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Et si on parlait de la prière… |
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Quelques repères pour tenter de dégager la prière de toutes ces représentations.
[ Mots-clés : catéchèse, culture religieuse ]
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Garel Yvon 09-10-2007 |
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Pourquoi parler de la prière ? Dans les réunions avec les enseignants, dans les rencontres avec les jeunes professeurs des écoles, dans les réflexions de quelques parents, si on parle de la prière, on ne tarde pas à sentir un certain désarroi, pour ne pas dire un rejet. Prier c’est vraiment ringard… A quoi ça sert ? Débuter la journée en récitant un « Notre Père », cela ne ressemble à rien !!
« Parfois, dit l’un, je me demande si la prière avec ses bougies n’est pas une forme de magie : on répète une formule et on espère que cela marche ».
« Oui, ajoute Camille, il m’arrive, quand des amis sont dans une situation difficile ou quand je connais quelqu’un qui vient de mourir, de me dire : « J’aurais bien aimé lui dire une petite prière » mais je ne sais pas quoi dire ».
Quand on parle de la prière, il est sans doute nécessaire d’échanger sur ce que recouvre ce mot pour les uns et les autres et ainsi de clarifier les choses. Notons donc quelques aspects à partir des diverses expériences vécues :
- D’abord un temps de silence, d’intériorité, de retour sur soi : mais dans le bruit et le rythme du quotidien, on ne trouve guère de temps pour ce genre d’arrêt ! - La prière ? Oui, ce sont des textes appris dans notre jeunesse et qui sont enfouis pour toujours dans un coin de notre tête, alors on les récite machinalement de temps en temps : le Notre Père, le Je vous salue Marie… - On prie et c’est toujours pour demander quelque chose : un parent malade, la réussite à un examen, la victoire de l’équipe préférée… Et quoi encore ? On perd son temps, surtout que cela ne marche pas… - C’est avant tout un temps personnel, privé, cela ne concerne que moi et je ne mêle pas de ce que les autres peuvent penser de la prière. Un coin prière dans la classe ? Oui, et les enfants y vont quand ils veulent, quand on leur laisse le temps !! - Avant tout, ce sont les célébrations mises en place lors des fêtes liturgiques : on se retrouve de préférence à l’église. - Prier en classe ? Mais vous imaginez ce que cela pose comme problème avec la diversité des élèves que nous recevons.
Face à toutes ces approches, rassemblons quelques repères pour tenter de dégager la prière de toutes ces représentations qui, certes, contribuent à en mesurer l’ampleur mais qui aussi voilent l’essentiel de ce qu’elle est.
Avant tout faisons de la prière, ce temps de pause nécessaire à une vie spirituelle : la place de la prière dans toutes les religions (chez les chrétiens, chez les musulmans, les bouddhistes, …) est là pour nous le rappeler si nécessaire. « Peut-on imaginer un rossignol qui ne chante pas ? Peut-on imaginer un amoureux qui ne trouve plus le temps de parler à sa bien-aimée ni de l’entendre ? Comment se fait-il que nous puissions respirer et ne plus prier. La prière est la respiration de l’âme ? » (Stan Rougier).
« Les oiseaux volent, les poissons nagent, l’homme prie », dit un père de l’Eglise. C’est une nécessité pour l’homme de prier. Temps de pause dans la vie de chacun mais aussi dans la vie d’une communauté. Il importe en effet de distinguer la prière personnelle de la prière d’une communauté, ce qui n’empêche pas de prier seul en lien avec sa communauté de référence. C’est tout le sens de la prière des heures chez les chrétiens ou de la prière des musulmans.
Et puis la prière peut revêtir bien des formes. Trop souvent, elle est de demande au risque d’oublier les autres aspects qu’elle peut revêtir : - un temps où on partage avec l’autre ce que l’on a sur le cœur, on fait le vide.. ; - un temps où l’on remercie, on loue, on dit sa joie, son bonheur - un temps de prise de conscience de ce que l’on est, où on se pose les questions de fond qui sont au cœur de toute vie : qui suis-je ? où je vais ?
Pour pleinement mesurer ce qu’est la prière, faisons appel à ce qui guide toute relation humaine : retenons, à défaut d’être exhaustif, quatre éléments : le désir, la présence, l’écoute, le regard.
La prière n’est pas un besoin mais bien un désir de l’autre, d’autre chose : le désir c’est ce qui met en route, ce qui crée l’attente, l’impatience de pouvoir enfin découvrir l’autre.
Etre présent à l’autre à celui avec qui j’entre en dialogue. Etre présent veut dire faire le vide, faire du rangement, quitter les multiples préoccupations pour être totalement à celui que je reçois, celui avec qui j’échange. C’est le souci de la maitresse de maison qui avant de recevoir ses invités a tout mis en œuvre pour être disponible.
Se mettre à l’écoute, comme une antenne qui se déploie, un radar chercheur qui se tend. Ecouter, c’est difficile. Comme le dit Philippe Breton, notre société où la communication est omniprésente est dans le même temps « faiblement rencontrante » et bien peu écoutante. Mais veut-on vraiment écouter ?
Un regard qui dit bien plus que toutes les paroles. « Elle m’a regardée comme une personne », s’exclame Bernadette en parlant de la Vierge. Nous avons à cultiver la qualité de notre regard pour qu’au contact de l’autre le dialogue vrai puisse s’instaurer.
Alors, si la prière est une relation à l’autre, au Tout Autre, que faire pour qu’elle soit vraiment ce temps de respiration de notre vie quotidienne, par quels itinéraires peut-on passer pour aider nos jeunes, les élèves qui nous sont confiés et nous-mêmes avec eux à marcher sur le chemin de la prière ?
- Mettre en place ces temps de pause, de silence, d’arrêts : pourquoi faire ? Rien, écouter, regarder (un arc-en-ciel dans le ciel d’automne, un beau tableau, un dessin d’élève…). Pas de parole, on regarde et on se tait : chacun demeure libre de son discours intérieur. Parmi les éléments à soigner dans nos classes, il nous faut songer à la décoration. Quel sens peut avoir la création d’un coin prière dans une classe si tout l’environnement n’est pas appel à contemplation, ouverture au mystère ? Cela veut dire un souci permanent de changement dans la décoration de la classe, une place faite à l’esthétique.
- Donner place à la réflexion sur soi : en pédagogie on parle de métacognition. Et si on se donnait des temps pour répondre aux questions qui nous habitent : d’abord nos réponses, pas celle des autres !! Dans l’emploi du temps, on connaît désormais le temps de vie de classe : quelle place est donnée au temps de vie personnelle. Ce sont des habitudes à créer : faire en sorte que l’élève se donne ces temps « d’ennui », d’arrêt pour s’interroger sur les textes découverts, les questions posées au cœur des activités. Nous avons besoin de ces moments encore faut-il que les adultes qui accompagnent l’élève l’y autorisent.
- Eduquer au silence, chemin vers l’intériorité, offrir à nos jeunes une réelle pédagogie du silence. Oui, le silence s’apprend, il s’exerce. Dans un monde habité par les bruits, intérieurs ou extérieurs, faire silence fait peur car il nous place devant nous-mêmes. Il ne s’agit pas de faire taire tout ce qui nous habite mais de prendre cela en compte car nous sommes faits de chair et d’os. Faire silence commence par un travail sur le corps, la respiration. La pensée orientale situe le centre de gravité de notre corps non dans la tête mais dans le ventre, en ce lieu que les Japonais appellent le « hara ». Apprenons donc à travailler sur notre respiration, notre façon de marcher, de parler, de poser des gestes quotidiens, de nous tenir assis : il est vrai qu’en ce domaine, il y a matière à apprentissage avec nos jeunes élèves ! Cela prend du temps car il s’agit de mémoriser de nouvelles habitudes : simplicité et répétitivité doivent nous guider dans cet apprentissage du silence.
- Prendre appui sur la poésie, la musique, le chant.Il y aurait beaucoup à dire sur la place qui est donnée à ces domaines dans nos classes mais aussi à la façon dont nous les abordons. La poésie ne serait-elle que l’occasion de faire fonctionner la mémoire ? C’est vraiment réduire à peu la poésie… Donnons lui toute sa valeur comme ouverture vers l’invisible, l’indicible. Cela ne peut rentrer dans des schémas tout préparés : c’est au plus profond de chaque être que se fait cette rencontre. Dans ce numéro, nous vous proposons quelques poèmes pour ouvrir vers cet au-delà. Ce que nous disons pour la poésie, vaut tout autant pour la musique…
- Faire goûter des textes de l’Ecriture, les psaumes… Nous avons eu l’occasion dans de précédents numéros de parler des psaumes. De nombreuses traductions existent qui sont adaptées à de jeunes enfants : elles nous aideront à entrer dans des textes qui peuvent peut-être nous désorienter. Je puis vous inviter à vous rendre par exemple sur le site mespsaumes.net. : vous y trouverez des éléments fort intéressants et des liens avec d’autres sites. Donnons place à ces beaux textes de l’Ecriture et laissons-les entrer en chacun en utilisant une belle affiche, un beau livre ouvert sur un lutrin… (Un livre parmi d’autres : « 190 poèmes, prières, chants et psaumes » aux Editions Bayard).
Et pourquoi tout ce travail ? Il conduira chacun sur le chemin d’un acte personnel : accepter la rencontre avec celui que l’on pourra nommer Dieu. Oui la prière est vraiment une relation d’amour avec l’Autre et, comme tout amour, il se construit au quotidien. « Une heure de paix, cela s’apprend... Créer au-dedans de soi une grande et vaste plaine, débarrassée des broussailles sournoises qui vous bouchent la vue, ce devrait être le but de la méditation. Faire encore un peu de « Dieu » en soi, comme il y a un peu de « Dieu » dans la neuvième symphonie de Beethoven. Faire entrer aussi un peu « d’Amour » en soi, non pas un amour de luxe d’une demi-heure dont tu te régales, fière de l’élévation de tes sentiments, mais un « Amour » dont on peut faire passer quelque chose dans la modeste pratique quotidienne » (Etty Hillesum).
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