Qu'est-ce qu'apprendre une langue étrangère ? · L'apprentissage d'une langue vivante va bien au-delà d'une simple acquisition de connaissances. Celui-ci relève bien plutôt d'un savoir- être que d'un savoir- faire. Ce qui est en jeu ici se pose en termes de valeurs, apprentissage de la tolérance, éducation à la paix. Il s'agit d'ouvrir les enfants à une autre culture, les confronter au différent de moi et pourtant même que moi. · Dans cet apprentissage, l'enfant est confronté à un système de signes différents et pourtant cohérent, à un art de vivre, des habitudes, traditions qui vont le faire s'interroger et lui faire prendre conscience de son propre système de signes, de sa culture, de son identité. Il constatera qu'en Europe rien n'est jamais totalement différent ni tout à fait pareil. · Les interrogations construisent l'enfant, l'apprentissage d'une langue étrangère, centré sur ses besoins, vise l'éducation du futur citoyen européen. A l'école primaire l'enfant apprend à oser dire, à faire et aussi à écouter pour comprendre l'Autre dans toute sa richesse et sa diversité.
Apprendre à parler, c'est apprendre à être · L'Europe est une réalité. Malheureusement, l'Europe, présente à nos esprits, est celle qui se fait en dehors des citoyens, elle obéit aux lois de l'économie. Cependant, même cette Europe-là, même ce monde des affaires ne peut fonctionner sans les contacts humains. Les marchés se créent ou disparaissent par l'action de partenaires qui se parlent, s'évaluent, sympathisent, se rejettent ou font des alliances. Apprendre une langue étrangère, c'est découvrir l'Autre, parler sa langue, c'est accepter sans réticence un autre système de signes, un autre mode de pensée, de vie, c'est voir le monde depuis une perspective différente.
Le citoyen de demain devra-t-il rester le spectateur de mécanismes où il n'a aucune part ? · L'Europe de la libre circulation, les communications faciles, font des pays voisins les futurs terrains de vie, de travail, d'études pour les écoliers d'aujourd'hui. Demain ils épouseront une italienne, partiront en stage de formation en Suède, dirigeront une filiale en Autriche. L'école les aura-t-elle préparés à cette mobilité physique et mentale ? Sauront-ils tirer profit des méandres de leur trajectoire, de leurs rencontres ? L'autre sera-t-il juste un client à convaincre, celui dont on se méfie ou se moque ou bien celui que l'on accueille et que l'on veut mieux connaître ?
Quelle langue choisir ? · On pourra peut-être laisser le choix à l'enfant. On apprend toujours mieux ce qui exerce une attraction a priori. · Pourquoi pas l'espagnol si, pour l'enfant, c'est aussi la perspective d'une visite chez la tante qui travaille à Barcelone ? Pourquoi pas l'allemand si l'enfant garde un merveilleux souvenir des dernières vacances en Bavière ? · Pourquoi toujours l'anglais ? Il ne s'agit plus de raisonner l'apprentissage des langues en termes de :ou anglais ou une autre langue, L'Européen devra maîtriser plusieurs langues, dont l'anglais obligatoirement mais rien n'oblige à commencer par l'anglais. Commencer par l'anglais implique une vision utilitariste des langues à laquelle l'élève sera confronté bien assez tôt. L'anglais a sa place dans le choix des langues proposées ; mais pas plus que les autres. · L'anglo-américain pratiqué dans le monde des affaires fonctionne avec peu de structures et de mots, des formes erronées y sont peu à peu standardisées ; ce nouvel Espéranto, certes utile pour une communication fonctionnelle, est bien éloigné de la langue de Dickens ou d'Orwell, peut on s'en servir pour philosopher ? nul besoin de douze années d'apprentissage pour la maîtriser. · Tous les jours des langues disparaissent du patrimoine linguistique mondial, c'est à dire des cultures authentiques, des forces de créativité, d'imaginaire. Pourquoi le français seul survivrait-il à la pression du tout anglais ? La diversité culturelle de l'Europe, sa richesse donc, repose sur la diversité linguistique. Qui parlera français demain si les Français refusent de parler les langues des autres ?
Y-a-t-il vraiment urgence ? · L'apprentissage d'une autre langue que l'anglais n'implique pas un retard, au contraire. Plus la première langue vivante apprise est éloignée des structures et des sons du français, plus l'élève acquiert de souplesse dans le réflexe linguistique, l'acquisition d'une seconde et d'une troisième langue n'en sera que plus aisée. · Pourquoi ne pas commencer l'apprentissage de la première langue par celui de la langue du voisin ? L'apprentissage gagne, par cette proximité, un enjeu et une dynamique. Le dialogue n'est-il pas plus riche et plus direct quand l'un des deux locuteurs parle bien la langue de l'Autre ? · Les langues régionales ou les langues de l'Union Européenne ou encore les langues des communautés issues de l'immigration devraient-elles avoir un statut de langue mineure ? A quoi servent les langues vivantes si par leur apprentissage on hiérarchise les cultures qu'elles véhiculent ? · L'apprentissage d'une langue est bien sûr un exercice intellectuel qui repose sur une pratique de la langue, mais cet apprentissage est affectif, étroitement lié au sens que lui donnent l'élève, l'enseignant et les parents. Chaque parent a le pouvoir de défendre d'autres valeurs que celles imposées par une " loi du marché ".
QUELLE AIDE LES PARENTS PEUVENT-ILS APPORTER A LEUR ENFANT ?
1 - Manifester de l'intérêt pour ce que l'enfant découvre : encourager son enthousiasme, s'intéresser avec lui aux cultures de la langue cible, lui proposer de la documentation, attirer son attention sur tel ou tel événement de l'actualité de ce pays. 2 - Ne pas attendre de production orale spontanée de l'enfant. Il va d'abord imiter ce qu'il entend. Comme dans l'apprentissage de la langue maternelle, les énoncés du début sont très réduits. L'apprentissage est prioritairement fondé sur l'éducation de l'oreille, de l'écoute et de la compréhension. 3 - Ne pas décourager l'enfant en le testant par des " comment dis-tu…. ? " ou " Tu ne sais même pas comment on dit…. ! " L'apprentissage n'est pas fondé sur l'accumulation de vocabulaire mais sur des apprentissages plus transversaux pour parvenir au réflexe linguistique. Les enfants doivent avant tout apprendre à penser dans la langue(ce que peu de parents maîtrisent même s'ils ont gardé en mémoire un vocabulaire étendu) 4 - Ne pas attendre des notes à tout prix. L'enfant aura une relation affectivement forte à son apprentissage, il serait dommage de tout gâcher par des évaluations intempestives. Que les parents se rassurent, les enfants apprennent vite et beaucoup, mais il ne saurait être question d'une évaluation/ compétition au moment où tous les élèves sont à égalité. 5 - Ne pas leur acheter de matériel sans l'avis de l'enseignant. Les élèves abordent l'écrit très progressivement, il est très important d'établir avec solidité les sons, la musique de la langue avant de proposer la graphie de ces sons. Toute confrontation trop précoce avec l'écrit pourrait perturber une prononciation correcte de la langue. 6 - Ce à quoi il faut s'attendre : L'enfant rentrera fier de l'école avec une nouvelle comptine, un nouveau chant et voudra la faire partager. Ne soyez pas avares de louanges, il n'en fera que plus d'efforts en classe pour imiter fidèlement l'original et mériter plus encore vos félicitations. Ne tentez pas de corriger trop rigoureusement les imperfections, cela casserait son élan et le rendrait muet. Pour parler, il faut oser le faire, prendre le risque de s'exposer, cela demande un effort : toute critique est ressentie comme une humiliation. L'enfant manifestera son étonnement devant telle ou telle habitude de l'Autre, ne renforcez pas les clichés par des " ça ne m'étonne pas des…. Ils sont tous complètement….. " 7 - Un dernier élément important : apprendre une langue, c'est apprendre à communiquer. Dialoguer ne peut se faire que si on s'intéresse à l'Autre, si on a appris à aller vers lui sans crainte d'être jugé. On ne peut dialoguer sur la pluie et le beau temps.
L'école si elle peut beaucoup, ne peut pas tout. L'éducation à la communication commence dans les familles par le dialogue que les parents instaurent avec leurs enfants, par le respect de la parole de l'autre et l'écoute qu'ils sauront inculquer à leurs enfants.
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