% entre 1975 et 1982.
Le taux de natalité se maintient en France à 1,90 (2,9 en 1960 ; 1,73 en 1995 ; 1,88 en 2000)
6200 signatures de PACS en 1999 ; 23600 en 2000.

Une mutation rapide
Nous le savons bien, cette mutation rapide confirmée par les faits, les chiffres, les nombreuses études parues qui s'intéressent aux impacts de ces changements, nous interroge en profondeur au niveau personnel et au niveau professionnel.
De nombreux auteurs s'accordent à dire que la famille reste le fondement de notre vie d'adulte. C'est là que s'installe le sentiment de sécurité, si fondamental dans le développement de l'enfant et de l'adolescent.
"La famille est un enjeu d'existence pour l'individu et pour la société. Pour chacun d'entre nous, elle met en jeu sa naissance et sa mort, son lien de filiation et de fraternité, des amours et des haines tenaces, une histoire de vie et plus radicalement un sentiment de bonheur ou de malheur d'exister. Pour chacun d'entre nous, elle est un lieu à habiter, une éducation à digérer, des ancêtres à fréquenter, des places à tenir, des enfants à quitter, des comptes à régler. Appartenance et référence familiale sont un habit pour la vie….
Là est l'enjeu primordial de la famille : créer du lien, mais quels liens spécifiques au point que nulle autre institution n'en tisse de semblables ? En quoi et comment ces liens sont-ils un fil rouge pour l'existence entière ? "Albert Donval" ; Inventons la famille" ; chez Bayard Presse ; P212.

Comment donc entre une vision "nostalgique" et une vision "catastrophe" nous situer vis-à-vis de cette "institution" si fondamentale que nous peinons pourtant à définir aujourd'hui ?
Dans notre métier, ces interrogations nous conduisent à un décentrement absolument nécessaire pour ne pas imaginer que la famille que je rencontre a les mêmes repères, valeurs, modalités de vivre ensemble que moi et que le monde de l'école.
Il faut nous mettre vraiment à l'écoute de ces nouvelles musiques pour découvrir qu'au-delà des premières discordances, il y a de l'humanité. Nous devons prendre conscience de notre modèle idéal de famille que nous avons intériorisé, de nos représentations pour mieux comprendre d'autres manières de vivre, d'autres modèles familiaux.

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