Redécouvrir des pages de l'Evangile : le miracle des pains
     
Le miracle des pains : explication de texte

[ Mots-clés : prière, culture religieuse ]
  Garel Yvon
secrétaire général
DDEC Côtes d'Armor
17-01-2005
LE MIRACLE DES PAINS (Jean 6 , 1-15)


Le texte

Après quoi, Jésus est parti sur l'autre rive de la mer de Galilée, appelée aussi Tibériade. Une foule de gens le suivait à cause des signes qu'ils l'avaient vu opérer sur des malades. Jésus est monté dans la montagne, il s'est assis là-haut avec ses disciples. La fête de la Pâque juive approchait. Soudain, levant les yeux, Jésus a aperçu la foule qui venait vers lui. " Où peut-on acheter du pain pour nourrir tant de gens ? " demande-t-il à Philippe. Il disait ça pour le mettre en face des choses, il savait bien, lui, ce qu'il allait faire. Philippe répond : " Deux cent journées de salaire ne suffiraient pas à ce que chacun ait un morceau de pain. " André, un des disciples, le frère de Simon-Pierre, dit : " Il y a là un petit garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons, mais qu'est-ce que c'est pour tant de monde ! " " Qu'ils s'installent ", dit Jésus . L'endroit était plein d'herbe et les gens se sont étendus dessus, environ cinq mille personnes.
Jésus a pris les pains, il a remercié en priant, et il les a distribués à ses invités, ainsi que les poissons, à satiété. Quand tous ont été repus, il a demandé à ses disciples : " Ramassez ce qui reste afin que rien ne soit perdu. " Ils ont ramassé ce qui restait des cinq pains d'orge dont tous avaient été nourris, ils en ont rempli douze paniers.
Devant le signe qu'il leur avait adressé, les gens ont dit : " C'est vraiment lui le prophète qui arrive dans le monde. " Jésus a senti alors qu'ils voulaient l'enlever pour le faire roi et il s'est enfoncé dans la montagne seul.


(Traduction de la Bible de Bayard)

Situons le texte
Ce passage de l'Evangile de Jean est le début du chapitre consacré au pain de vie. Jésus a rencontré une femme près du puits en Samarie (Jean, 4). Il est monté à Jérusalem pour une fête : il y a fait face à l'incrédulité des Juifs. Et le voilà qui revient en Galilée : c'est l'incrédulité des foules de Galilée. A part le petit groupe des douze, tout Israël refuse de la croire.
Ce texte du miracle des pains est le seul de tous les récits de miracles de Jésus commun aux quatre évangiles. Nous le retrouvons en Matthieu (14, 13-21 et 15, 32-39) en Marc (6, 32-44) et en Luc (9, 10-17).
Chez Jean, c'est le quatrième des sept récits de " signes ", de miracles.


Des questions pour travailler
  • Faire le parallèle avec les récits des autres évangélistes qui relatent ce miracle des pains (voir références ci-dessus). Noter les ressemblances, les différences…
  • Observons les lieux, les déplacements des personnes, les attitudes de la foule, des disciples…
  • Que fait Jésus ? Que dit-il ?
  • Repérons les épisodes qui précèdent et qui suivent, avec en particulier la marche sur les eaux qui vient s'intercaler entre ce miracle et le discours sur le pain de vie (en manifestant dans cette marche sur les eaux la puissance divine de Jésus, le récit veut préparer les disciples à accepter le message sur le pain de vie).


    Des mots pour mieux comprendre
    Les quelques mots retenus et explicités plus longuement viennent enrichir ce que vous avez pu déjà repérer dans les notes de bas de page de votre Bible.

    Mer de Galilée
    Cette mer est le lac de Tibériade (12 sur 20 km), du nom de la ville fondée dix ans auparavant, sur sa rive ouest.

    Les signes
    L'évangile de Jean se présente en deux grandes parties : le livre des signes (chapitres 1 à 12) et l'Heure de Jésus (chapitres 13 à 20).
    Le mystère de Jésus mort et élevé sur la croix comme sur un trône de gloire est tellement difficile que les disciples risquent de passer à côté du sens. Aussi Jésus développe ce sens par les signes pour montrer à ceux qui veulent bien croire que Dieu agit par lui pour libérer les hommes du mal.
    Jean rapporte sept signes : les noces de Cana (2, 1), les guérisons du fils d'un officier royal (4, 46) et du paralysé de Bethsada (5,1) ; après le signe des pains : la marche sur la mer (6, 16), la guérison de l'aveugle-né (9) et la résurrection de Lazare (11). Un huitième a été rajouté plus tard : la pêche miraculeuse (21)

    La Pâque
    Lors de la première Pâque, Jésus a chassé les vendeurs du Temple (2, 13) ; c'est ici la deuxième Pâque, et la troisième sera celle de sa Passion, la grande libération des hommes (11, 55). La vie publique de Jésus a donc duré au moins deux ans.

    Le prophète
    Au temps de Jésus, certains groupes juifs attendent la venue d'un prophète. Il est souvent identifié à Elie. C'était une référence à l'annonce de Malachie qui clôt tous les livres des prophètes : " Voici que je vais vous envoyer le prophète Elie, avant que ne vienne le jour du Seigneur " (Malachie 3, 23). Les gens comparent Jésus à Elie, qui avait miraculeusement procuré du pain à une veuve de Sarepta et à son fils (1 Rois 17, 8-16)

    Des clés pour réfléchir

    Le miracle des pains
    Pourquoi ne pas avoir parlé comme il est de tradition de la multiplication des pains ?
    En parlant multiplication, on attire l'attention sur le " comment " du signe alors que cela nous dépasse nécessairement. En parlant du " miracle des pains ", on rappelle d'autres récits bibliques, notamment les deux que Jean évoque : les " pains d'orge " avec lesquels Elisée nourrit cent personnes - " et il y eut des restes " - (2 Rois 4, 42-44), et surtout le miracle de la manne, dont Jésus va parler le lendemain, à Capharnaüm (6, 31-49).
    L'Ancien Testament ne rapporte des miracles que lors de l'Exode et dans les récits sur Elie et Elisée. On attendait donc du " prophète " à venir (Deut. 18, 15) qu'il refasse ces miracles.

    Les signes et la foi
    Jésus a donné ce signe des pains ; les Juifs ne l'ont pas cru. Pourquoi ?
    Jésus ne cherche pas le succès, ni le pouvoir, mais la confiance, la foi. Ses disciples sont toujours libres ; après que beaucoup l'aient quitté, il dira aux Douze : " Voulez-vous partir, vous aussi ? ". Le même signe parle aux uns et pas aux autres, selon qu'ils acceptent ou non de faire confiance à Jésus.
    Un jour ou l'autre, il faut choisir entre les dons attendus de Dieu et Dieu lui-même. Le centre de ce récit c'est bien Jésus lui-même.

    Comme une eucharistie
    Jésus prend le pain, rend grâce, puis le distribue et le donne (v.11). Ce sont les paroles de la Cène, que d'ailleurs Jean ne raconte pas dans son évangile. Il fera le récit du lavement des pieds.
    Ici, c'est Jésus qui donne le pain et le poisson, après avoir " rendu grâce " (littéralement : eucharistié. C'est le terme sacramentel par lequel on désignait ce partage du pain et l'action de grâces au temps de Jean). Puis Jésus demande de ramasser le pain en trop, tellement il est abondant. Les douze corbeilles évoquent les Douze amis de Jésus qui conservent le pain et pourront ensuite, dans l'Eglise, la partager à tous les baptisés.
    Notons deux grandes différences avec la manne de l'Exode : le pain de jésus est donné en abondance et pas seulement selon la faim de chacun ; d'autre part, il se conserve, car il est Pain de vie. Et rien ne doit être perdu.
    Le don que fait Jésus est inépuisable et permanent : celui qui en mange ne mourra pas. Lui-même est ce " Pain vivant descendu du ciel ", cette Parole venue du Père. Ceux qui lui font confiance le savent bien : Jésus les fait vivre.

    Proclamer roi
    Alors que Jean-Baptiste avait déclaré qu'il n'était pas le prophète, la foule ici ravie du miracle proclame que Jésus est vraiment ce prophète annoncé par Moïse, qui devait venir à la fin des temps. Jésus refuse la royauté de ce monde, il ne veut pas être le Messie national. C'est dans la simplicité et l'humilité qu'il apparaîtra comme roi et comme un condamné dont le trône sera une croix.


    Des pistes pour prier
    Chaque page d'Evangile nous remet au cœur de notre propre démarche vers Jésus.
  • " Une foule de gens le suivait à cause des signes qu'ils l'avaient vu opérer sur des malades. "
    Et moi qu'est-ce qui me fait suivre le Christ ? La recherche du sensationnel ? Ai-je vraiment confiance ?

  • " Levant les yeux, Jésus a aperçu la foule qui venait vers lui. "
    L'attention aux autres, à ceux qui m'entourent, l'écoute de leurs besoins, de leurs appels…Où est mon attention ? Vers qui se porte mon regard ?

  • La réponse de Philippe qui s'interroge sur les moyens nécessaires pour acheter tant de pain.
    Quelles sont mes réponses face aux réalités à gérer au quotidien ?
    Confiance en l'avenir ?


  • Les gens voulaient l'enlever pour le faire roi et Jésus s'est enfoncé dans la montagne, seul.
    Quelle est la place du silence dans ma vie ? Quel temps chaque jour pour me retrouver seul ? " Une demi-heure de méditation est essentiel sauf quand on est très occupé. Alors une heure est nécessaire " (Saint François de Sales)


    Prière
    A la lumière de la résurrection, les disciples " se souviennent ", Seigneur, de ton geste de miséricorde… " La fête de la Pâque juive approchait " : en multipliant les pains, tu invitais au dernier repas, tu annonçais l'eucharistie.
    Miracle des pains terrestres…
    Donne-moi un signe du ciel comme la manne au désert de l'Exode ! Mais " le vrai pain descendu du ciel " dont j'ai faim, c'est toi, Jésus : fils de Joseph et Verbe fait chair, chair réelle reçue de Marie ; chair livrée et glorifiée dans la mort et la résurrection, chair à manger, " à mâcher " dans l'eucharistie - " Car ma chair est vraie nourriture et vraie boisson. "
    Seigneur, tu es la nourriture qui fait passer de ce monde au Père, de l'égoïsme à l'amour. Semence de résurrection, le pain de ta chair nourrit l'homme nouveau. Ta chair assimile ma chair, nos cœurs ne font plus qu' " un ".
    Des cinq pains d'orge de l'enfant galiléen… au pain de Vie, il y a la saut de la foi, le temps d'une vie car toi seul, Seigneur, sait ce qu'il faut de confiance et de doute, de merci et de pardon, d'intimité et de longue patience pour " demeurer " en toi et toi en moi.


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