Bulletin scolaire, livret scolaire, livret de compétences…
     
Les livrets de compétences font leur apparition dans le système scolaire. Que deviennent les livrets scolaires, les carnets de notes ?

[ Mots-clés : évaluation de l'élève ]
  Crépy Sylvie
Services nationaux Formiris
17-10-2007
Le bulletin scolaire ou carnet de notes
1. Du classement aux notes

Les notes n’existaient pas avant le XIXè siècle. Les compositions n’étaient pas notées mais classées. Des places d’honneur étaient décernées aux premiers. Le but était de provoquer une émulation entre les élèves.
Ce n’est qu’en 1890 que la notation chiffrée devient obligatoire pour les compositions trimestrielles. « La notation chiffrée vise notamment à affiner la hiérarchisation des résultats, en vue de faciliter la sélection d’une élite. Dans cet esprit, c’est la note sur 20 qui est privilégiée, plus pointue que celle sur 10, en vigueur à l’école primaire. Elle s’accompagne toujours de classements et de prix, avec une théâtralisation des résultats. La note chiffrée, c’est aussi un moyen de discipline jugé « très efficace » : l’arrêté de 1890 classe la mauvaise note parmi les punitions autorisées, aux côtés du devoir à refaire ou de la retenue… » (1).
2. Des notes aux lettres
Dans les années 60, de nombreux travaux soulignent l’extrême difficulté d’une notation objective et repèrent des facteurs d’influence. « Tout comme le redoublement les notes chiffrées se voient donc fortement contestées par la recherche » (2)
La circulaire du 6 janvier 1969, « proscrit les classements et préconise de remplacer les notes chiffrées par des appréciations globales, du « très satisfaisant » au« très insuffisant ». Et « si on le juge bon », on peut leur faire correspondre des lettres (de A à E) ou des chiffres (de 1 à 5) . « Il est bon de prendre conscience de la relativité de la note, par suite d’écarter les procédés dont la précision apparente est trompeuse, précise le texte. La notation chiffrée de 0 à 20 peut être abandonnée sans regret » (3).
Cependant, en juillet 1971 les notes sur 20 sont à nouveau prônées dans les classes qui comportent un examen (3ème, terminale).
« L’usage des lettres se diffuse surtout à l’école primaire » . D’autres symboles sont parfois utilisés : couleurs, avec parfois le feu tricolore (vert, orange, rouge) ; smileys (petits logos à la face souriante, impavide ou triste selon la qualité du travail) ; voire même des scores de réussite.
3. Des notes illusoires mais une utilité sociale
Au secondaire, « Petit à petit, les lettres étaient devenues de faux chiffres avec des A++, A+, etc. L’échelle de notation s’était recomposée » (4).
La note a du mal à disparaître même si son utilité est fortement contestée. « Le système traditionnel français de notation a longtemps été lié à une pédagogie de l’émulation ou de la contrainte, promouvant une évaluation de type « récompense-punition ». Ce système a été mis en cause par de nombreux analystes, du fait du caractère illusoire du contrôle précis des acquis via la méthodologie « notes-classement », et de par la nécessité d’une meilleure prise en compte de la démarche intellectuelle et des progrès des élèves. De fait, les enseignants connaissent souvent assez bien les capacités des élèves et leur niveau de maîtrise ; mais la traduction en notes, et surtout en note moyenne par discipline, efface les qualités de leurs analyses. « La note est donc relative, peu fidèle, peu explicite. Et pourtant, elle est admise par tous, élèves, parents, enseignants, chefs d’établissement. C’est le support de (presque) tout dialogue sur les acquis des élèves » (5).
Néanmoins certains se passent très bien des notes. Par exemple, le système scolaire finlandais, qui est pourtant très bien classé dans les résultats des élèves aux évaluations internationales, ne délivre pas de note avant l’âge de 12 ans.
En France, on entend facilement « Est-ce que tu as de bonnes notes à l’école » ? La fonction sociale de la note résiste, surtout quand elle n’est pas remplacée par un autre repère compréhensible par le non professionnel.
Cependant le carnet de notes disparaît avec la Loi d’orientation de juillet 1989.
Pour en savoir plus sur les notes : « Que valent les notes » ?

Du bulletin au livret scolaire
1. Rendre compte efficacement des résultats des élèves

« La loi de juillet 1989 qui organise les cycles à l’école maternelle et élémentaire officialise dans le décret du 6 septembre 1990 le passage du bulletin au livret scolaire pour rendre compte des résultats des élèves » (6).
Lire sur sitEColes : Le livret scolaire
. Ce document donne les textes de référence et précise ce qu’il apporte à l’élève, aux enseignants et à la famille. Il formule des points de vigilance.

Vers un livret personnel de l’élève ou livret de compétences
1. Suivre l’acquisition progressive des compétences en lien avec le socle commun

« La loi d'orientation et de programme pour l'avenir de l'École, du 23 avril 2005, en instituant le socle commun de connaissances et de compétences, marque un tournant dans les prescriptions institutionnelles relatives à cette délicate question de l’évaluation des acquis des élèves. La définition du socle commun s’accompagne de l’obligation de mise en oeuvre d’un « livret personnel de l’élève », destiné à « suivre l’acquisition progressive de compétences » (7).
Un arrêté et un décret BO N°22 du 7 juin 2007 instituent le livret personnel de compétences à mettre en place dès le cycle des apprentissages fondamentaux. Il doit suivre l’élève tout au long de sa scolarité et est complété par diverses attestations (B2i, attestation de sécurité routière, etc...). Il est donc rempli par le conseil de cycle à la fin du CE1 et du CM2 et par le professeur principal en 6ème et en 3ème.
2. Une expérimentation suivie d’une généralisation en 2008
Pour l’année scolaire 2007-2008, deux modèles de livrets de compétences seront expérimentés à partir de la Toussaint 2007 dans une circonscription par académie. « La version définitive du livret de compétences sera arrêtée en juin 2008 et sa généralisation sera effective à la rentrée 2008 » (8).
3. Un outil pour les familles
Les livrets de compétences sont conçus comme des outils simples destinés aux familles. Cela répond à une observation du rapport de l’Inspection générale de l’Education nationale sur les livrets de compétences qui incitait à une reconstruction de l’information pour la rendre accessible aux parents. « L’expérience montre qu’il est très difficile d’avoir avec les parents des échanges dans les mêmes termes que ceux que l’on tient entre professionnels. Cela n’est pas lié au statut social des parents ni à leur niveau d’instruction mais aux objectifs mêmes de ces échanges qui ne sont pas de même nature.
C’est une situation évidente dans tous les domaines où des usagers, des patients, etc... ont à faire à des professionnels qui doivent d’une part penser et organiser leur pratique et d’autre part l’expliquer : cela passe par une reconstruction.
L’information due aux parents sur la situation scolaire de leur enfant, condition du dialogue constructif qui doit s’établir entre eux et les enseignants, nécessite aussi une reconstruction afin de lui donner une forme adéquate. Elle ne peut prendre simplement appui sur les outils de suivi des enseignants. Elle reste aujourd’hui un point sensible n’ayant pas vraiment trouvé son équilibre » (9).

4. Un outil pour l’élève ?
Dans les réseaux ambition réussite le livret de compétences (circulaire N°2006-058 du 30 avril 2006) est pensé pour les élèves : « Le livret de compétences est avant tout prévu pour être un outil de motivation de l’élève : « Ce livret permet à chaque élève de connaître son niveau de départ et les objectifs qu’il doit se fixer pour acquérir le socle commun de connaissances. L’objectif est de donner confiance aux élèves et de supprimer, par le recours à l’aide individualisée, tout redoublement » (10).
Les modèles de livret de compétences en expérimentation relèveront-ils ce défi ?
5. Un outil pour les enseignants ?
Il semble que le livret de compétences soit à destination des parents. Les professionnels auront besoin d’autres outils afin de les aider à réguler leur pratique de classe. Des outils sont disponibles sur Eduscol. « Il s’agit de grilles de références. Ces grilles sont conçues comme un moyen de passer du socle commun au livret d’évaluation. Elles traduisent les objectifs du socle en paliers à acquérir à chaque niveau de scolarité « (11).

Livret scolaire et/ou livret de compétences
1. Le livret scolaire, un outil réglementaire renseigné régulièrement

« Le livret scolaire et le livret de compétences des réseaux ambitions réussite (circulaire N°2006-058 du 30 avril 2006) semblent très proches puisqu’ils accompagnent les élèves dans toute leur scolarité obligatoire, retracent le parcours individuel de chaque élève et rendent compte de leurs acquis au gré des évaluations (une ou deux fois par an en maternelle, chaque trimestre à partir du CP). Mais ils se différencient sur les périodes concernées (le livret scolaire s’arrête à la fin de l’école primaire) et surtout en ce qui concerne l’organisation du cursus scolaire de l’élève.
Le livret scolaire a une fonction nettement plus réglementaire puisqu’il est aussi le support de toutes les décisions prises en ce qui concerne le déroulement de la scolarité des élèves, notamment les redoublements et les sauts de classe : « le livret scolaire comporte les propositions faites par le conseil des maîtres et les décisions prises en fin d’année scolaire sur les conditions dans lesquelles se poursuit la scolarité ». Le livret scolaire valide donc le niveau de compétence de l’élève, chaque année et à la fin de chaque cycle » (12).

2. Le livret de compétences, un outil d’accompagnement et de validation des paliers du socle commun
Le livret scolaire « rejoint ainsi, dans cette fonction [validation du niveau de compétence], le futur livret personnel de compétences, la différence portant alors sur la périodicité de ces validations (le livret personnel de compétences ne concerne pas l’école maternelle mais inclut le collège, les validations ne concernent que les paliers du socle soit uniquement fin CE1 et fin CM2 à l’école élémentaire, puis les paliers prévus au collège). Mais le livret scolaire se différencie aussi du livret personnel de compétences par sa fonction essentielle d’accompagnement pédagogique du cursus de l’élève.
On voit bien les risques de confusion et de substitution qui peuvent apparaître dans la juxtaposition de ces différents livrets, entraînant les équipes pédagogiques dans des pratiques incohérentes et parfois opposées aux objectifs fixés. Une clarification est donc nécessaire dans ces prescriptions » (13).

3. Des outils à articuler
Les textes officiels ne précisent pas le devenir des livrets scolaires avec la mise en œuvre du livret de compétences. Le rapport de l’Inspection générale donne cependant des préconisations : « Quant au livret scolaire et au dossier scolaire utilisés dans la quasi-totalité des écoles et établissements, il est nécessaire de préciser son articulation avec le nouveau livret personnel de compétences afin d’en préserver les spécificités notamment dans l’évaluation au quotidien et dans l’organisation du suivi des élèves. Il s’agira de ne pas confondre ces différents supports, ni dans leur construction ni dans leur fonction.
La solution se trouve dans une coordination des différents outils d’évaluation et de pilotage pédagogique utilisés dans les écoles et les établissements. L’articulation doit se faire entre l’organisation de l’enseignement et la communication de ses résultats. D’un côté l’enjeu est d’organiser progressivement les apprentissages en classe en s’appuyant sur l’évaluation des compétences acquises par les élèves, de l’autre il s’agit de rendre compte des acquis des élèves concernant certaines compétences à certaines étapes sous une forme normalisée. Des supports différents doivent être développés avec des dénominations différentes si l’on veut remplir des fonctions différentes » (14).

L’inspection générale signale que l’outil informatique devrait permettre de gérer plus facilement cet ensemble pour éviter la surcharge de travail. La dépêche de l’AEF parle d’une version numérique du livret de compétences.
A suivre…
4. Livret individuel de compétences, une expérimentation en 2007-2008
Deux versions de ce livret sont en expérimentation. Le lien donne accès aux grilles de référence conçues pour aider les enseignants dans les évaluations de ces compétences.

(1) Claude Lelièvre, Le Monde de l’Education N°344, février 2006.
(2) Claude Lelièvre.
(3) Claude Lelièvre.
(4) Claude Lelièvre.
(5). Rapport N° 2007-048 de l’Inspection générale de l’Education nationale, juin 2007 : Les livrets de compétences : nouveaux outils pour l’évaluation des acquis
(6) Les livrets de compétences.
(7) Les livrets de compétences.
(8) Dépêche N°84983 de L’AEF du 12 octobre 2007
(9) Les livrets de compétences.
(10) Les livrets de compétences.
(11) Dépêche N°84983.
(12) Les livrets de compétences.
(13) Les livrets de compétences.
(14) Les livrets de compétences.


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