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Valoriser les réussites

Temps de lecture : 15 minutes

Valoriser les réussites en s'appuyant sur les arbres de connaissances. Témoignage d'une expérience menée en ZEP à Marseille;

Je vous livre ici les quelques points forts de mon expérience en moyenne section de maternelle. Ils doivent être perçus seulement pour ce qu'ils sont : une ouverture personnelle vers de nouvelles pistes. Elles ont été travaillées dans le cadre d'un groupe de recherche de la ZEP de Marseille.

Je me suis appuyée sur "les arbres de connaissances " dont les principes sont :

  • Personne ne sait tout, mais personne ne sait rien
  • C'est tous ensemble que l'on apprend
  • On apprend qu'en ayant une image positive de soi
  • Les élèves ont besoin de visualiser où ils en sont.
  • L'enseignant est le garant d'une parole protégée sans jamais de moquerie.

Les " arbres de connaissances" c'est d'abord créer un groupe classe fort, conscient de son point de départ et là où il veut arriver en fin d'année.
Les différents apprentissages peuvent faire l'objet de " brevets ", sorte d'évaluation que l'enfant crée pour voir s'il arrive à réinvestir ce qu'il a compris pour faire passer ce brevet aux autres. Pour chaque brevet " passé " une feuille résumant la compétence acquise pourra être collée sur l'arbre de la classe qui bourgeonnera tout au long de l'année des différents savoirs acquis par tous les enfants de la classe.
Mes élèves n'ayant pas encore la maîtrise de l'écrit, l'enjeu pour moi était de m'inspirer de cette pratique tout en l'adaptant à la maternelle.

C'est tous ensemble que l'on apprend
Il s'agissait pour moi de fonder un groupe classe fort où les enfants prendraient conscience qu'ils ont besoin d'être tous ensemble pour réussir. Pas évident pour des enfants de 4 ans qui sont encore pour certains dans le " tout est à moi ". Mais c'était intéressant de rendre plus palpable leur fameuse " socialisation ".
Nous avons donc multiplié les activités collectives, avec de grands panneaux, pour comprendre qu'une tâche très fastidieuse, si tout le monde s'y mettait, pouvait être accomplie en donnant un résultat très satisfaisant.
Nous avons aussi travaillé sur le " tous différents mais tous semblables ". En élaborant deux panneaux avec les couleurs préférées et les couleurs qu'ils aimaient moins. Et là : comme par hasard des panneaux presque semblables. Nous n'aimons pas les mêmes choses, mais tous ensemble quelque part on obtient le même résultat.

On apprend avec une image positive de soi
Malheureusement, même très jeune les premières difficultés apparaissent. Inutile de faire la liste de tous les problèmes financiers, familiaux, culturels que rencontrent ces enfants et qui sont des obstacles a un bon apprentissage. Comment ne pas les enfermer si petits dans la spirale de l'échec sans pour autant les leurrer sur leur réussite ?
J'ai essayé tout au long de l'année de verbaliser leur réussite, d'en faire part aux parents, que nous avons trop tendance à convoquer que pour parler des " problèmes "
J'ai changé mon rapport à l'évaluation. Je pense que cela est possible dans notre environnement scolaire parce que nos parents ont un rapport à l'écrit difficile. Ils ne sont pas demandeurs de livrets d'évaluations dont ils ne comprennent pas les termes. Ces grilles restent personnelles.
Mes parents d'élèves que j'ai rencontré deux fois en collectif, ont été prévenu de ma façon de procéder, et j'ai multiplié les rendez vous personnels pour faire des bilans. Tout passe par la verbalisation.
Du côté de l'élève, le porte-vues qui était le contenant des évaluations est devenu " le cahier de mes réussites ". A la fin des séances d'apprentissage, j'ai fait mes évaluations comme chaque année, mais seuls les points verts sont présents dans ce porte-vues. Si l'enfant ne réussit pas, l'évaluation est placée dans le classeur journalier, sans point, et il faut alors reprendre l'apprentissage et travailler sur l'erreur. Je fais comprendre à l'enfant que l'on apprend à des vitesses différentes et que si l'on savait tout faire nous n'aurions pas besoin d'école.
Lorsque moi même je suis partie cette année en formation, je leur ai dit que j'allais dans une école pour les maîtresses pour apprendre de nouvelles choses. Moi non plus je ne sais pas tout…
Certains ont des porte-vues plus remplis que d'autres mais ils ne comparent pas entre eux.
Le but n'est pas encore une fois de faire preuve d'angélisme et de vivre dans un monde de points verts, mais de ne pas stigmatiser l'enfant aux points rouges… Les étiquettes se collent tellement vite pour un enfant au sein d'un établissement.

La visualisation
L'élève a besoin de savoir où il en est pour visualiser le chemin parcouru, les progrès.
Nous avons donc élaboré des panneaux, avec des chemins et des figurines où l'enfant se déplaçait.
Pour l'apprentissages de l'écriture du prénom par exemple, nous avons fait une montagne avec trois pistes : avec modèle, sans modèle, en cursif.
Il n'y avait que trois modèles de figurines pour permettre un choix à l'enfant tout en ne permettant pas une reconnaissance trop nette de la part des autres camarades pour respecter le parcours de chacun.
Il y eu des temps de langage collectif autour de ce panneau pour féliciter, encourager les progrès de chacun, et puis d'autres fois certains élèves venaient me montrer d'eux même leur progrès et nous allions ensemble monter leur petit skieur, ou changer de piste.
Après trois mois de " montagne ", l'arrivée du printemps et la stagnation de certains, nous avons décidé d'enlever cette montagne et de passer à autre chose.

La parole protégée
Amener l'enfant à s'exprimer sur ce qu'il sait faire n'est pas chose facile. D'abord il a du mal à avoir du recul sur ce qu'il a fait, et encore plus à le voir comme une réussite. Et puis il y a les timides, les introvertis.
Cependant, toujours en partant du postulat que tout le monde sait faire quelque chose, nous avons décidé de fabriquer " le trésor de la moyenne section ". J'ai fabriqué un coffre en 2 dimensions avec un faux cadenas, pour y coller à l'intérieur tout ce que nous savions faire.
Au tout début les enfants pouvaient verbaliser toutes sortes de savoirs : ce que je sais faire à la maison, dans la cour, dans la classe.
En individuel et sous forme de dessins de petits cadeaux, les enfants sont venus me dire " moi je sais faire ça… ", je le note au recto. Au verso le prénom est quand même écrit pour que je puisse m'y retrouver, mais cela reste anonyme pour le groupe classe. Ne pas forcer l'enfant à s'exposer. Apprendre c'est se mettre en danger.
En grand groupe, une fois par semaine, je faisais l'inventaire de tous les cadeaux que l'on était venu me présenter. A la lecture de certain, le principal intéressé pouvait se manifester, par fierté, mais cela restait une décision personnelle.
Pendant quelques temps j'ai suspendu cette activité pour éviter de tourner en rond.
Nous arrivons en fin d'année, j'ai repris cette pratique avec comme nouvelle consigne de me nommer un savoir qui concerne la classe et plus spécialement le travail (que l'enfant me dise qu'il sait jouer au coin poupée est devenu moins constructif). Pour cela, l'enfant peut aller chercher son cahier de réussite et me nommer un travail écrit pour lequel il a eu un point vert.
Une fois ce trésor " achevé " nous irons l'apporter symboliquement à la maîtresse de grande section pour effectuer la transition.

Conclusion Ces expérimentations, ces tentatives ont développé une ambiance de classe sereine, sans moquerie, ce qui n'était pas le cas l'année dernière. Les enfants sont fiers de leur progrès et les plus faibles sont encouragés. Difficile cependant de rentrer dans le véritable " échange de savoirs ", cependant ils s'offrent entre eux de petites choses, dessins, petits objets en pâte à modeler durcissante, ce qui était réservé avant à la maîtresse.
Le dialogue avec les parents est riche et permanent ce qui permet de suivre l'élève tout au long de l'année. Bien sûr il y a toujours les parents qui ne viennent pas ou qui semblent un peu détachés, mais de moins en moins…
Cette pratique n'enlève pas les difficultés aux enfants les plus faibles, elle permet juste de les encourager d'avantage pour dépasser certains blocages. Il reste toujours cette frustration de ne pas pouvoir tous les amener au même point mais cette formation nous a appris aussi à nous déculpabiliser, nous ne sommes pas omnipotents, nous n'avons pas de pouvoirs surnaturels, juste la motivation, la conviction et la foi…

N.B. : J'ai choisi les arbres de connaissances parce que le postulat de base " personne ne sait rien " m'a paru intéressant et capital dans un établissement comme le notre où beaucoup d'enfants, même très jeunes, ont déjà le sentiment d'échec.
Remerciements particuliers et chaleureux à nos formateurs ainsi qu'aux collègues d'autres niveaux avec lesquelles les échanges ont été constructifs, enrichissants et amicaux.

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