ECA (278 )
Le Premier degré, pionnier ?
     
Des outils d'évaluations au service de la progression de chaque enfant. Témoignages.

[ Mots-clés : évaluation de l'élève ]
  Horguelin Sylvie
Unapec
01-09-2003
Dans les écoles, l'évaluation permet de mieux organiser le travail de la classe. Les enseignants apprennent à exploiter les outils existants et n'hésitent pas à en inventer de nouveaux, avec une seule ambition : la progression de chaque enfant.

A l'école Saint-François d'Annemasse (1), ce lundi matin, Catherine Duvillaret découvre, dans le « cahier de réussite » de Mathieu, 5 ans, qu'il sait faire du vélo à deux roues. L'enfant montre avec fierté à sa maîtresse une tête de bonhomme qu'il a coloriée en vert pour valider ce nouvel acquis. Dans la partie qui concerne l'école, de nombreuses compétences sont listées et bien des têtes restent encore à colorier… mais l'année est loin d'être finie. Depuis 1998, dans cette école de Haute-Savoie, on a jeté au feu l'ancien cahier d'évaluation. « Sa forme ne nous convenait plus, explique le professeur, nous voulions que l'enfant soit davantage acteur de sa réussite et les parents plus impliqués ». Catherine Duvillaret, Brigitte Maulet et Martine Gontier, qui enseignent en cycle 1, ont conçu ce nouvel outil, expérimenté depuis la rentrée 1999. Il permet aux familles de mieux suivre leur enfant sans tout focaliser sur le développement intellectuel. « L'enfant doit progresser dans tous les domaines (autonomie, arts plastiques, motricité…). Pas seulement en maths et lecture ! », précise Brigitte. Mais comment ce cahier est-il utilisé à l'école ? « Quand nous avons vu une notion, les enfants réalisent une manipulation ou remplissent une fiche d'évaluation qu'ils corrigent eux-mêmes avec l'aide de la maîtresse. Si la fiche est bonne, ils la collent dans le cahier et colorient une petite tête qui figure dans un tableau », expose Catherine. Présenté à toutes les écoles du diocèse d'Annecy, lors d'une journée pédagogique organisée le 16 mai 2003, le cahier de St-François a fait un tabac. « Les collègues pensent pouvoir le transposer en cycle II et III et tout particulièrement en Clis (2) », conclut Martine.

Plus classique, le « livret de compétences », que vient d'élaborer l'Airip (3) pour chaque cycle, a conservé les rubriques « pas encore (acquis) », « parfois », « souvent » et « toujours ». Son originalité : des fiches « J'avais un défi … J'ai réussi ». Elles permettent à l'enfant de se fixer un objectif et de signaler quand il l'a atteint. D'autres expériences encore vont dans le sens d'une évaluation positive. Le brevet internet et informatique (B2i) en est un bon exemple. « La grille que l'on trouve dans le bulletin officiel (4) propose à l'enfant de déterminer lui-même si les compétences sont atteintes », indique Sylvie Crépy, responsable de sitEColes, le site internet du premier degré de l'enseignement catholique (5). « En informatique l'auto-évaluation va de soi et il n'est pas nécessaire de passer un test, pour savoir si on sait utiliser une souris ou envoyer un mail », ajoute-t-elle. L'enseignant, en regardant l'enfant derrière son écran, n'a plus qu'à vérifier s'il dit vrai. « On est loin de la corvée des grilles de compétences que l'on coche au petit bonheur la chance ! », s'exclame Sylvie Crépy. Selon elle, cette méthodologie est transférable dans d'autres domaines : « Pour la lecture, la mémorisation et le langage oral, bien souvent une simple observation suffit… pendant un exposé, par exemple, en notant au fur et à mesure ce qui est acquis ».

Par ailleurs, les « portfolios » ou « cahiers d'or » se multiplient dans les écoles depuis 10 ans. Empruntés au domaine des arts, ils présentent les meilleures productions des élèves. Un portfolio en écriture inclura plusieurs textes de genres différents, accompagnés des commentaires de l'enseignant et de l'autoévaluation de l'élève. Cet outil s'appuie sur la motivation de l'enfant collectionneur. Il l'aide à prendre du recul par rapport à son travail et développe son goût d'apprendre. Le portfolio se révèle précieux lors d'un changement de classe ou d'école, quand il est présenté au nouvel enseignant. Il facilite aussi le passage d'une classe AIS (6) à une classe ordinaire. Et puis, comme il valorise l'enfant, il favorise le dialogue avec les parents. En fin d'année, on peut, en le feuilletant, relire le travail effectué et évaluer les progrès réalisés.

D'une toute autre nature sont les évaluations demandées par le ministère de l'Education nationale. Depuis 10 ans, les enfants qui entrent en CE2 passent des tests pendant une semaine pour que soient mesurés leurs acquis. Le dépouillement des questionnaires occasionne un gros travail pour les enseignants qui doivent entrer les résultats sur le logiciel Casimir. Les directions diocésaines des Pays-de-Loire l'ont remplacé par un fichier astucieux, conçu à partir d'Excel, sur lequel tous les items sont reportés (7). Contrairement à Casimir, il permet d'éditer des graphiques qui rassemblent les enfants par niveau, pour un domaine de compétences donné. On peut ainsi constituer des groupes pour envisager des remédiations dans la classe. Les tout nouveaux Programmes personnalisés d'aide et de progrès (PAP), conçus pour les élèves qui ne maîtrisent pas les bases nécessaires en lecture, écriture et mathématiques, sont ainsi facilement lancés. Elaborés en partenariat avec les parents, les PAP établissent un diagnostic individuel, proposent des exercices spécifiques en mettant en œuvre une pédagogie différenciée. Une autre évaluation nationale, celle de la grande section de maternelle et du CP, s'est généralisée depuis 2 ans. Christine Rohmer, animatrice formatrice à la direction diocésaine d'Arras, a formé de nombreux enseignants à son utilisation. « Ce test permet de donner un profil individuel et mais aussi des profils de classe », précise-t-elle. « Ces deux évaluations nationales sont des outils merveilleux, ajoute Christine Rohmer, car travaillées en équipe, elles permettent de bâtir un projet d'école cohérent. »

L'évaluation levier de changement du système éducatif ? Pour le premier degré, cela ne fait pas de doute ! Et les occasions d'en débattre ou de se former vont se multiplier l'année prochaine (8). En reconsidérant leur façon de mesurer les acquis, les enseignants changent le regard qu'ils portent sur les élèves. Ainsi une école est en train de naître, une école où évaluer ne devrait plus être synonyme de dévaluer. Plus jamais.

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Du bulletin scolaire à l'histogramme
« Un 2/10 en orthographe indique une faiblesse, sans préciser ce que l'enfant doit retravailler ; par ailleurs, une liste interminable de compétences est difficile à exploiter par les enseignants et incompréhensible pour les parents », explique Jérôme Brunet, directeur de l'Ecole Marmoutier à Tours. Fort de ce constat, ce professeur qui a travaillé 7 ans en entreprise, a eu l'idée de créer avec deux comparses un logiciel d'évaluation scolaire. Profil.Zoom associe les différentes approches. Pour chaque élève, on retrouve par matière et sous matière des notes sur 10 (ou de A à E), un état des acquisitions et des commentaires de l'enseignant. Ce dernier peut éditer le bulletin scolaire, le relevé des compétences et mais surtout des graphiques très parlants. Sous forme d'histogrammes ou de profils radar, ils permettent d'un seul coup d'œil de repérer les points forts et faibles d'un enfant et de brosser des profils d'élèves par discipline. La saisie est faite une fois pour toute. Elle permet un gain de temps précieux et dispense de la mise à jour des dossiers scolaires qu'il suffit, là encore, d'éditer. Expérimenté depuis 2 ans, à l'Ecole Marmoutier, Profil.Zoom est désormais utilisé dans les trois cycles. Les parents reçoivent un bulletin bimestriel qui les rassure, et deux fois par an, un graphique avec toutes les compétences évaluées. Ses auteurs qui n'ont bénéficié d'aucune aide, espèrent commercialiser leur outil dans d'autres écoles et le faire évoluer. Un accès de ces données via Internet pour les familles et les enseignants est en projet avec l'Ecole polytechnique de Tours.
Pour recevoir le CD-Rom de démonstration, contactez : Association Profil, 8 impasse 17 rue Franche-Comté, 37100 Tours. Tél. : 06 61 56 93 95. Adresse du site : www.profilzoom.com. Le logiciel est vendu sous forme d'abonnement (1,5 euros par élève et par an) et est mis à jour chaque année.

Notes :
1 - Ecole Saint-François, 11, rue Malebrande, 74100 Annemasse. Tél. : 04 50 37 23 22. Dir. : Thérèse Lamouille.
2 - Clis : Classe d'intégration scolaire.
3 - Association interdiocésaine recherche et innovation pédagogique d'Ile-de-France. -
4 - Pour consulter la grille B2i, voir le BO n°4 du 23 novembre 2000.
5 - www.sitecoles.org
6 - Adaptation et intégration scolaires.
7 - Ce logiciel, réalisé par l'enseignement catholique de Pays-de-Loire, est revu chaque année et mis gratuitement à la disposition des écoles. Pour en savoir plus : www.ddec49.org, rubrique : « Vous êtes enseignant », puis « Evaluation en CE2 » ou contactez Dominique Bossard, animateur formateur responsable du 1er degré à la direction diocésaine d'Angers (e-mail : d.bossard@wanadoo.fr).
8 - C'est le thème choisi par l'Association nationale des animateurs-formateurs de l'enseignement catholique (Anafec) pour sa prochaine session de formation qui se tiendra à Paris les 28, 29 et 30 janvier 2004. Par ailleurs, l'Unapec propose aux formateurs et animateurs du premier degré de réfléchir à « l'évaluation des réussites » les 15 et 16 janvier 2004.


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