Dossier : Le silence
     
Faut-il avoir peur du silence ? Faut-il exiger le silence ? Le bavardage est-il à proscrire ? Comment apprendre le silence ?


[ Mots-clés : parole de l'élève, prière, règlement intérieur, vivre ensemble ]
  Crépy Sylvie
Services nationaux Formiris
07-01-2008
Les vertus du silence en pédagogie
« A l’heure du « zapping » généralisé et bruyant, on ne saurait trop rappeler, notamment à l’école maternelle, les vertus du silence en pédagogie. La pause, ce moment suspendu, n’est en rien un moment de vide. C’est tout au contraire un espace de ressourcement, de préparation et de réflexion. Le silence investit la sérénité, la concentration, voire – et ce n’est pas à négliger – la contemplation. La médiation par le silence, par exemple lors de l’entrée en classe ou entre deux activités, est l’occasion de se retrouver, de relancer la concentration, de positionner le temps – et même le lieu – de l’apprentissage». Extrait du rapport d’Alain Bentolila « La maternelle : au front des inégalités linguistiques et sociales » commandé par Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, 20 décembre 2007.

Du silence à la concentration
Lire sur sitEColes : Chut…faites attention…C’est important.

Une activité en silence
Alain Bentolila parle de « sérénité », de « contemplation », d’ « espace de ressourcement ». Et si nous proposions un quart d’heure de silence où personne ne dit rien (ni les élèves, ni l’enseignant) mais où chacun se concentre sur une activité… Il peut même être intéressant d’interroger les enfants sur le ressenti et les effets de ce temps.

La leçon de silence
Le silence
"J’entrai un jour en classe en tenant dans mes bras une petite enfant de quatre mois que j’avais prise dans la cour, des mains de sa maman. Le petit bébé était tout serré dans ses langes, comme il était d’usage dans le peuple : il ne pleurait pas : sa figure était joufflue et rose. Le silence de ce petit être me fit une grande impression et je voulus communiquer mon sentiment aux enfants : « Elle ne fait aucun bruit », dis-je ; et j’ajoutai, en plaisantant : « Aucun de vous ne saurait être aussi silencieux » (je leur montrai que la petite avait les pieds emmaillotés et serrés). Il y eut une véritable stupéfaction chez les enfants qui me regardèrent, immobiles. On eût dit qu’ils étaient suspendus à mes lèvres et que ce que je leur disais répondait profondément en eux. « Mais comme sa respiration est délicate, continuai-je ! Personne ne pourrait respirer comme elle, sans faire de bruit… » Les enfants, surpris et immobiles, retinrent leur souffle. On « entendit » ; à ce moment, un silence impressionnant. Le tic-tac de l’horloge devint perceptible. Il semblait que le bébé eût apporté une atmosphère de silence comme il n’en existe pas à l’ordinaire. Et cela, parce que personne ne faisait le plus petit mouvement. De là naquit le désir de retrouver ce silence ; ils voulurent le reproduire ; ils s’empressèrent donc, on ne peut dire avec enthousiasme, parce que l’enthousiasme a en soi quelque chose d’impulsif qui se manifeste à l’extérieur, et que cette manifestation correspondait, au contraire, à un désir profond, mais ils s’immobilisèrent, contrôlant jusqu’à leur respiration. Et ils restèrent ainsi, dans une attitude sereine de méditation. C’est de cette façon qui naquit notre exercice du silence.
Il me vint un jour l’idée de profiter du silence pour faire des expériences sur l’acuité auditive des enfants. Je les appelai par leur nom, à voix basse, et d’une certaine distance. Ceux qui s’entendaient appeler devaient venir près de moi, faisant le chemin sans bruit. Avec quarante enfants, cet exercice d’attente demandait une patience que je croyais impossible : j’apportai des bonbons et des chocolats pour distribuer à chaque enfant qui m’arrivait. Les enfants refusèrent les bonbons. Ils semblaient dire : « Ne gâte pas notre belle impression ; notre esprit est encore en train de se délecter ; ne nous distrais pas".
Je compris ainsi qu’ils étaient sensibles, non seulement au silence, mais encore à une voix qui, dans le silence, les appelait imperceptiblement. Et ils arrivaient lentement, en marchant sur la pointe des pieds, avec précaution, pour ne rien heurter ; et l’on n’entendait point leur pas. Il fut clair, par la suite, que chaque exercice de mouvement dont l’erreur peut être contrôlée – comme, dans le cas présent, par le bruit dans le silence – aide l’enfant à se perfectionner. Et ainsi, la répétition de l’exercice peut apporter une éducation extérieure telle, qu’il serait impossible d’en obtenir une aussi fine par un enseignement extérieur.
Nos enfants apprirent donc à se mouvoir à travers les obstacles sans les heurter, à courir légèrement sans bruit, devenant souples et agiles. Ils jouissaient de leur perfection. Ce qui les intéressait, c’était de découvrir eux-mêmes leurs possibilités, et de les pratiquer dans ce monde mystérieux qu’est la vie qui se déroule ».
Extrait de l’Enfant, Maria Montessori, 1936.
Ce texte date. Il n’en reste pas moins que des fondements restent valables : Apprendre et vivre le silence. Maria Montessori a développé ces exercices de silence avec un cérémonial. Maîtrise du corps, maîtrise des objets, accès à l’intériorité. Exemple : Les enfants sont assis en cercle. Au milieu, une table et une chaise. L’enfant appelé vient s’asseoir et cherche à maîtriser le déplacement des objets en évitant tout bruit. Les autres écoutent et lèvent la main s’ils entendent du bruit. Ce type d’exercice peut être réalisé avec un crayon qu’on pose sur une table, avec une cloche qu’on porte en évitant de la faire sonner (préhension avec les trois doigts de l’écriture), avec une bougie allumée qu’on déplace calmement pour qu’elle ne s’éteigne pas, avec un verre d’eau qu’il ne faut pas renverser, avec un objet sur la tête qui oblige à se tenir droit et à se mouvoir tranquillement, pour ouvrir et fermer la porte de la classe sans la claquer... L’enseignant peut également appeler des enfants par leur prénom en chuchotant pour démarrer une activité, aller au vestiaire, sortir en récréation ; L’enfant se déplace en silence, faute de quoi il revient s’asseoir et patiente à nouveau.

Du silence à l’intériorité
Pour Maria Montessori, cette leçon de silence conduit à l’intériorité. C’est le moment où peut être proposé un temps de prière.
Lire sur sitEColes :
- le Dossier : La Prière,
- Eduquer au silence, à l'intériorité et à la prière.

Une éducation sensorielle
Ecouter le silence, écouter les bruits, éduquer son oreille, affiner ses perceptions, c’est une éducation sensorielle utile pour aider l’enfant à discriminer les sons et à porter attention à ce qu’il entend. Lire sur sitEColes le document : L’ouïe.

Et le bavardage ?
Le bavardage a toute sa place à l’école.
Ne serait-ce que par sa fonction sociale. La conversation est une activité sociale qu’il est important d’exercer.
Le bavardage est aussi parfois un moyen d’appropriation des savoirs quand deux élèves échangent sur les propos du maîtres : « On avait vu ça en l’année dernière ». « J’ai vu un documentaire à la TV qui raconte la même chose »…
Il est également parfois temps d’échange dans un travail collaboratif, et pour que se vive le « conflit socio-cognitif » entre enfants.
L’enseignant veillera à apprendre aux enfants à discerner quand le bavardage est opportun ou quand il est nuisible. Il les aidera à réguler les prises de paroles et le niveau sonore.
Cela renvoie à l’image d’une « ruche bourdonnante », reflet d’une classe active où la parole à sa juste place.
Lire sur prépaclasse : Le bavardage en classe.

Et le silence de l’enseignant…
« Dans de nombreuses classes la parole de l’enseignant est omniprésente y compris au moment où les élèves devraient exécuter seuls des tâches et en silence », cité dans Prepaclasse.net.
L’enseignant sait-il se taire ? Sait-il écouter ? Sait-il parler à bon escient ?
Lire sur prépaclasse : Comment mesurer de façon pertinente les interventions du maître ?.

Des citations :
« La parole est d'argent et le silence est d'or ».
« Il est parfois nécessaire de se taire pour délivrer une parole juste ».
Christian Bobin
« Le meilleur usage que l'on puisse faire de la parole est de se taire ». Tchoang Tseu
« La parole perd parfois ce que le silence a gagné ». Proverbe espagnol
« Qui parle sème. Qui écoute, récolte ». Nisâmi, sage persan.

Des textes :
A lire dans Textes à méditer : Vivre ensemble.
- S’il te plaît écoute.
- Peux-tu simplement m’écouter ?
- Une année de silences.
- Tu peux parler.


Site réalisé par le Pôle multimédia de Formiris - Informations légales