Notes prises le jeudi 23 mai 2002, dans le cadre de la journée d'étude Animation-formation 1er degré, à l' UNAPEC, lors de la rencontre avec le Recteur JOUTARD Membre du Conseil National des Programmes, responsable du groupe d'experts pour l'école primaire, chargé de la rédaction des projets et des programmes.
1. POURQUOI DE NOUVEAUX PROGRAMMES ? 7 ans après les dernières instructions, l'exigence de proposer une nouvelle réflexion ne tient pas à une conjoncture politique (un ministre qui veut marquer son passage, par ex.) mais bien à une tendance lourde de notre société et d'ailleurs le Cahier des Charges a imposé une continuité avec les textes précédents, qu'il s'agisse de la Loi de Juillet 1989, des programmes de 1995 ou des propositions faites pour le collège et le lycée.
Tout d'abord, c'est une PHILOSOPHIE qui s'impose dans la rédaction de ces programmes. — Faire prendre conscience de ce que signifie un ENSEIGNEMENT DE LONGUE DUREE,à l'entrée en petite section de maternelle, l'enfant s'engage pour plus ou moins 20 années d'enseignement; et une vie professionnelle jalonnée par la formation continuée.
— Le monde difficile du XXIème siècle suppose la formation de personnes ayant le sens très fort de la COMPLEXITE, de l'INNOVATION, et l'aptitude à l'IMAGINATION. 2 exemples: - le passage à l'euro qui a nécessité pour les personnels de toutes les entreprises un changement important avec une formation informatique à la clé, même pour le pêcheur, parce que les méthodes ancestrales de vente à la criée sont révolues. - les évènements du 11 septembre 2001. Pour que les personnes ne fassent pas l'amalgame entre terrorisme et Islam,il faut bien un minimum de culture historique et de culture religieuse pour ne pas tomber dans les pièges de certains discours (La carte de France du vote extrême-droite des dernières Presidentielles est significative à cet égard).
— Dans une société très développée dans le domaine économique, le CAPITAL c'est l'IMAGINATION. Le futur des ouvriers dans toutes les grandes entreprises est identique à celui des cadres d'il y a 50 ans: posséder une langue étrangère (risques importants de départ dans d'autres filiales du groupe) et suffisamment de formation pour changer de poste, voire de métier au cours de sa carrière. — Il apparaît donc nécessaire de donner une formation de base complexe dès l'école primaire ( la maîtrise de la langue française, des mathématiques, d'une autre langue, des T I C, ainsi que de la culture scientifique, historique et artistique) pour offrir les chances de réussite pour tous. — L' école primaire apparaît plus qu'auparavant, la première marche de toute formation et non pas le lieu d'enseignement d'un " S M I C culturel "*. Le restrictif " LIRE,ECRIRE, COMPTER " ne sert à rien pour l'avenir de ces jeunes sinon les préparer à l'échec dès le collège et à la non-insertion professionnelle. — De ce fait le cahier des charges pour les rédacteurs est lourd, d'où une proposition de programmes très exigeants ( autrefois réservés à l'élite des lycées) et indispensables aujourd'hui pour tous les enfants.Les apprentissages de situations complexes de lecture et d'écriture sont indispensables pour la scolarité en 6ème. — Tout cela explique la nécesaire refonte des programmes en particulier donc pour " prendre acte " d'une formation longue durée ( Bac et plus ) pour la majorité. Il nous faut affronter un enseignement complexe et long.
2. COMMENT RÉPONDRE À CET OBJECTIF?
INNOVATION Par la création du Conseil National des Programmes, ce qui a été recherché c'est une cohérence pour l'ensemble du système éducatif. ( Luc FERRY devenu depuis Ministre du nouveau gouvernement " signe! ") et celle d'un groupe d'experts pour l'école primaire (A. BOISSINOT composé de gens du terrain, professeurs des écoles et de chercheurs Y. QUERE par ex.) donc un groupe d'écriture diversifié pour élaborer les Projets.
CONSULTATION Il a été tout aussi important de soumettre ces projets à l'ensemble des " utilisateurs ". Elle a donc eu lieu en septembre 2001. Le retour: très favorable sur le fond mais inquiétudes quant au concret, à la mise en pratique. Nous avons procédé à des réécritures et apporté des modifications non négligeables en Cycle III, jusqu'en séance de présentation aux partenaires syndicaux. Points retenus dans les explicitations: les études dirigées, la transversalité au cycle III, les repères pour la charnière GS-CP et les outils d'évaluations. Approbation très large de tous à ces programmes, reste les interrogations importantes QUID des MOYENS? Des précisions seront apportées dans les documents d'application prévus pour les maîtres à la rentrée 2002.
LIAISON ECOLE-COLLEGE Les orientations de la lettre de mission du Conseil National des Programmes et du Ministre M de GAUDEMARD précisent: le respect des CYCLES, les liens entre les cycles, la langue maternelle et une autre langue, les T I CE, les sciences, les arts, les liens entre CONTENUS et COMPETENCES. La décision prise par le groupe de rédaction fut de commencer par les programmes du CYCLE III pour marquer la cohérence avec le collège surtout pour le problème des langues, et d'aller à rebours. Le cycle III est celui des plus grandes ruptures
3. QUELLES SOLUTIONS POUR METTRE EN OEUVRE NOTRE PHILOSOPHIE ?
PRINCIPE n° 1 On ne peut pas séparer APPRENTISSAGE et acquisition de la CULTURE; les deux sont à mener de front. Ex: pour l'apprentisage de la lecture, il ne sert à rien d'apprendre la combinatoire qui permet seulement à déchiffrer sans entrer dans de vrais textes. Et inversement, les dérives d'une " méthode globale " consistant à deviner et à mémoriser desmots et des textes sans référence au code n'ont jamais mener à une vraie lecture. C'est dans le même mouvement qu'on découvre le sens du texte et qu'on doit appliquer des mécanismes concernant la combinatoire. Et donc, apporter dès l'école maternnelle, une vraie culture littéraire où les mots, les histoires, offrent une " résistance " des textes polysémiques donc difficiles, qu'on abordera bien sûr par la lecture à haute voix du maître; laquelle lecture ne sera pas abandonnée avant la fin du cycle III.D'où la liste référence obligatoire des ouvrages soumis à la lecture au CM . Mais également quelle culture scientifique? artistique? Historique?
PRINCIPE n° 2 : APPRENTISSAGE DE LA PAROLE. L'usage de la parole est la 1ère inégalitéà l'entrée de la maternelle.Et cependant une certaine maîtrise est la condition 1ère pour l' apprentissage de l'écrit. L'acquisition de la maîtrise de l'oral doit se continuer jusqu'à la fin du cycle III et même au-delà.
PRINCIPE n° 3: TRANSVERSALITE les programmes de cycle III sont complètement fondés sur ce principe qui est le meilleur moyen de gagner du temps. Grâce à la polyvalence du 1er degré, ce principe peut-être mis en place sans trop de difficultés. Il faut lutter très fort contre le savoir éclaté, contre le savoir " mis en tranches de saucisson " cela n'a rien à voir avec la vie réelle. D'autre part, c'est le bon moyen de pratiquer le réinvestissement des savoirs acquis dans d'autres disciplines. Ex: étude de la description, dans le cadre d'un travail de géographie lecture de paysage.
PRINCIPE n° 4: CONTINUITE/ RUPTURE : dialectique importante. Garder l'idée que les ruptures sont des moyens d'éducation et des moyens de progrès. On doit être particulièrement attentif à ces décrochages: lien GS-CP mais aussi début de CE1 ( début de l'autonomie de lecture et d'écriture), passage Cycle II / Cycle III (d'où l'importance des évaluations CE2) avec l'entrée dans les grands champs disciplinaires et enfin Cycle III/collège où nous devons continuer à augmenter les liens. Ce sera d'ailleurs un défi à relever pour le professeur de collège: mettre l'adolescent au centre de ses préoccupations au moins autant que l'attachement à sa discipline.
PRINCIPE n° 5 : AUTONOMIE DES EQUIPES PEDAGOGIQUES En redonnant un peu de souplesse: " la balle est dans le camp des conseils de maîtres " - pour les horaires: la fourchette hebdo des 26 h / horaires de cycles et annuel. - pour les contenus: élaboration des PROGRAMMATIONS propres à chaque établissement en fonction de ses PROJETS d'école, de cycle. - tous les choix sont possibles pourvu qu'ils soient mûrement réfléchis. Entre autre, penser aux remises en cause nécessitées par les EVALUATIONS.
PRINCIPE n° 6: UNE EVALUATION AU SERVICE DE L'ELEVE Nous devons souligner le danger d'une compréhension erronnée de l'évaluation dans notre culture française, où EVALUER signifie classer, trier, condamner. Ce regard négatif provoque la mise en échec à plus ou moins long terme. Interdit pour cette non-pédagogie de l'erreur qui secrète l'échec scolaire; CHANGER LE REGARD. Chez les Anglo-Saxons, le regard est plus positif; évaluer signifie noter les progrès, noter les réussites des élèves. Je serais assez favorable de parler des PROGRESSIONS des élèves. A propos d'évaluations, rappelons que celles prévues en GS, CP sont des outils pour prévenir des fragilités, celles de CE2 et 6 ème permettent de faire un" état des lieux " Par exemple, tous les professeurs de collège devraient se sentir concernés par principe de transversalité.
4. CONCLUSION
CES PROGRAMMES NE SONT-ILS PAS TROP AMBITIEUX ? Nous n'avons pas le choix de faire autrement. S'ils n'étaient pas ambitieux, avec un certain élan de dynamisme, ils ne mériteraient pas d'être des programmes. Il s'agit bien d'une " révolution " des mentalitéspour les maîtres d'où une possible perturbation. Non, la transversalité ne met pas en risque la dilution des apprentissages fondamentaux. La question qui reste la plus délicate et la plus préoccupante est : comment faire AVEC LES PLUS FAIBLES? Avec lesquels l'enseignant rencontre des difficultés qui ont de multiples raisons (d'ordre intellectuel, d'ordre socio-culturel...). On sait les réponses inadéquates: baisser les exigences, celles à nuancer: la multiplication des " petits cours " vite contreproductifs; celles possibles: le soutien scolaire avec des groupes restreints avec un enseignant chevronné pendant que ses collègues se partagent les autres élèvespour des activités où un grand effectif ne nuit pas. Enfin la pédagogie du détour ( projets arts, EPS ou personnels) pour redonner confiance et repartir sur les apprentissages fondamentaux.
« CE SONT DES PROGRAMMES QUI RESPECTENT LES ELEVES ET LES ENSEIGNANTS QUI, PAR CET ELAN DYNAMIQUE, DEVIENNENT A LEUR TOUR CREATEURS DE PROGRAMMES »
5. QUESTIONS - les études dirigées ( voir transversalité, vivre ensemble, ) - l'interculturel ( connaissance des oeuvres litt, hist, artis, et tout le patrimoine ) éducation civique - le fait religieux ( autonomie des enseignants dans la programmation historique, la relativité dans la présentation des calendriers, dimension transversale dans l'éducation à la citoyennetéet l'apprentissage de la langue) - la formation des maîtres ( étude de l'histoire et de la géographie des quartiers ,des villes comme approche de l'interculturel). - la rédaction des programmes commencée par le cycle III , comment s 'est-elle poursuivie? Pour la Maternelle, les textes récents et les pratiques étaient tout à fait concordants. Il s'agissait de rendre explicite ce qui était implicite au niveau des démarches Sur le fond, informer et rassurer les parents . Important d'expliquer la continuitédans les apprentissages de la GS. Au cycle II double travail en direction de la maternelle et du primaire (GS) pour tout ce qui se rapporte au langage et à la langue française ( Cf les travaux de recherche sur la lecture et l'écriture de J HEBRARD) en math renforcer le calcul surtout avec l'introduction de la calculette.Recentrage sur les fondamentaux sans négliger les arts visuels et musicaux, les TICE. Tous les moments passés à l'école sont des moments d'éducation y compris les récréations. - la grammaire ( un élément de l'analyse réfléchie de la langue française) mais savoir résoudre des problèmes ou lire, écrire, sont plus importants que l'apprentissage stérile de règles et d'exercices d'entraînement. Mais il reste nécesaire de bien utiliser sa mémoire et de monter des mécanismes à bon escient. - les programmes et les manuels: éviter la dérive du " saucissonnage " en choisissant bien ses manuels. Programmes et manuels sont une machine de guerre contre le photocopiage. L'école doit procéder à la réhabilitation de toutes les sortes de livres scolaires et non scolaires.
A lire " Réussir à l'école par une politique éducative " Pr JOUTARD / Cl THELOT
N.B. Ces notes n'ont pas été relues par monsieur Joutard. |