Sklerijenn (41)
Le désert dans la bible
     
Poursuite du parcours des lieux bibliques. Après la mer, le désert.

[ Mots-clés : culture religieuse ]
  Garel Yvon
secrétaire général
DDEC Côtes d'Armor
09-01-2007
Poursuivons notre parcours des lieux bibliques. Après la mer, rejoignons le désert. Comme pour la mer, les gens de la Bible n’aiment pas le désert. C’est le « pays des steppes et des pièges, pays de la sécheresse et de l’ombre mortelle, pays où nul ne passe, où personne en réside. » C’est ainsi que le prophète Jérémie nous le décrit. Et pourtant le désert est le cadre de tant de commencements, de naissances, de rencontres…

Le désert est un lieu
Géographiquement, il occupe une grande partie du sol du Moyen-Orient (désert du Sinaï, du Néguev,…). Mais surtout il est un lieu de commencements, de naissances.
Commencement de l’humanité (Genèse 1 et 2) tout d’abord lorsque Dieu sépare les eaux de la terre en fixant à chacun sa place. Puis il modèle l’homme avec un peu de terre glaise et d’eau avant de le transporter dans un jardin verdoyant baigné par quatre fleuves et rempli d’arbres aux fruits délicieux. Tout le contraire de la région désertique !
Lieu de naissance de l’Alliance entre Dieu et son peuple. Moïse s’est réfugié au désert. C’est là qu’il reçoit la révélation du nom de Dieu qui l’envoie libérer son peuple (Exode 3-4). Et ce peuple libéré de l’oppression du Pharaon va traverser le désert pour rejoindre « une terre où ruissellent le lait et le miel ».
Commencement aussi de la vie publique de Jésus (Matthieu 4,1-11 ou Luc, 4, 1-13). Poussé au désert par l’Esprit, Jésus y prolonge son baptême dans la solitude et la faim. De là il part sur les routes de Palestine pour agir au nom de son Père.

Le désert est une durée
La traversée du désert, longue et éprouvante, est une marche initiatique. Dans un milieu hostile, sans eau et sans nourriture, les Hébreux, libérés de la servitude, vont se constituer comme peuple. Ils font l’expérience de la solidarité, de la fidélité de Dieu : le Seigneur leur donne la manne, les protège des serpents, fait alliance avec eux et leur donne la Loi. Dieu y dévoile son vrai visage : libérateur et sauveur. Quarante années au désert pour Moïse et le peuple (mais aussi quarante jours pour Elie (1 Rois 19, 1-9) ou quarante jours pour le Christ) : le désert est bien le temps du retour vers Dieu, de la conversion et de la pénitence. Nous retrouvons ces quarante jours pour le Carême, temps de patience où le croyant s’éprouve dans sa marche vers Dieu.

Le désert est une expérience
C’est d’abord l’expérience de la rencontre. Moïse y rencontre Yahvé dans le buisson qui ne se consume pas (Exode 3-4) ; le peuple y rencontre son Dieu ; Elie y connaît l’épreuve et la révélation (1 Rois 19) ; Jean-Baptiste y appelle à la conversion tous ceux qui viennent à sa rencontre (Matthieu 3,1) ; Jésus, au cœur de l’action qui l’épuise, se retire à l’écart pour prier : autre désert où parfois il emmène ses disciples pour les ouvrir à son intimité avec le Père.

C’est l’expérience de la fragilité. Le désert est le pays de la soif et de la faim. Dans l’indigence, le peuple réclame et s’insurge (Exode 16-17), regrettant la viande et les oignons d’Egypte. Dieu est mis à l’épreuve de l’homme en souffrance. Mais il ne renonce pas à son projet : l’eau jaillie du rocher et le pain venu du ciel viennent nourrir et sauver le peuple.
Pendant quarante jours aussi, Jésus affronte le désert et ses dangers. Il sort victorieux des tentations du malin. Et c’est dans un endroit désert qu’il renouvelle le miracle de la manne en multipliant le pain pour la foule qui le suit. Et il annonce un autre pain : « Je suis le pain vivant descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement » (Jean 6, 49-51).

C’est l’expérience du refuge. Nous avons vu Moïse choisir le désert pour s’y réfugier : il est recherché par Pharaon après avoir tué le soldat égyptien qui maltraitait un hébreu (Exode 2). C’est aussi Elie qui retourne au désert (1 Rois 19) : un drame l’y pousse : sa lutte impitoyable contre Jézabel le contraint à fuir la colère de la reine idolâtre. Et dans le désert, il attend la mort sous un genêt. Mais Dieu le relève en lui rendant les forces avec l’eau et le pain. Ce sont autant d’expériences où le désert apparaît comme le refuge pour échapper à un danger mais en même temps un passage où Dieu éprouve et remet debout.
Chez les prophètes, on retrouve cette même démarche lorsque, devant la prostitution de son peuple avec d’autres dieux, Dieu dit, comparant son peuple à une femme : « Je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur » (Osée 2, 16). Dans l’épreuve du désert et de l’exil, vécue comme un retour à la source, le peuple aimé par Dieu retrouve la vigueur de sa foi.

Enfin, c’est dans le désert que retentit la voix qui annonce le temps nouveau, celui du Messie. Jean-Baptiste surgit pour préparer la route. Il faut se dépouiller dans l’eau pour accueillir l’envoyé de Dieu ; c’est au désert que le Fils de Dieu rejoint l’humanité en plongeant avec elle dans les eaux de l’épreuve totale.

Un extrait du « Petit Prince » de Saint-Exupéry pourra enrichir notre réflexion sur le désert…

Le petit prince et le désert

- « J’ai soif aussi… cherchons un puits… »
J’eus un geste de lassitude : il est absurde de chercher un puits, au hasard, dans l’immensité du désert. Cependant nous nous mîmes en marche. Quand nous eûmes marché, des heures, en silence, la nuit tomba, et les étoiles commencèrent de s’éclairer. Je les apercevais comme dans un rêve, ayant un peu de fièvre, à cause de ma soif. Les mots du petit prince dansaient dans ma mémoire :
- « Tu as donc soif toi aussi ? lui demandai-je
Mais il ne répondit pas à ma question. Il me dit simplement :
« L’eau peut aussi être bonne pour le cœur… »
Je ne compris pas sa réponse mais je me tus… Je savais bien qu’il ne fallait pas l’interroger. Il était fatigué. Il s’assit. Je m’assis auprès de lui. Et, après un silence, il dit encore :
« Les étoiles sont belles ; à cause d’une fleur qu’on ne voit pas ».
Je répondis : « bien sûr » et je regardai, sans parler, les plis du sable sous la lune.
« Le désert est beau », ajouta-t-il….
C’était vrai. J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence.
« Ce qui embellit le désert, dit le petit prince, c’est qu’il cache un puits quelque part. »
Je fus surpris de comprendre soudain ce mystérieux rayonnement du sable. Lorsque j’étais petit garçon, j’habitais une maison ancienne, et la légende racontait qu’un trésor y était enfoui. Bien sûr, jamais personne en sut le découvrir, ni peut-être même ne l’a cherché. Mais il enchantait toute cette maison. Ma maison cachait un secret au fond de son cœur.
« Oui, dis-je au petit prince, qu’il s’agisse de la maison, des étoiles ou du désert, ce qui fait leur beauté est invisible !
Je suis content, dit-il, que tu sois d’accord avec mon renard. »

« Le désert pour nous, dit Saint-Exupéry dans « Terre des hommes ». C’était ce qui naissait en nous. Ce que nous apprenions sur nous-mêmes ».


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