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Pourquoi ce choix de poèmes ? Nous avons pensé que bien des poèmes peuvent nous ouvrir à la prière. La communication qui convient à l’esprit est celle qui ne donne rien directement. « La vérité n’est pas un objet mais un lien entre deux personnes. La Parole du Christ dans l’Evangile est chargée d’images, avec ce qu’il faut d’énigme pour que le chemin se fasse dans la tête de son interlocuteur. C’est l’origine de toute poésie vraie : il faut que quelque chose manque pour espérer goûter à un peu de plénitude » (Christian Bobin). Vous découvrez à votre tour des poèmes qui ouvrent au mystère. Faites-les nous parvenir…
Il meurt lentement celui qui ne voyage pas, celui qui ne lit pas, celui qui n’écoute pas de musique, celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.
Il meurt lentement celui qui détruit son amour-propre, celui qui ne se laisse jamais aider.
Il meurt lentement celui qui devient esclave de l’habitude refaisant tous les jours les mêmes chemins, celui qui ne change jamais de repère, ne se risque jamais à changer la couleur de ses vêtements ou qui ne parle jamais à un inconnu.
Il meurt lentement celui qui évite la passion et son tourbillon d’émotions celles qui redonnent la lumière dans les yeux et réparent les cœurs blessés.
Il meurt lentement celui qui ne change pas de cap lorsqu’il est malheureux au travail ou en amour, celui qui ne prend pas de risques pour réaliser ses rêves, celui qui, pas une seule fois dans sa vie, n’a fui les conseils sensés. Vis maintenant ! Risque-toi aujourd’hui ! Agis tout de suite ! Ne te laisse pas mourir lentement ! Ne te prive pas d’être heureux !
Pablo Néruda
Je marcherai sous le soleil trop lourd, sous la pluie à verse ou dans la tornade. En marchant, le soleil réchauffera mon cœur de pierre ; la pluie fera de mes déserts un jardin. A force d’user mes chaussures, j’userai mes habitudes Je marcherai et ma marche sera démarche. J’irai moins au bout de la route qu’au bout de moi-même. Je serai pèlerin. Je ne partirai pas seulement en voyage. Je deviendrai moi-même un voyage, un pèlerinage.
Jean Debruyne
L’écoute silence
Ecoute ce que dit le vent quand il ne dit plus rien mais reprend son souffle et se souvient d’avoir été si haletant après sa course. Que dit le vent après sa course ? Que dit le silence du vent ?
Ecoute ce que dit la pluie quand un instant elle fait halte et cesse l’espace de trois mesures de tambouriner ses doigts d’eau sur le toit et sur les carreaux. Que dit la pluie quand elle se tait ? Que dit le silence de la pluie ?
Ecoute ce que dit la mésange nonette quand elle suspend ses roulades et que son chant dans le matin clair reste en filigrane dans l’air. Que dit l’oiseau quand il se tait ? Que dit le silence de la mésange ?
Le silence dit que le silence écoute couler la source du chant.
Claude Roy
Pourquoi cette feuille ?
A un détail près le monde n’a pas changé en si peu de temps A un détail près ce matin est une réplique grisaille à l’appui du précédent. A un détail près le poids écrasant la poitrine ne s’est pas allégé d’un iota A un détail près l’on se sent toujours vivant un peu plus un peu moins. Le même équilibre fragile ou non. A un détail près celui de cette petite question entêtante : Pourquoi cette feuille ni plus jaune ni plus verte que les autres est-elle tombée de l’arbre ?
Abdellatif Laâbi (poète marocain)
Midi. Septembre
Un coq chante au loin. Un pommier ploie tranquille sous sa charge.
Personne aux champs. C’est dimanche. Les pailles brisées brillent sur le chemin.
Les brumes dorées dansent sur l’horizon. Les oiseaux se taisent aux lisières, derrière un frémissement de feuilles.
Jean Grosjean
Tutoyer le mystère
On sait si peu le nom de Dieu, seulement qu’il est la question et parfois une parole au bout du silence. On veut parler et ce n’est déjà plus lui que les mots emmènent. Mais on parle et c’est une trace. Un jour pourtant, On risque un « me voici ! » C’est donc que la rencontre a eu lieu et que l’on consent enfin à tutoyer le mystère !
Francine Carillo
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