Sklerijenn n° 40
Les évangiles de l'enfance
     
Nous vous invitons à redécouvrir les évangiles de l’enfance dans Luc et Matthieu. Ce sont en effet les deux seuls évangélistes qui nous relatent l’attente, la naissance et l’enfance de Jésus.

[ Mots-clés : catéchèse, fête religieuse ]
  Garel Yvon
secrétaire général
DDEC Côtes d'Armor
01-09-2006
Lorsque nous préparons les fêtes de Noël dans nos classes avec le souci de ne pas en rester aux aspects « société de consommation », nous faisons bien entendu appel à la crèche, aux santons, au symbole de la lumière. Nous risquons alors bien souvent de rester au seuil du véritable sens de cette fête de Noël. Aussi pour aller plus loin, nous vous invitons à redécouvrir les évangiles de l’enfance dans Luc et Matthieu. Ce sont en effet les deux seuls évangélistes qui nous relatent l’attente, la naissance et l’enfance de Jésus. Quelques clés sont indispensables pour mieux saisir la portée de ces textes.

Première étape de notre parcours : relire ces deux récits
Nous les trouvons dans Luc chapitres 1 et 2 et Matthieu chapitres 1 et 2.


Une question que l’on se pose

Est-ce que ces récits sont historiques ?
Nous avons peut-être le réflexe de lire ces récits comme nous lisons la relation d’événements dans notre quotidien favori. Resituons les textes dans leur époque.
Les récits de l’enfance de Jésus appartiennent à un style littéraire : il ne s’agit pas d’un récit historique dans le sens journalistique du mot, c’est-à-dire avec le souci d’une restitution des faits tels qu’ils se sont déroulés. D’abord ceux qui écrivent ces évangiles connaissent déjà la résurrection de Jésus (le récit de Jésus perdu pendant trois jours dans le Temple évoque certainement sa mort et sa résurrection le troisième jour). Ensuite, pour mieux comprendre l’événement Jésus, les premiers chrétiens ont besoin de le relier aux Ecritures, de l’exprimer à travers elles. Les récits de l’enfance de Jésus s’apparentent à un style littéraire souvent utilisé dans l’Ancien Testament : le midrash. On fait une recherche dans l’Ecriture pour voir comment elle nous concerne aujourd’hui, on cherche à l’actualiser. On pourra y découvrir des règles pour l’action ou des histoires édifiantes. Ainsi de la personne de Jésus, il s’agit de voir comment elle se situe dans le projet de Dieu. On comprend mieux par exemple par cette approche la place de la généalogie dans Matthieu 1, 1-17 : en reliant Jésus à Adam par les patriarches et les rois, Matthieu situe le Messie comme celui qui inaugure une nouvelle création.
Si donc ces récits de l’enfance ne revêtent pas l’exactitude historique telle que nous l’approchons, leur historicité ne fait pas de doute : Matthieu et Luc ont des points communs très forts, ils font preuve de sobriété quand on compare aux évangiles apocryphes…


Un regard d’ensemble sur ces récits

Les récits de l’enfance ne relèvent pas d’un folklore : le récit de la Nativité chez Luc nous est familier à cause des innombrables images de la crèche. Grotte, moutons, âne, bœuf, santons, étoile, rois mages, tous ces éléments légendaires risquent de nous éloigner du récit. Avec ce récit, nous sommes devant un prologue théologique à l’ensemble de l’Evangile (notons que chez Jean, ce prologue prend une autre nature, plus adaptée sans doute à son auditoire). Comme dans un film qui présente parfois dans son générique les thèmes principaux et par un "retour en arrière" place dès le début la dernière image du film, ainsi nos évangélistes mettent en place les principaux acteurs et les principaux thèmes de leur Evangile.

Matthieu nous dit ainsi qui est Jésus, nouveau Moïse, et quelle sera sa mission. La généalogie nous dit qu’il est le Christ, fils de David, début d’une nouvelle création.
L’annonce à Joseph dit comment Jésus est fils de David malgré la conception virginale. Juste, Joseph ne veut pas faire passer pour sien cet enfant du miracle ; mais Dieu lui demande de lui donner son nom, son être social, en le faisant entrer dans une lignée.
L’épisode des Mages : un récit où Matthieu montre comment Jésus sera rejeté par les responsables juifs et le pouvoir civil mais reconnu par les païens. La fuite en Egypte montre, de façon symbolique, comment en Jésus l’exode du peuple réussit. L’accès au Royaume de Dieu est enfin ouvert.

Luc, dans son « évangile de l’enfance », raconte en fait deux enfances en parallèle : celle de Jésus et celle de Jean-Baptiste, le précurseur qui ouvre le chemin. Son idée est de montrer que, des deux enfants, c’est Jésus qui est le plus important. On trouve ainsi deux annonciations (mais le message de l’ange Gabriel est accueilli différemment par Marie : dans la foi), deux naissances. Cependant la naissance de Jésus prend plus de place dans le récit et trois scènes absentes de l’enfance de Jean orientent vers l’avenir de Jésus : sa naissance est solennellement annoncée à des pauvres ; au Temple, Syméon annonce la destinée universelle de Jésus ; à douze ans, Jésus est monté enseigner aux docteurs de la Loi.


Des pistes pour réfléchir

Plutôt que de parcourir en détail l’ensemble de ces récits de l’enfance (ce qui serait impossible dans l’espace de cette revue), arrêtons-nous à quelques passages et donnons-nous quelques clés qui nous permettront d’aller plus loin dans notre découverte du récit évangélique.

L’annonce à Marie (Luc 1, 26-38)

Comme dans Matthieu pour l’annonce à Joseph (Mt 1, 18-25) ou plus haut dans l’annonce à Jean-Baptiste, nous sommes devant un type de récit bien connu dans la Bible et qui s’inscrit dans un schéma, celui des annonces :
- présentation des personnages,
- apparition d’un messager qui suscite la crainte,
- message de la part de Dieu,
- objection de la personne,
- réponse du messager, avec un signe à l’appui,
- réalisation de l’annonce : la naissance.
Nous retrouvons ce type d’annonce dans Genèse 18, 10-14 (l’annonce à Sara) ou Juges 13 à propos de Samson…C’est aussi le schéma de l’annonce de la naissance de Jésus aux bergers.
Ici Marie est appelée par Dieu pour une mission : devenir la Mère du Messie. A sa question-objection sur le "comment", le messager répond en donnant un signe : l’annonce d’une autre grossesse extraordinaire, celle d’Elisabeth. Alors Marie exprime sa confiance, sa disponibilité totale.

La naissance de Jésus (Luc 2, 1-20)

Le récit de Luc ne parle pas de prodiges : Jésus est né comme chacun de nous ou plutôt comme un pauvre. Pour dire l’incarnation, Luc met en contraste deux séquences. Au début du récit (versets 1-7), ce sont des termes réalistes, terrestres : les noms propres de lieux et de personnes, le recensement, le voyage, la grossesse de Marie et son accouchement, la mangeoire-berceau. Dans la seconde partie (versets 8-20), ce sont des termes célestes tirés des Ecritures (ange, gloire, lumière, armée, cieux…) pour annoncer la naissance à des marginaux. Car les bergers qui vivent avec leurs bêtes et sont souillés par elles, sont impurs rituellement et donc exclus de la synagogue et du temple. Au tribunal, leur témoignage n’a aucune valeur. Et ce sont eux que Dieu choisit comme premiers témoins de l’Enfant Dieu. Les bergers représentent déjà les futurs témoins du Christ, les apôtres.


Pour poursuivre la découverte…

Nous vous renvoyons à d’autres articles publiés dans cette revue
« A la recherche de Jésus, avec les mages », une célébration pour l’Epiphanie (sklerijenn n° 34 de septembre 2004).
« Quel est le véritable sens de Noël ? » (sklerijenn n° 28 de septembre 2002).


Entrons en prière…

Bien des pistes sont possibles pour entrer en prière sur ces récits de l’enfance de Jésus. Arrêtons-nous sur le récit de l’annonciation à Marie…
Après la Crucifixion, c’est la scène évangélique de l’Annonciation qui est la plus représentée. Choisissons une belle image de cette Annonciation et faisons silence, contemplons…
Pendant des siècles, la vie de nos ancêtres a été rythmée matin, midi et soir, par les sonneries des cloches de l’Angélus appelant à la prière (elles sonnent encore aujourd’hui à midi, le soir dans nos villages… En prenons-nous conscience ?).
- L’Ange du Seigneur annonça à Marie qu’elle serait la mère du Sauveur ; et elle conçut du saint Esprit
- Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole !
- Et le Verbe s’est fait chair ; et il a habité parmi nous.

Ces trois paroles de l’Angélus sont accompagnées de trois « Je vous salue marie ».
Avec nos ancêtres, nous redisons à Marie la salutation de Gabriel, puis celle d’Elisabeth lors de la Visitation :
« Vous êtes bénie entre toutes le femmes et le fruit de vos entrailles est béni. »
Marie intercède pour nous : elle présente notre prière à son Fils et c’est l’Esprit qui nous fait vivre en fils et filles du Père.

Et puisque nous avons centré notre regard sur Marie et que beaucoup de nos écoles ont choisi de se placer sous le vocable de Notre-Dame, pourquoi ne pas apprendre ce chant proposé par Danielle Sciaky (paroles) et Marie-Louise Valentin (musique) :


« Tous les noms que l’on te donne »
Refrain

Tous les noms que l’on te donne
Sont les roses d’un bouquet
O Marie que nos prières
Soient des fleurs pour te chanter.

1- Reçois la fleur de la confiance
Et ses pétales parfumés
Notre-Dame d’Espérance
Viens fleurir nos cœurs fanés.
2- Reçois la fleur de nos faiblesses
Et ses épines si serrées
Notre-Dame de Tendresse
Viens fleurir nos cœurs blessés.

3- Reçois la fleur de nos regards
Et ses couleurs d’humanité
Notre-Dame de la Garde
Viens fleurir nos cœurs fermés.

4- Reçois la fleur de nos « pourquoi »
Et ses moissons de pauvreté
Notre-Dame de la Joie
Viens fleurir nos cœurs usés.

Référence du CD « Signes et symboles à travers chants : volume 2 » (Ateliers du Fresne)



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