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Notre interrogation est d’ailleurs identique lors de la visite d’une église ou d’un musée, lorsque nous décryptons les scènes des vitraux ou observons des événements peints par l’artiste : mariage de Marie, jeunesse de Jésus à Nazareth, etc. Mais il n’y a rien dans les évangiles sur ces épisodes de la vie du Christ et encore moins de Marie.
Bien souvent, l’origine de ces récits provient des textes apocryphes, enrichis sans doute encore par les artistes. Alors que sont ces écrits ?
Le mot apocryphe vient du grec apocruphos qui signifie secret, caché. Les textes apocryphes sont des écrits religieux d’origine juive ou chrétienne qui ressemblent à ceux de la Bible, mais qui n’ont pas été accueillis dans ce qu’on appelle le Canon des Écritures. Ce Canon est la liste des textes reconnus par l’Église comme inspirés ; il s’est progressivement établi par consensus entre la fin du Ier siècle et la fin du IVe siècle ; c’est le concile de Trente qui en fixa définitivement la liste.
La littérature apocryphe a foisonné durant la période entre 150 avant Jésus-Christ et 150 à 200 après Jésus-Christ.
Parmi les écrits apocryphes liés à l’Ancien Testament, on peut citer le Livre d’Hénoch, le Document de Damas, le Testament des Patriarches, les Psaumes de Salomon : ces textes reflètent les croyances et les espérances juives à l’époque du Christ.
Les apocryphes du Nouveau Testament en reprennent les genres littéraires puisqu’on y trouve des évangiles, des actes d’apôtres, des épitres, des apocalypses.
Arrêtons-nous sur les écrits le plus souvent cités, à savoir les évangiles apocryphes qui cherchent à compléter les récits des quatre évangélistes.
Le proto-évangile de Jacques (ce nom de proto-évangile désigne un texte qui s’intéresse au début, à ce qui précède la naissance de Jésus) : la tradition dit que ce texte aurait été écrit par Jacques le Mineur, l’un des apôtres. C’est l’un des plus anciens textes apocryphes qui raconte avec force détails l’histoire de la Vierge Marie, son enfance, sa jeunesse, son mariage… Il est d’ailleurs à l’origine de plusieurs fêtes du calendrier liturgique : la célébration d’Anne et Joachim, les parents de Marie, la conception et la naissance de Marie, sa présentation au Temple…
L’évangile de Nicodème ou "Actes de Pilate" : c’est le plus important des textes apocryphes consacrés à la passion du Christ. Il aurait été rédigé pour réfuter de faux témoignages répandus par des païens pendant la persécution de Dioclétien. Il décrit entre autres, de façon originale, sous la forme d’un rapport adressé par le préfet Pilate à l’empereur Claude, la descente du Christ aux enfers, entre la mise au tombeau et la résurrection.
L’évangile de Thomas : ce texte bref, diffusé au Moyen Age, raconte la mort, les funérailles et l’Assomption de la Vierge. Il est à l’origine de ce dogme de l’Assomption promulgué par l’Église catholique en 1950, sans d’ailleurs que le pape Pie XII y fasse aucune référence.
L’évangile de Judas est un manuscrit de vingt-six pages découvert en 1978 dans les sables du désert au sud du Caire, découverte rendue publique en 2006 ! Il s’agit d’un évangile rédigé en langue copte qui élabore une série de thèmes et de motifs gnostiques. La gnose est un mouvement répandu entre le IIe et le IVe siècle, centré sur la recherche et la réalisation d’une connaissance (gnosis veut dire connaissance), illumination directe dans l’homme et qui procure elle-même le salut. Ce texte a reçu diverses interprétations dont l’une veut que Jésus ait lui-même ordonné à Judas de le livrer, afin que "l’homme qui le porte" (sa chair) souffre et meure pour la rédemption de l’humanité. Cet évangile est sans doute l’œuvre des caïnites, une secte gnostique qui vénérait Caïn et pour qui Dieu était le mal satanique. Judas, le plus illustre des descendants de Caïn, le savait et c’est pourquoi il a livré Jésus.
L’évangile de Pierre a été retrouvé en 1886 dans la tombe d’un moine d’Égypte du IXe siècle. On peut le dater de 130-150. Il se situe dans le courant théologique de l’Évangile de Jean (la mort de Jésus sur la croix est aussi son élévation, sa glorification ; le combat de la lumière contre les ténèbres) et doit provenir des mêmes régions, la Syrie ou l’Asie Mineure.
Et aujourd’hui ?
En découvrant ces textes apocryphes, je me suis remis en mémoire des lectures récentes d’ouvrages contemporains où des auteurs, à leur tour, ont voulu relater à leur manière la vie du Christ et, il faut bien le reconnaître, ces "romans" sont des entrées dans les Évangiles fort intéressantes. Laissez-vous tenter !
Eric-Emmanuel Schmitt : L'Évangile selon Pilate (Albin Michel)
Dans une première partie, l’auteur décrit, dans le Jardin des Oliviers, cet homme qui attend que les soldats viennent l'arrêter pour le conduire au supplice. Quelle puissance surnaturelle a fait de lui, fils de menuisier, un agitateur, un faiseur de miracles prêchant l'amour et le pardon ? Dans la seconde partie, trois jours plus tard, au matin de la Pâque, Pilate dirige la plus extravagante des enquêtes policières. Un cadavre a disparu et est réapparu vivant ! Y a-t-il un mystère Jésus ou simplement une affaire Jésus ? A mesure que Sherlock Pilate avance dans son enquête, le doute s'insinue dans son esprit. Et avec le doute, l'idée de foi.
Didier Decoin Jésus, le Dieu qui riait (Livre de Poche)
Depuis deux mille ans, les chrétiens contemplent un Christ grave, douloureux, tragique. Aucune œuvre d'art, aucune tradition, aucun texte n'évoque un sourire du Christ. Pourtant, Jésus se rend aux noces, partage les escapades en bateau, le pain et le poisson grillé de ses compagnons. Et surtout, il annonce le plus radieux des messages : la mort n'est pas une fin. Il y a décidément trop de jubilation dans ces trente-trois années d'Incarnation pour que le rire en soit banni. C'est l'écho de cette joie que Didier Decoin a cherché, au fil d'une relecture passionnée des Évangiles. Sous la forme d'un récit romanesque, il tente de faire apparaître un visage inconnu de Jésus : celui d'un «Dieu qui riait». Restituant le quotidien, l'ambiance, les décors, les personnages, il nous révèle avec amour et avec foi le versant lumineux d'un Dieu saisi par le bonheur d'aimer, et partageant ce bonheur avec le monde entier.
Jacques Duquesne Jésus (Livre de Poche)
Jésus : aucun historien ne nie aujourd'hui son existence. Bien plus : grâce aux recherches de très nombreux spécialistes, on en sait chaque jour un peu plus sur les circonstances de sa vie. Par exemple que beaucoup de juifs l'appelaient de son vivant "le glouton" et "l'ivrogne". Par exemple que Pilate n'était pas un faible, prêt à se laver les mains de la mort du Christ, mais un violent, rusé, antisémite, dont les responsabilités sont lourdes. On sait aussi que l'aristocratie des grands prêtres, qui tirait de gros revenus de l'exploitation du Temple de Jérusalem, craignait, à cause de Jésus, pour son pouvoir et sa richesse. On sait également qu'un récit de miracle comme celui de Cana n'est en réalité qu'une sorte de parabole chargée de symboles : mais les symboles peuvent porter plus de vérités que les faits eux-mêmes. On sait... Bref, dans cette histoire, claire et vivante, de la vie de Jésus, Jacques Duquesne, avec prudence et raison, distingue ce qui est sûr de ce qui ne l'est pas, le certain de l'incertain, le probable de l'improbable. Et il livre en fin de compte une image dépoussiérée, lumineuse, du message de feu et d'amour lancé par ce personnage qui a bouleversé l'histoire de l'humanité.
Alain Vircondelet Jésus (Flammarion)
La figure de Jésus n'a cessé d'être vivante depuis vingt siècles et d'interroger les hommes. Figure historique ou légendaire, simple prophète ou incarnation de Dieu, Jésus est toujours provoqué, remis en question, attesté par de nouvelles découvertes bibliques. Par son enseignement et son propre destin, il demeure en ce XXIe siècle trace d'un universel besoin du divin, signe d'espérance, incarnation de tradition et de modernité. A partir des Évangiles, de rares témoignages de l'époque et des mystiques, des exégètes modernes et aussi de sa propre lecture du christianisme, Alain Vircondelet a revisité la vie et l'œuvre. Traitée comme un grand récit épique, à mi-chemin entre le conte et l'histoire, cette nouvelle vie de Jésus fait exister un personnage aux mille visages, humain et céleste à la fois et dont la parole, inouïe à son époque, ne cesse aujourd'hui de rebondir. C'est non seulement cette icône révérée des chrétiens qu'Alain Vircondelet fait apparaître, mais aussi celle de la liberté spirituelle de la justice et de la solidarité pour les plus pauvres.
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