Sklerijenn (44)
La prière, réponses à des questions
     
"Qui a inventé les prières ? Pourquoi les cloches de l'Eglise sonnent ? L'autre jour, ma grand mère m'a montré un chapelet, à quoi ça sert ? La prière, est-ce que ça existe dans les autres religions ?"... Cet article fait un inventaire de questions auxquelles il répond.

[ Mots-clés : catéchèse, culture religieuse, prière ]
  Garel Yvon
14-01-2008
Lorsque l’on parle de la prière et en regardant autour de nous des hommes et des femmes qui prient ou encore en observant des attitudes ou en repérant les objets qui accompagnent la prière, on est en droit de se poser des questions. Nous avons donc choisi de vous apporter quelques éclairages qui pourront vous aider à ouvrir l’esprit et le coeur de vos élèves. Nous vous les présentons sous forme de questions.

Question : Nous avons appris le "Notre Père" et le "Je vous salue Marie" à l’école et au catéchisme. Mais qui a donc inventé ces prières ?

Le Notre Père est la prière que, dans l’Evangile, Jésus enseigne à ses disciples. Matthieu (chapitre 6, 9-13) et Luc (11, 2-4) nous rapportent cet épisode où ses compagnons en le voyant prier demandent à Jésus : "Seigneur, apprends-nous à prier". Et il leur enseigne cette belle prière qui est aujourd’hui une prière commune à tous les chrétiens, catholiques, protestants, orthodoxes… Et il n’y a pas eu d’ajout fait par l’Eglise au cours des siècles. Par cette prière, Jésus nous dit la relation qui l’unit à Dieu et du coup qui nous unit à Dieu : il est notre Père, Papa !

La prière à Marie, le "Je vous salue, Marie" a aussi son origine dans le texte de l’Evangile de Saint Luc (chapitre 1). L’ange vient annoncer à Marie la naissance de Jésus et lui dit : "Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi". Puis Marie se rend chez sa cousine Elisabeth qui, en la voyant, s’écrie : « Bénie es-tu entre les femmes et béni le fruit de ton sein ! » Ce sont ces deux paroles qui ont inspirées la prière à Marie. Mais on ne connaît pas l’origine de l’ensemble de la prière. On peut dire que c’est au XVIe siècle que cette prière est devenue très populaire : elle servit souvent à exprimer la joie des pauvres. Et on appelle aussi cette prière "l’Ave Maria", deux mots latins qui veulent dire "Je vous salue, Marie".

Question : Tous les midis, juste avant la fin de la classe, j’entends les cloches de l’église. Elles tintent trois fois trois coups puis sonnent à toute volée. Pourquoi ?

C’est en effet une coutume qui remonte dans l’histoire de l’Eglise du côté du XIIe siècle et qui fut généralisée aux XVe et XVIe siècles. Ce n’est donc pas nouveau. On dit que c’est "l’Angélus" qui sonne. C’est une prière qui nous rappelle la naissance de Jésus, son incarnation et qui commence par les mots "L’ange du Seigneur". Et le mot "ange" se dit "angélus" en latin. On dit trois courts passages de l’Evangile (on appelle cela des versets) et après chacun on dit un Ave Maria, et on termine par une prière. Mais ce n’est pas seulement à midi que l’on récite cette prière. Sans doute, dans ton village, si tu écoutes bien, tu entendras sonner l’Angélus le matin (à 7 heures) et le soir (à 19 heures) à moins que les riverains aient souhaité faire taire les cloches !! Si tu parles de l’Angélus à tes grands-parents, ils te diront que ces sonneries rythmaient autrefois la vie des paysans. Et tu pourras aussi découvrir un tableau célèbre qui rappelle cela : l’Angélus de Millet.

Question : L’autre jour, ma grand-mère m’a montré un chapelet. Il ya plein de grains sur un fil, comme un collier. A quoi ça sert ?

Tu parles de collier et tu ne penses pas si bien dire. Ce mot chapelet veut dire « petit chapeau » dans le sens de couronne. Au Moyen Age on couronnait de roses les statues de la Vierge, chaque rose symbolisant une prière. D’où l’idée de se servir d’un collier de grains pour prier Marie. On voit, dans l’histoire de l’Eglise, saint Bernard (XIIe siècle) inviter les moines à prier avec le chapelet et, au XIIIe siècle, c’est saint Dominique qui demandent aux dominicains de porter un chapelet à la ceinture. Si tu as rencontré des moines, tu as pu remarquer que beaucoup portent encore ce chapelet. Le chapelet comporte donc cinq séries de dix grains, chaque série étant suivie d’un grain séparé. La récitation du chapelet comporte en effet 5 dizaines de « Je vous salue Marie », chaque dizaine étant introduite par un "Notre Père" et conclue par un "Gloire au Père".

Tu entendras aussi peut-être parler du Rosaire (et oui, encore les roses !) : c’est une prière qui consiste en la récitation de quatre chapelets ; oui, cela fait 200 "Je vous salue Marie" ! Mais en le récitant, le chrétien se souvient de la place de Marie dans la vie de Jésus : on parle de mystères joyeux, douloureux, glorieux et lumineux.

Encore une chose : le chapelet existe aussi dans les autres religions. Chez les hindouistes et les bouddhistes, et même avant nous. Chez les musulmans, le chapelet est fait de trois fois 33 grains : ils correspondent aux 99 noms donnés à Dieu dans le Coran.

Question : La prière, est-ce que cela existe dans les autres religions que la religion chrétienne ?

Bien sûr que oui, et je suis sûr que tu as souvent vu, au moins à la télé, les musulmans en prière ou encore les moines bouddhistes. On utilise même des images de moines en prière dans les pubs !!

Pour le musulman, la prière rituelle (le salât) se récite cinq fois par jour (aube, midi, après-midi, crépuscule et soir). C’est une obligation pour tout fidèle de la religion ; elle fait partie de ce qu’on appelle les cinq piliers de l’islam avec la profession de foi, le jeûne du Ramadan, l’aumône et le pèlerinage à La Mecque. Par la prière, le croyant se rappelle que Dieu doit avoir une place dans sa vie. La prière se dit de préférence en groupe, si possible à la mosquée, en particulier pour la prière de midi, du vendredi et des jours de fête. Pour prier, le croyant, après des ablutions (c’est une toilette qui est aussi pour lui une demande de pardon), se déchausse et se place sur un sol pur (d’où le tapis de prière) en s’orientant vers la Mecque. Puis il s’adresse à Dieu debout avant de se prosterner, genoux et face contre terre, en signe d’adoration.

Chez les bouddhistes, les temps de prières sont des moments de méditation pour faire le vide, pour prendre conscience de la véritable nature des expériences que nous vivons. Et puis on voit aussi les bouddhistes se rendre régulièrement à la pagode pour remercier le Bouddha et lui offrir de la nourriture et des bâtons d’encens.

Enfin, pour les Juifs, la prière est le « service du coeur », c’est une conversation intime avec Dieu. Au centre de leur prière, il y a le « Shema Israël » (Ecoute Israël), un peu comme nous chrétiens nous avons le Notre Père. Ce sont des passages de la Bible (Deutéronome et Nombres). Pour prier, les hommes mettent une calotte appelée la kippa et un châle de prière, le talith, recouvert de franges. La prière se fait trois fois par jour : matin, après-midi et soir, soit seul soit de préférence en groupe.

Question : Quand je vais à la messe le dimanche, nous sommes invités parfois à être debout, ou assis, ou encore, il y a des personnes qui se mettent à genoux. A quoi ça sert ?

Pour la prière, comme pour d’autres situations de la vie courante, on fait appel au corps : ainsi par exemple, lors d’un beau spectacle, pour dire sa joie, on se lève, on applaudit. De la même façon, je vais aussi utiliser mon corps pour exprimer ma prière. Voici un petit mot sur les différentes positions que tu rencontres avec des gens en prière :
- La position debout : c’est la position traditionnelle de celui qui prie. On se tient droit, le poids bien réparti sur les jambes, le centre de gravité très légèrement en avant de ses pieds, la tête droite dans le prolongement du corps, les bras ouverts et la paume tendue vers le haut. Cette position rappelle celle de l’arbre, c’est la position de l’homme libre qui se tient debout devant son Dieu, comme un vivant.
- La position à genoux : c’est la position de la supplication, de la soumission, de l’adoration… Elle demande de bien répartir son poids sur les genoux. Tu pourras voir, surtout dans les monastères, des moines utiliser ce qu’on appelle un prie-Dieu où ils posent les genoux. On les voit aussi souvent utiliser l’inclinaison du corps.
- La position assise : c’est la position de l’écoute, du recueillement et de la méditation. Pour bien se tenir dans cette position, il faut aussi apprendre à bien placer le centre de gravité de son corps. Pour ne pas bouger continuellement, il faut avoir le buste droit avec les jambes, les pieds légèrement écartés et les mains reposant sur les genoux.
- La grande prosternation : c’est un geste que tu as peut-être vu lors d’une ordination de prêtre. La personne est allongée totalement sur le ventre, signe d’abandon total à Dieu.

Toutes ces positions du corps sont importantes et il faut apprendre à bien les réaliser pour une plus belle prière.

Question : L’autre jour, nous avons récité le Notre Père et nous avons été invités à faire des gestes avec les mains. Je n’ai pas très bien compris tous ces gestes. Peux-tu m’expliquer ?

C’est vrai qu’avec les mains, on peut aussi prier. Voici huit gestes symboliques que tu peux intégrer dans ta prière et qui faisaient sûrement partie des gestes du Notre Père.

- Elever tes mains vers le ciel pour dire la grandeur de Dieu
- Disposer tes mains comme un livre ouvert devant toi pour te mettre à l’écoute de la Parole de Dieu
- Mettre une de tes mains sur l’autre sans fermer comme si tu tenais un oiseau ou comme si tu voulais protéger la flamme d’une bougie : "Garde-moi, mon Dieu, mon refuge est en toi"
- Disposer tes mains comme un récipient qui recueille l’eau d’une source : "Dieu c’est toi que je cherche"
- Mettre tes mains bien à plat, paumes ouvertes vers le ciel, en geste d’offrande.
- Croiser tes mains sur la poitrine, comme pour te recueillir : je garde en mon coeur la Parole de Dieu
- Elever les mains, doigts écartés, comme pour un appel au secours ou comme si j’étais perdu dans une foule : "Seigneur, viens à mon aide".
- Poser une main sur mes lèvres, comme si je portais une nourriture à ma bouche : oui, la Parole de Dieu est en moi.

Mais avec tes mains, tu fais aussi le geste du chrétien : le signe de croix. Il faut apprendre à le tracer sur le corps sans en faire un geste « chasse-mouches ». Le signe de croix est un des gestes les plus fondamentaux de la prière chrétienne. Toujours fait au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, il rappelle en même temps la mort sur la croix et la résurrection du Christ et la profession de foi Trinitaire.
Il se fait avec la main droite en touchant successivement le front, le sternum, l'épaule gauche, puis l'épaule droite et en prononçant à haute voix ou mentalement les mots : « Au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, Amen ».
Il se fait au début d'une célébration par toute l'assemblée; au début et à la fin d'un temps de prière. Avant la lecture de l'évangile, lors d'une eucharistie, le prêtre trace avec le pouce, un signe de croix sur le livre, puis sur son front, sur ses lèvres et sur son coeur. Ce geste est repris par l'assemblée. Il exprime la volonté de chacun de voir son intelligence s'ouvrir à la Bonne Nouvelle, ses lèvres la proclamer et son coeur la recevoir vraiment.

Question : J’ai passé une journée à l’abbaye de Timadeuc (Morbihan) avec mes amis, servants de messe comme moi. Nous avons participé à un temps de prière avec les moines. C’était à midi. Ils appellent ce temps, sexte. Tu peux m’expliquer ?

En rencontrant les moines à l’abbaye de Timadeuc, tu as pu être en contact avec ce que l’Eglise appelle la Liturgie des heures. Répartie sur les différentes heures de la journée, elle ponctue la vie des moines faite de prières et de travail et symbolise leur attention continuelle à la présence de Dieu. Pour comprendre le nom donné à chacun de ces temps de prière, il faut te rappeler qu’à la naissance de l’Eglise, dans l’Empire romain, le jour était divisé en douze heures allant du lever au coucher du soleil et la nuit en quatre veilles (vigillae, en latin). Et on parlait de la "première veille" ou de la "sixième heure". Alors dans la journée d’un moine, il y a d’abord l’office du matin (laudes, ce qui veut dire louanges) puis celui du soir (vêpres, un mot qui veut dire soir). Et pendant la journée, tu as tierce (3e heure soit 9 heures du matin), sexte (6e heure, c’est à midi), none (9e heure). Juste avant le sommeil, il y aura les complies (cela veut dire achèvement). Et il y a aussi dans la nuit les matines. Pour les prêtres, il y a aussi ces prières tout au long de la journée : elles sont contenues dans un livre qu’on appelait le bréviaire et plus souvent désormais "Liturgie des heures".

Question : Jésus est le Fils de Dieu et je ne comprends pas pourquoi on dit que lui aussi prie. Il ne doit pas en avoir besoin car il n’est pas comme nous ?

C’est vrai, dans l’Evangile, on découvre plusieurs fois Jésus en train de prier. Ce sont dans des moments difficiles de sa vie, par exemple au désert lors de la tentation par Satan ou encore au jardin des Oliviers avant d’être arrêté pour être crucifié. Mais c’est aussi lorsqu’il doit prendre des décisions importantes comme le choix des apôtres. Tu trouveras aussi des passages où on voit Jésus se retirer pour prier en silence loin des foules qui le suivaient. Tout cela nous montre que si Jésus est Dieu, il est aussi homme et comme nous, il a besoin de ces moments de prières, d’intériorité. Et à qui il s’adresse ? A son Père et c’est bien cette prière du Notre Père qu’il nous a laissée.

Question : J’ai encore une question importante. Quand je prie, pourquoi Dieu ne répond-t-il pas ? Est-ce qu’il m’écoute même ?

Cette question tu n’es pas le seul à te la poser. C’est surtout dans les psaumes que l’on trouve le cri du croyant qui dit à Dieu : "Je t’appelle et tu ne me réponds pas. Jusqu’à quand ça va durer" ? D’abord Dieu n’est pas un distributeur automatique qui nous fournit ce que nous demandons. Il nous a créés pour travailler à rendre meilleur le monde dans lequel nous vivons. Et puis quand tu demandes quelque chose aux grandes personnes, il n’y a pas que la parole pour répondre. Le silence est aussi une réponse ou alors un sourire, un geste, une fleur, un cadeau, etc. Dieu nous répond aussi de cette façon et en particulier par ce qui est écrit dans la Bible ; à nous de la lire avec attention et souvent. La Parole de Dieu s’incarne en Jésus que nous connaissons par les Evangiles et qui se donne à nous dans l’Eucharistie. Et puis Dieu nous parle aussi dans nos frères, dans celui qui est pauvre, celui qui soulage. Et il nous parle dans des évènements qui font chacune de nos vies. A nous de savoir être à l’écoute.

Conclusion

En accompagnant les enfants dans la découverte de Jésus, il vous arrive sans doute d’entendre d’autres questions. Ce qu’ils attendent de nous, c’est que nous les écoutions et qu’avec nos mots nous les aidions à faire un pas sur le chemin d’une foi plus solide. Ce n’est pas chose facile au quotidien mais cela est enrichissant pour tous.

Et pour clore ces quelques approches de la prière, pour vous, un texte de Frère Roger, moine à Taizé, assassiné en 2005 :

"Quand tu es déçu dans tes attentes, te laisseras-tu submerger par le découragement et le doute ? Le Ressuscité est là. Connu ou ignoré, dans tes obscurités, il allume un feu qui ne s’éteint jamais. Il brûle tes propres épines, et, avec elles, tes épreuves intérieures. Et les pierres de ton coeur peuvent, par lui, devenir incandescentes. S’il était possible de sonder un coeur, l’étonnement serait de découvrir au tréfonds la silencieuse attente d’un amour. Elle peut être refusée, rejetée, elle est toujours là. Quand il t’arrive de te croire peu aimé ou peu compris, le Christ Jésus te dit sans se lasser : "Je t’aime d’un amour qui ne finira pas. Et toi, m’aimes-tu" ? Et tu balbuties ta réponse : "Toi, Jésus, je t’aime, peut-être pas comme je le voudrais, mais je t’aime".



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