ECD (230)
Réformes du système éducatif et spécificité des projets éducatifs de l'enseignement catholique
     
En associant au développement des compétences un registre de culture et de valeurs, en indiquant clairement les référents qui les inspirent, les projets éducatifs de l'Enseignement catholique affichent leur spécificité par rapport aux réformes.

[ Mots-clés : programme d'enseignement, enseignement catholique, projet éducatif ]
  Bruel Edouard
01-03-2000
Atelier 9
Depuis la loi d'orientation de 1989, le ministère de l'Education nationale a défini un nouveau cadre pour l'organisation du cursus scolaire, réformé les programmes et donné de nouvelles orientations aux projets éducatifs.
Ces textes concernent aussi l'Enseignement catholique dans la mesure où ses établissements sont en contrat avec l'Etat et se situent dans le cadre du service public.


Dans l'ensemble cette réforme est bien reçue, et cela pour la bonne raison que l'on y retrouve des notions et des principes qui ont d'abord été proposés et défendus par l'Enseignement catholique. C'est le cas, entre autres, de la " communauté éducative ", du " projet d'établissement ", de la " pédagogie centrée sur l'enfant " et de la conception globale de " l'établissement lieu de vie ". Les responsables et le personnel des établissements de l'Enseignement catholique sont cependant perplexes devant les textes réglementaires, les directives et les commentaires publiés par le Ministère. Le premier sentiment est d'être volé, avec un certain dépit éprouvé par ceux qui s'étaient battus pour faire passer ces idées et les mettre en pratique en rencontrant précédemment l'incompréhension et l'hostilité de l'administration. On peut tout de même se réjouir de voir qu'il y a enfin une reconnaissance de nos bonnes intuitions et que l'ensemble de la population scolaire pourra bénéficier de ces dispositions.

Entrer dans la mise en œuvre de la réforme

Les établissements de l'Enseignement catholique vont donc entrer dans la mise en œuvre de la réforme. Les orientations qui avaient été données par les directions diocésaines et toutes les instances d'animation et de formation sans grands résultats se trouvent désormais présentées comme des directives qui s'imposent. Et le personnel de l'Enseignement catholique, toujours un peu craintif devant l'inspecteur va se comporter en bon élève, mettant souvent plus de zèle que les établissements publics à s'adapter.
Mais voilà justement que cette situation pose problème : dans ce contexte que reste-t-il de spécifique à l'Enseignement catholique ? Si tous les établissements, qu'ils soient publics ou privés, ont les mêmes référents, pourquoi les parents paieraient-ils une scolarité sans pouvoir identifier des propositions éducatives qui justifient cet investissement. D'autre part, quelle est l'autorité reconnue qui a un pouvoir d'intervention et d'animation des établissements de l'Enseignement catholique ? Quelles sont les instances qui peuvent contribuer à la définition et à la mise en œuvre de projets éducatifs marqués par l'appartenance à l'Enseignement catholique ?

Nouvelles orientations pour tous.

Deux domaines sont à inventorier pour traiter ce sujet : le premier consiste à dégager les axes de la réforme, le deuxième nous amènera à chercher à mieux définir la spécificité de l'Enseignement catholique.
Le primaire a déjà un peu de recul par rapport aux premiers textes qui ont organisé le cursus des élèves en créant les cycles. Ce nouveau dispositif s'est accompagné de la mise en place de l'heure hebdomadaire de concertation. Bien qu'il y ait eu des résistances liées aux difficultés organisationnelles et au poids des habitudes, cette réforme a conduit à une meilleure prise en compte des rythmes d'apprentissage et a permis des " remédiations " prévenant les échecs. Par le fait, les redoublements ont pratiquement disparu dans les écoles avec la mise en place des cycles.

Pour le collège, la réforme s'est mise en place de façon progressive et vient tout juste d'atteindre la classe de 3e. On retient comme importance, la " réorgarnisation " en trois cycle qui exclut toute " réorganisation " en fin de 5e, et conduit à la scolarisation de tous les élèves, dans " le collège pour tous ". Les dispositifs de différenciation et d'adaptation qui sont prévus pour tenir compte de la diversité des situations dans le contexte d'un parcours unifié, restent bien difficiles à mettre en place.

Mais de nouvelles orientations sont données par le Ministère, qui marquent une rupture par rapport aux pratiques précédentes, en définissant un projet éducatif.

L'enseignement catholique avait le champ libre dans ce domaine tant que les établissement publics soucieux de neutralité ne parlaient que de compétences. Les réalités sociales actuelles conduisent à donner d'autres directives aux établissements scolaires.
La première observation porte sur le fait que la démocratisation de l'école et du collège étant faite, il s'agit de considérer la fréquentation de l 'école comme un parcours commun pour tous les enfants, destiné à leur donner des compétences, mais aussi une culture commune pour s'intégrer dans la société française. Les enfants qui, dans la vie privée familiale, ne reçoivent pas l'éducation et la culture qui fondent notre vie sociale doivent les trouver à l'école. On n'est plus dans un parcours élitiste, mais dans une proposition d'éducation pour tous.
La deuxième observation part du constat des difficultés actuelles de socialisation, des situations de violence et d'insécurité. Un besoin évident d'éducation au respect mutuel et à l'acceptation des règles de la vie sociale apparaît. Ce problème est traité essentiellement en insistant sur l'éducation à la citoyenneté, mais on entend le ministre de l'Education nationale parler désormais de l'éducation morale à l'école.
Pour le lycée, les deux axes de la réforme qui paraissent essentiels concernent la différenciation des filières pour sortir de l'idéalisation de l'enseignement général, et bien sûr la réorganisation de la vie scolaire pour que les lycéens puissent retrouver un peu d'intérêt et de sens à ce qu'ils font sans réduire leurs études à une simple fonction utilitaire visant l'obtention des diplômes.

Caractère propre d'un projet éducatif chrétien

Comme nous l'avons déjà dit toutes ces réformes concernent l'Enseignement catholique et ouvrent pour lui un chantier considérable… Alors que lui reste-t-il pour marquer sa spécificité ?
Dans le domaine des démarches pédagogiques, des acquisitions de compétences et de l'accompagnement pour la réussite scolaire, l'Enseignement catholique ne se différencie plus de façon aussi nette. Faut-il regretter ? Ce n'est pas dans ce domaine qu'il soit marquer son caractère propre. Il n'y a pas d'intérêt à chercher à se différencier uniquement pour se démarquer.
Notre solidarité avec les établissements publics est une réalité, pour préparer les jeunes à vivre dans la société actuelle. Notre premier objectif est sans doute de tirer le meilleur parti des réformes en cours.
Mais ensuite apparaissent les questions essentielles, qui touchent à la définition d'un projet éducatif. Nous butons sur les limites d'une simple recherche de performances et des projets d'établissement qui ne sont centrés que sur le développement de compétences. L'école s'adresse à des personnes qui cherchent du sens dans ce qu'on leur propose. L'éducation vise l'intégration dans une communauté qui se fonde sur une culture et des valeurs. Un projet éducatif qui s'adresse à des sujets se réfère à une anthropologie et s'appuie sur les convictions qui fondent la dignité de la nature humaine.

Les projets éducatifs de l'Enseignement catholique associent au développement des compétences un registre de culture et de valeurs, en indiquant clairement les référents qui les inspirent.
Les projets éducatifs de l'Enseignement catholique intègrent les projets humanistes de l'Education nationale en y ajoutant une visée globale fondée sur la tradition chrétienne. Le caractère propre d'un projet éducatif chrétien se réfère à des textes, la Bible et l'Evangile, à une tradition culturelle et à des convictions liées à la reconnaissance de Jésus Christ, et reconnaît le rôle structurant et régulateur d'une institution, l'Eglise catholique.
Les parents qui souhaitent pour leurs enfants une éducation fondée sur des valeurs, trouvent dans l'Enseignement un projet éducatif qui nomme ses référents et la reconnaissance d'une institution qui en assure la fiabilité.



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