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Parler ou avoir la parole ?

Temps de lecture : 27 minutes

La parole en récréation, à la cantine, en catéchèse, en classe, à l'école. Parole piégée et parole vraie. Comment penser l'école pour favoriser une parole vraie...

Cette contribution est la trame d'une intervention, le 2 juillet 2002, à la multi-sessions organisée par la DDEC d'Angers.
L'intervention se passait en visio-conférence. Une vidéo a été enregistrée.


Introduction :

Résolution des Assises
" Intégrer la parole des élèves sur les modes d'apprentissage et l'organisation du temps scolaire ".
Titre de la multi-sessions :
" Choisissons la confiance…osons la parole. "
Dans la suite de demi-journées pédagogiques. Avec l'apport des nouveaux programmes sur le " vivre ensemble " et " l'interdisciplinarité ". Avec la distinction entre parole et langage. Dire et se dire.
Langage = maîtrise formelle de la langue française.
Parole = nécessité de communication
La norme scolaire privilégie la forme. Comment en école catholique privilégier la " parole vraie "?
On parle comme on respire, c'est le langage. C'est de l'ordre de l'inconscient. Quand on passe au conscient, on est dans le registre de la parole.
Il s'agit d'éviter la confusion entre " faire parler les enfants et donner la parole aux enfants ".
Objectif : Pointer des situations que nous vivons à l'école pour repérer les risques et les points d'appuis.


1. Le statut de la parole suivant les lieux, les temps, les personnes.
Différences de parole suivant les situations, les personnes.

· La parole en récréation
· La parole à la cantine
· La parole en catéchèse
· La parole en classe (temps institués, temps d'apprentissage, temps clandestin)
· La parole sur l'école


La parole en récréation :
" Tais-toi, garde ces bavardages pour la récréation ".
La conversation fondamentale dans la vie humaine, est appelée " bavardage " en classe et renvoyée à la cour.
Parole tolérée avec des seuils de tolérance divers : " caca boudin ", verlan, portugais, patois…
La parole premier outil des relations sociales : Prendre le ballon, dire " Donne-moi ton ballon " ou " je voudrais jouer avec le ballon "

La parole à la cantine :
" Faites moins de bruit ! " Contenu indifférent, sauf si contraire aux mœurs.

La parole en classe :
parler

Temps institués :
- Parole étudiée : leçon de langage, la maîtrise du langage. Contextualisation ?
- Parole jouée: théâtre, sketches, chants, poésie.
- Parole expressive : Quoi de neuf ? Exposé
- Parole organisationnelle : Conseil d'enfants ou de coopération, pédagogie de projet
- Parole débat : débat philosophique. Remise en cause de sa pensée. " C'est quoi grandir " " Est-ce qu'il n'y a que les bébés qui pleurent ? "

Temps d'apprentissage :
- Parole scolaire : question - réponse - enseignant - élèves.
La " bonne parole " est la réponse qui permet de faire avancer la leçon. Objectif du dialogue : rendre la classe " plus vivante ". Pas de place pour l'inattendu. Pas de vrai dialogue.
Inégalités sociales : les classes moyennes participent davantage. Les " enfants de cadre " n'ont pas besoin de faire le " jeu du maître ", de ce passage par cette verbalisation inefficiente.
40% de la parole du maître porte sur la discipline : " Fais moins de bruit ! Va jeter ce papier ! Mettez-vous en rang !… "
La parole scolaire valorise davantage la correction que le message.
- Parole qui exclue ou qui intègre : niveau de langue du maître, des pairs.
- Parole qui tue : " Tu es nul ! "
Parole qui grandit : " Tu fais des progrès " " comment as-tu fait ? ".
- Parole pédagogique : Monitorat, travail de groupe, dialogue pédagogique, élaboration de projets.
- Parole scientifique : Hypothèse, démonstration
- Parole créative : jouer avec les mots, inventer des phrases, des textes, dictée à l'adulte, expression écrite.

Temps clandestin : pendant ou entre 2 activités
- Parole privée, intime réservée à un cercle restreint, qui échappe aux autres. " Demain, on fête mon anniversaire à la maison " " Est-ce que tu veux bien être mon amie ? "
- Parole fardeau : fait référence à l'enfant, décalée par rapport à l'école : " Papa il a cogné maman. " " Maman, hier elle est pas venue à l'école me chercher. Elle était encore saoule " " Mon frère, il a de la came, ça lui fait du blé. "
- Parole sur le scolaire, sur le vécu. Parole d'appropriation, de transfert, ou de contestation. " On a déjà vu ça l 'année dernière ! " " J'ai vu un documentaire à la TV qui racontait la même chose ! "
- Parole médiatrice : " Il a pas compris " " Il pleure parce que les autres lui ont pris son goûter ".
- Parole muette : regards, gestes, mouvements, attitude " l'enfant qui garde son manteau ". " L'enfant qui n'a pas son matériel ". " L'enfant qui déchire son travail ", l'enfant qui a mal au ventre les jours de piscine " " l'enfant qui cache son travail ", l'enfant qui va faire pipi, qui baille… Elle précède ou remplace la prise de parole. Difficulté de communication induite par la situation ou inhérente à la personne.
80% de la communication passe par le non-verbal.

- La parole en catéchèse :

· " Parole " révélée
· " parole " témoignage, " parole " partage
· Expression personnelle et intime


La Parole et la parole. Réflexion et engagement. Parole donnée et positionnement personnel.
- Parole révélée
Evangile : Parole révélée, non discutable. Vérité absolue. Ecoute.
- Parole témoignage, parole partage : Temps de partage, liens avec la vie.
Discussion sur la compréhension du message (débat), partage sur l'écho que cela a pour chacun (parole et écoute, témoignages - non discussion), liens possibles avec la vie (échanges, débat). Je, il… retour vers le " je ".
- Expression personnelle et intime où chacun s'engage. Vie de Foi.
Aider l'enfant à s'affirmer tel qu'il est.

- La parole sur l'école : " Qu'est-ce que tu as fait à l'école aujourd'hui ? " Le parent pédagogue. Aide à la reformulation, aide à faire des liens entre ce qui est appris à l'école et la vie.


> Apprendre les règles de la parole suivant les lieux et les temps.
> Apprendre à repérer l'implicite, le non verbal.



2. Parole piégée et parole vraie.

parler


- Intimité violée : " Répète ce que tu viens de dire tout bas à ton voisin ". " Qu'as-tu fait ce week-end ? " Tout n'est pas bon à dire (à révéler dans le contexte scolaire. Renvoie au " Comment ça va ? on attend la réponse " bien ", risque de parole fardeau publique -> Intimité reçue " Est-ce que tu aurais quelque chose à raconter qui serait intéressant pour la classe? " " Est ce que tu veux me dire quelque chose ? " " On en reparle tous les 2".
- Parole de soumission : " Demande-lui pardon ! ", " Tu n'as pas honte ! " " Tu ne dois pas… " et parole de liberté : " Il est triste ! " " Comment aurais-tu pu faire autrement ? " C'est aussi l'ambiguïté des " contrats avec l'élève : " Tu promets d'être sage ", document avec signature de l'élève non négocié. Il vaux mieux parfois dire " j'ai compris " pour pouvoir sortir en récréation et avoir la paix.
- Mensonge pieux : " Ca t 'ennuie ce que je raconte ? " -> Règles de civilité à expliciter.
- Oral pour dire : " réponse attendue " -> oral comme aide à penser. " réfléchir à haute voix ".
- Communication inutile : Situation de concurrence -> communication nécessaire : situation de coopération
- Communication passive : " Ecouter, répéter, mémoriser, restituer " -> communication active : " une situation problème qui met en recherche : penser, collaborer, construire, créer. "
Ex.: décrire un tableau que tout le monde a sous les yeux ou à partir d'un tableau partiellement caché faire des hypothèses, argumenter ; découvrir un morceau plus grand et réajuster les hypothèses…
- Parole incomprise : Utilisation de " pseudo-concepts " incompris. Fausse représentation. Ex . : " Le sujet, c'est le mot qui est devant le verbe. " -> parole opératoire pour la pensée.


> Repérer les pièges de situations et de statuts.
> Passer de la réponse attendue aux questions du maître à la parole personnelle, réflexive et engageante.
> Donner du pouvoir aux enfants et donc accepter d'abandonner une partie de son pouvoir.
> Penser l'école pour favoriser une " parole vraie "



3. Penser l'école pour favoriser une " parole vraie "

parler

Des paradoxes à gérer ou des dilemmes à vivre :
- Dialoguer avec les élèves (liberté) et faire " le programme " (contrainte, but)
- Contrat " éducatif " : cadre donné, attentes, statut et liberté de parole (registre du privé, du hors sujet). Etre garant des propos tenus dans l'école, de l'éducation ce qui conduit à entrer dans la sphère du privé (écouter une conversation privée, fait répéter…) et respecter l'enfant. Contrôler et accepter la parole qui échappe.
- Une écoute de la personne et un groupe à faire fonctionner.
- Contrat pédagogique : écouter, participer, respecter ses interlocuteurs ; et contrat didactique : Expliquer son raisonnement, reconnaître ses erreurs, dire ses doutes.
- Le silence nécessaire au travail et les interruptions de l'enseignant pour une consigne, une aide, un rappel à l'ordre. " Ramener l'enfant sur terre " et interrompre ses pensées qui l'aident à construire son apprentissage.
- Communication " gouvernée " (Enseignant garant des échanges, des contenus, du niveau, de leur correction, de leur durée, de la progression, du but) et égalité pour un dialogue vrai.
- Des jugements portés par écrit et pour des tiers. Sur les carnets ou en entretien avec les parents : " Il parle trop ! " " Il ne cesse de poser des questions ! " " Il prend la parole sans la demander ! " " Il devrait s'exprimer davantage " " Il ne participe pas assez ! " et respect de la personne. Une communication appréciée ou réprimandée. C'est bien ou c'est mal selon qu'on se conforme aux règles.
- Pression à la prise de parole et prise de parole libre.

Des modalités pédagogiques :

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Construire un savoir pour soi = silence
Construire un savoir ensemble = dialogue.
- Dialogue pédagogique : " Explique-moi ce que tu ne comprends pas ! Dis-moi comment tu as fait pour que je comprenne pourquoi il y a une erreur. Comment avez-vous fait ?"
- Interactions didactiques pour négocier les représentations.
- Résolution de problèmes.
- Démarche scientifique : Hypothèse, vérification, démonstration, analyse
- Expression créative : des textes d'improvisation, dictée à l'adulte, expression écrite….
- Débat. Ex. : débat philosophique. Remise en cause de sa pensée. Argumentation.
- Monitorat, à 2 : Optimise les performances intellectuelles des plus faibles sans pénaliser les plus forts. Plus l'hétérogénéité est grande, plus l'adaptation à l'autre est nécessaire, plus la parole est élaborée.
- Travail de groupe. S'enrichir des autres, construire ensemble. Modalités diverses : 1-2-3-4 puis 1 ensemble
- Travail par projets co-élaborés.
- Prise de décision dans le cadre du fonctionnement de l'école ou de la classe.
On passe de l'échange verbal pour motiver et transmettre un savoir ( leçon exercices) à une parole qui a un rôle dynamique dans l'appropriation du savoir (situations problèmes, sorties…)


> Organiser des situations complexes.
> Proposer des modalités favorisant l'échange entre élèves
> Donner des consignes larges : raconter, argumenter, faire agir un camarade, exprimer des idées….



Une organisation institutionnalisée.
La parole ce n'est pas du bavardage. Un cadre institutionnalisé (pas figé) aide à des prises de parole. Cf : conseil d'enfants ou conseil de coopération… Les règles de fonctionnement claires libèrent. On peut être sur le fond, on n'a pas à se battre pour la forme, pour se faire entendre.

Un conseil d'enfants permet de donner la parole aux enfants sur la vie de l'école. Mais s'agit-il, pour eux, de demander des récréations plus longues, du sel à la cantine …? La mise en place d'une telle instance ne garantit pas que la parole soit respectée, prise en compte, qu'elle concerne l'essentiel de l'école et qu'elle n'est pas bafouée en dehors de cette instance.

Instituer des lieux et des temps. Libérer la parole par la mise en place de rituels ayant du sens.

Une parole contextualisée et analysée.
- Apprendre à prendre la parole, apprendre à écouter, apprendre à faire évoluer sa pensée.
- Apprendre à préparer, à différer
- Apprendre à adapter sa parole aux lieux, aux situations, aux interlocuteurs. Repérer l'implicite.

Prévoir des temps d'analyse de situation, verbaliser. " métacommuniquer "


Des attitudes pédagogiques.

> Considérer l'enfant comme un sujet sur le plan individuel, comme un acteur dans la société " école ". C'est un acteur dans les apprentissages : doutes, questions, recherches, construction du savoir avec le groupe, construction de sa personnalité en relation avec les autres. L'enseignant donne les conditions, organise, régule et accompagne.
> Permettre une parole qui engage la pensée et les actes. Oser la parole, risquer la parole.


Une attitude de l'enseignant qui écoute activement celui qui parle, qui reformule, synthétise, intervient peu et à bon escient pour que les élèves parlent, s'engagent, réfléchissent et écoutent les autres.


4. Evaluer les moyens de cette " parole vraie ". Vivre cette parole.
- Relecture et analyse d'organisation et de modalités de prises de parole.

Pour éviter la confusion entre " faire parler les enfants et donner la parole aux enfants ".
Pour dépasser le constat illusoire de " les élèves s'expriment " à une prise de parole réelle.

Il s'agit d'éviter la confusion entre " faire parler les enfants et donner la parole aux enfants ". Quand, dans une classe, une enseignante demande : " une phrase commence par… et se termine par… " et que les enfants répondent : " Une majuscule…un point. ", c'est la pédagogie " de la pêche à la ligne " où l'enseignant pose une question à laquelle l'enfant doit donner la réponse attendue. Cela peut donner l'illusion que les enfants s'expriment ! Mais ce que l'enseignement catholique recherche, c'est la parole réellement donnée aux enfants.

> Quand le but à atteindre est premier : " être sage, faire sa leçon ", on dérive vite vers de la parole piégée. Quand on établit une écoute vraie, une relation d'égalité et un objectif à atteindre ensemble, on a des chances d'être dans le registre de la parole vraie.

Des outils proposés sur sitEColes.
- Grille de relecture sur la place de la parole donnée dans l'école.
- Des repères pour mettre en place un conseil d'enfants.

- Isomorphisme.
Qu'est-ce que je fais de la parole de mes collègues, des parents, des partenaires ?
Qu'est-ce que mes collègues, les parents, les partenaires font de ma parole ?
Quelles conditions pour une parole vraie et non piégée.

Choisissons la confiance…osons la parole dans la communauté éducative.

Conclusion : poursuivre le travail

Fil rouge des ateliers : Comment faire vivre la parole de l'enfant dans ma classe ? C'est intéressant d'avoir l'occasion de creuser cette question dans un champ et de le faire à plusieurs. Evite de basculer dans la " parole piégée ", on se régule mutuellement, permet de construire une dynamique à transférer dans d'autres situations.

« C'est parce que nous avons une parole partagée que nous pouvons avoir une parole réfléchie » Paul Ricoeur

> Vivre son projet d'école en cohérence.


Les éléments pointés, devraient permettre d'avoir davantage conscience de ce qui se passe à l'école. Il s'agit donc dans ce cadre de :
Faire confiance aux enfants, à ses collègues, à son chef d'établissement, aux parents d'élèves (même les plus " défaillants "), aux formateurs. Se faire aussi confiance.

> Choisissons la confiance…osons la parole.

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