L'Unapel avait choisi le thème de l'évaluation pour son congrès annuel2. Sources d'angoisse pour les parents et les enfants, les notes jalonnent une scolarité et constituent souvent le principal lien entre l'école et la famille. L'évaluation est donc au cœur d'une relation tripartite dans laquelle les parents veulent désormais se positionner comme des partenaires à part entière.
Du côté des chercheurs
L'évaluation est souvent qualifiée de fil d'Ariane avec de fortes implications individuelles. Comme l'explique un maître formateur en IUFM, "on touche à l'identité des enseignants (…), à la tradition scolaire des parents. Quant aux élèves, ils jouent le jeu, préparant leur bac comme des gestionnaires, en fonction des coefficients." Pour Xavier Pommereau, psychiatre, les notes participent directement au développement psychologique de l'enfant, notamment à l'adolescence où le jugement de l'adulte tient une place particulière dans l'affirmation de l'identité. Anne Joro, enseignante en sciences de l'éducation, s'interroge sur les appréciations qui accompagnent les notes : valorisantes ou blessantes, elles ne permettent pas toujours d'identifier les compétences ou les difficultés. Elles génèrent souvent des malentendus entre parents et enseignants. Si d'autres modes d'évaluation moins traditionnels existent, tels que la notation partagée ou la méthode appelée "l'arbre de la connaissance", ils restent encore marginaux.
Du côté des parents
Une enquête CSA commandée par l'Unapel donne la parole aux parents. Pour 60 % d'entre eux, les notes affectent la relation qu'ils entretiennent avec leur enfant. Elles ont donc un fort impact sur l'ambiance familiale. A noter que les attentes sont d'autant plus fortes que l'on descend dans l'échelle sociale. Si 75 % des parents jugent accorder trop d'importance aux notes, ils sont 88 % à penser qu'elles ne reflètent qu'une partie du travail effectué : 50 % d'entre eux lisent avec beaucoup d'attention les appréciations du bulletin scolaire. Pourtant, 68 % des parents affirment que les notes leur apportent une vision juste du niveau scolaire de leur enfant et 66 % ne souhaitent pas qu'elles soient supprimées ou remplacées par un autre mode d'évaluation.
Les conclusions de L'Unapel
En s'appuyant sur cette enquête et sur de nombreuses rencontres avec des chefs d'établissement et des enseignants, l'Unapel a engagé un travail de réflexion sur l'évaluation. La participation des familles à des questions pédagogiques peut susciter des crispations. Pour Eric Raffin, président de l'Unapel, il s'agit d'instaurer un nouveau mode relationnel et de permettre aux parents de renforcer leurs qualités d'éducateurs. Si le système actuel ne semble pas être remis en question par les parents, on constate un manque de dialogue entre les familles et les enseignants. A l'issue de son congrès, l'Unapel invite donc les établissements à travailler sur une "évaluation partagée" et la "mise en place de méthodes et de lieux d'évaluation mieux définis et plus fréquemment ouverts". Dans l'esprit des Assises, l'évaluation doit permettre une prise en compte de l'élève dans toutes ses dimensions humaines.
En s'interrogeant sur l'évaluation de leurs enfants, les parents affirment leur place au sein de la communauté éducative. De leur côté, les établissements scolaires savent qu'ils ne peuvent plus occulter les réalités du champ familial. Mais du chemin reste à parcourir : aujourd'hui, seul l'IUFM de Créteil prépare les futurs enseignants aux relations avec les parents !
2"La note appivoisée...L'évaluation à l'école", Toulouse, 4-6 juin 2004
La Croix, 2 juin 2004, pp. I-IV. Dépêches de l'AEF, 7 juin 2004. Le Figaro, 3 juin 2004, p. 11 ; 4 juin 2004, p. 36. Le Monde, 30-31 mai 2004, p. 9. |