Sklerijenn (N° 49)
"Je suis la vigne" (Jean 15, 1)
     
Le Christ emprunte dans l’évangile des comparaisons que, bien souvent, nous avons quelque difficulté à saisir. Aussi, nous avons besoin pour en découvrir la richesse quelques clés.

[ Mots-clés : catéchèse ]
  Garel Yvon
09-11-2009
Nous vivons dans un contexte de société où ces images ne nous sont plus très familières. De plus elles s’inscrivent dans une civilisation qui était celle du Moyen-Orient aux alentours des années du début de notre ère. "Je suis la vigne…" - "Je suis le bon pasteur" - "Je suis la porte"… autant d’expressions et quelques autres encore qui jalonnent les évangiles. Que recouvrent-elles ? Et surtout comment aujourd’hui, elles sont un message pour nous. Parlons d’abord de la vigne.

La vigne

La vigne est de tous temps une des cultures du bassin méditerranéen et le vin, avec le blé et l’huile, fait partie de la nourriture quotidienne des habitants de la Palestine au temps biblique. Aussi, utiliser l’image de la vigne n’a rien d’exceptionnel, au contraire il s’agit de quelque chose de familier.

Le travail de la vigne

Peu de cultures dépendent autant à la fois du travail attentif et ingénieux de l’homme et du rythme des saisons. La vigne requiert une attention constante et de nombreux travaux au long de l’année. En effet pour obtenir des raisins de qualité, il faut des soins réguliers. Pour mémoire :

- De novembre à fin mars, la taille : elle suit la vendange et d’elle dépendra la vigueur et la fertilité du plant.
- En mars-avril, le liage : une fois le cep taillé, il s’agit d’attacher le bois qui constitue la charpente de la vigne pour que la plante se développe dans le sens souhaité.
- De mai à juillet, le relevage et le palissage : il faut discipliner les brins pour que la plante capte le maximum de soleil. D’où cette nécessité de relever ces brins, de les maintenir à la verticale, séparés et rangés entre deux fils, maintenus par des liens. En juin, a lieu la floraison.
- De juin jusqu’aux vendanges, le rognage : on taille la végétation, on supprime les repousses pour favoriser la fructification.

Le rappel de ce travail auprès d’une vigne nous aide à mieux saisir les images bibliques : les auteurs bibliques ont choisi l’image de la vigne pour désigner Israël, objet de toute l’attention de Dieu. "La vigne du Seigneur c’est la maison d’Israël" et il en prend soin.

L’image de la vigne dans la Bible

Le symbolisme de la vigne est prégnant dans la Bible : 455 occurrences construites sur vin ou vigne. Noé serait même l’inventeur du vin.

Dans les civilisations du pourtour méditerranéen, le vin a une signification divine. Il faut bien comprendre qu’avant la découverte de Pasteur, le jus de raisin se mettait à bouillonner au bout de deux ou trois jours et devenait un breuvage extraordinaire : euphorie, enivrement, voire violence, folie, abattement complet. Aussi, ce bouillonnement inexpliqué passait pour l’intervention d’une puissance surnaturelle. Ceci explique que, dans la Bible, la vigne et le vin sont symboles de la joie, de l’Esprit-Saint, de la sagesse et de la vérité qui découlent de la connaissance de Dieu.

De plus, chacun sachant quelle sollicitude quotidienne exige du vigneron le moindre carré de vigne, cette même attitude est recommandée au jeune époux envers son épouse. A partir du 8ème siècle avant Jésus-Christ, les prophètes vont faire appel à cette image pour décrire l’alliance entre Dieu et son peuple : ce n’est plus seulement un contrat juridique, c’est un lien d’amour (Osée). Et bien sûr, trop souvent ce lien d’amour est mis à mal. « Moi, je t’avais plantée, vignoble de choix, tout entier en cépage franc. Comment as-tu dégénéré en vigne inconnue aux fruits infects ? » (Jérémie 2, 21)

Et dans l’Évangile ?

"Je suis la vraie vigne" (Jean 15, 1). Ce genre de considération est familier aux auditeurs de Jésus. Cependant lorsqu’il ajoute : "Et mon Père est le vigneron", il déroutait car tout le monde traduisait Dieu. Comment peut-il prétendre être la vigne ? Après sa résurrection, on comprendra la portée de son message : c’est en lui, la nouvelle vigne, que se réalise l’Alliance d’amour promise par Dieu.

Pour nous aujourd’hui ?

Quand Jésus nous dit : "Je suis la Vigne", retenons :

- La vigne est mort et résurrection : à l’automne, elle a l’air de mourir, elle perd ses feuilles mais c’est pour ressurgir au printemps. Le Christ est mort et résurrection à l’image de la vigne.
- La vigne et le vin renvoient à une certaine gratuité de la vie humaine, à son aspect de joie, d’amitié partagée. C’est aussi cet aspect qui doit nous retenir à l’écoute de ce message du Christ.
- Utiliser l’image de la vigne c’est renvoyer à toute l’histoire d’Israël : Dieu vit avec son peuple un lien d’amour, fait de bonheurs, de peines, d’infidélités.


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