A- ETAT DES LIEUX
A1- RÉPARTITION DU TRAVAIL :
La répartition du travail entre deux enseignants à mi-temps se fait souvent par disciplines selon des envies, des désirs et parfois des compétences. L'un prend par exemple le français et l'autre les mathématiques. La répartition est encore parfois plus morcelée : l'un prend l'orthographe et la conjugaison, l'autre le vocabulaire et l'expression écrite. Ce "partage" se fait par consensus ou par imposition du plus ancien. Le travail de collaboration est souvent lié aux relations humaines positives entre les deux professionnels. Les deux enseignants ne participent pas toujours à toutes les concertations des cycles et de l'école.
A2- MODALITÉS DE COMMUNICATION :
Les moyens de communication entre les deux enseignants à mi-temps sont très variés : cahier de liaison, téléphone, rencontres régulières hors temps scolaire, parfois même un mercredi après-midi par mois, utilisation de l'ordinateur (en classe ou par mail) pour compléter et élaborer ensemble des outils et des grilles d'évaluation.
A3 - SUJETS DE TRAVAIL :
Il est évident que les sujets de travail ne manquent pas. Nous en indiquons quelques uns : - le suivi de chaque enfant ; - les liens avec les parents ; - les liens avec les partenaires (collègues, Chef d'établissement, enseignant AIS, orthophoniste, psychologue, intervenants dans des activités spécifiques, catéchistes, personnel de service, …) ; - Les informations réciproques sur les thèmes abordés, les contenus effectués et les méthodes utilisées afin de faciliter les liens ; - L'élaboration du projet pastoral de la classe ; - L'élaboration de projets pédagogiques communs ; - Les confrontations des démarches pédagogiques pouvant même aller jusqu'à l'analyse des pratiques, en particulier dans le domaine des différentes évaluations ; - L'organisation et la répartition des tâches et des domaines d'apprentissage ; - L'organisation du temps devant élèves. - L'organisation de l'espace classe (les tables, les affichages, …) et le choix des outils (cahiers, documents, livres, …) ; - L'organisation de la vie du groupe-classe (climat, ambiance, exigences, sanctions, …) ; - L'intégration de la dynamique du cycle et des liens avec les autres cycles ; - …
La liste n'est pas exhaustive, d'où l'indispensable travail en étroite collaboration, non seulement pour une meilleure cohérence entre les deux enseignants à mi-temps, mais également pour donner un sens global de l'enseignement et des apprentissages aux enfants.
B- QUESTIONNEMENTS ET SUGGESTIONS
B1 - POSTULATS DE BASE :
5 postulats de base nous semblent nécessaires à une intelligente conception du travail à mi-temps : 1. Une égalité des enseignants doit être maintenue pour une collaboration professionnelle judicieuse ; 2. L'organisation des mi-temps suppose un dialogue entre les deux enseignants et le chef d'établissement, ce dernier étant garant du projet d'établissement, c'est lui qui décide des répartitions ; 3. La recherche de consensus sur les éléments communs et une part d'autonomie pour chacun des enseignants, vécus dans une communication régulière ; 4. Un temps de travail de l'enseignant qui va bien évidemment au-delà du temps de présence devant les élèves. Un mi-temps ne se résume pas à 13h30 de travail dans une semaine. Un enseignant à mi-temps participe aux projets de l'école et à la globalité de l'éducation des enfants ; 5. L'organisation est seconde ; Elle est au service de projets et des enfants.
B2 - QUESTIONNEMENTS :
1. Comment la répartition facilite-t-elle la transversalité et évite-t-elle le "saucissonnage" ? 2. Comment l'organisation du temps permet-elle une continuité pour les élèves et pour les enseignants ? Quelle alternance dans la présence des enseignants ? 3. Quelle lisibilité de l'organisation est faite pour les élèves, les parents, les collègues et le personnel de service?
B3 - SUGGESTIONS :
1. Nous suggérons non pas une répartition par disciplines, mais par domaines (cf. nouveaux programmes). C'est à dire : - En cycle 3 : l'un approfondit plus particulièrement le domaine de " la langue française et de l'éducation littéraire et humaine " et l'autre le domaine de " l'éducation scientifique ". Les autres domaines, " éducation artistiques ", " EPS " sont partagés d'une façon plus souple en fonction des projets mis en œuvre. La maîtrise du langage vient dans tous les cas en transversalité continuelle pour les deux enseignants selon les situations. Il en est de même pour " l'éducation civique ". - En cycle 2 : l'un approfondit plus particulièrement les " langues étrangères " et la " découverte du monde ", l'autre les " mathématiques ". Les autres domaines " éducation artistiques ", " EPS " sont partagés d'une façon plus souple en fonction des projets mis en œuvre. " La maîtrise du langage " vient dans tous les cas en transversalité continuelle pour les deux enseignants selon les situations. Il en est de même pour " le vivre ensemble " bien évidemment. - En cycle 1 : la répartition ne s'effectue par entre des domaines, mais en choisissant d'approfondir plus particulièrement telles ou telles compétences devant être acquises en fin de l'école maternelle.
Il s'agit en fait de "rebondir" continuellement sur ce que le collègue de l'autre mi-temps a fait la journée précédente par rapport aux thèmes abordés, aux contenus effectués et aux méthodes utilisées pour que cela donne du sens aux enfants. Ce n'est plus une progression par disciplines "étanches" les unes des autres mais un travail en fonction des étapes d'apprentissages d'une notion: repérage, maîtrise, transfert, expression ; A partir des acquis et des besoins des enfants, une nouvelle étape d'apprentissage sera proposée.
Par exemple
1. En cycle 3 - Un des deux enseignants aborde un document historique avec son vocabulaire spécifique et un repérage des temps du passé (Etape de repérage), - il continuera une activité de conjugaison afin de faire maîtriser ces temps (Etape de maîtrise); - l'autre enseignant s'appuiera sur cette maîtrise pour approfondir la mesure du temps et l'utilisation des verbes conjugués dans des situations-problèmes, indications précieuses pour comprendre le texte (Etape de transfert). - ce qui amènera le premier à reprendre les verbes du passé pour une production d'écrits : élaboration d'un conte (Etape d'expression)
2. En cycle 2 Lors d'un travail sur la place du sujet ou sur la négation en langue française (étape de repérage), on s'appuie sur des phrases connues en langue étrangère pour comparer la construction de phrase avec le français : C'est de " l'analyse réfléchie des langues " qui aide à comprendre le fonctionnement.
3. En cycle 3 Etude des grands nombres en mathématiques (Etape de maîtrise) et travail, en sciences, sur les distances entre les planètes (Etape de transfert). Cela suppose, en amont, un travail important de programmation annuelle ENSEMBLE afin de déterminer les compétences et les connaissances devant être acquises en fin de cycle. Puis un travail régulier entre les deux enseignants. On se situe bien dans une progression par étapes des apprentissages et dans la transversalité entre les disciplines.
2. Une alternance régulière évite de trop grandes ruptures pour l'enseignant et les élèves : demi-journée ou une journée sur deux… Quant aux modalités de communication, un travail en amont nous paraît indispensable bien évidemment, non seulement sur les contenus, mais sur tous les sujets de travail indiqués auparavant. Plus l'organisation sera claire, précise et pertinente dans un dialogue permanent, plus les objectifs de communication seront ciblés sur le fond et non sur la forme. Même si la loi n'oblige qu'à 18h de concertation pour les enseignants à mi-temps, la logique est de participer à l'ensemble pour participer au projet d'école.
3. L'emploi du temps, la répartition des tâches, la présence des enseignants, avec sa part de souplesse doit être connus de tous. Une régularité est nécessaire pour que chacun se repère.
Sans cloisonnement, mais organisé, le mi-temps peut être une richesse. Il favorise une approche diversifiée pour les élèves, une mutualisation de compétences et un regard pluriel sur les enfants et les situations. |